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27 avril 2012 5 27 /04 /avril /2012 19:25

 

 

"Sa création était spontanée, miraculeuse. Il la trouvait sans la chercher, sans la prévoir. Elle venait sur son piano soudaine, complète,sublime, ou elle se chantait dans sa tête pendant une promenade, et il avait hâte de se la faire entendre à lui-même en la jetant sur l'instrument. Mais alors commençait le labeur le plus navrant auquel j'aie jamais assisté. C'était une suite d'efforts, d'irrésolutions et d'impatiences pour ressaisir certains détails du thème de son audition : ce qu'il avait conçu tout d'une pièce, il l'analysait trop en voulant l'écrire, et son regret de ne pas le retrouver net, selon lui, le jetait dans une sorte de désespoir. Il s'enfermait dans sa chambre des journées entières, pleurant, marchant, brisant ses plumes, répétant et changeant cent fois une mesure, l'écrivant et l'effaçant autant de fois, et recommençant le lendemain avec une persévérance minutieuse et désespérée. Il passait six semaines sur une page pour en revenir à l'écrire telle qu'il l'avait tracée du premier jet.

 

 

George Sand, Histoire de ma vie, tome II page 446. Ce chapitre sur Chopin a été rédigé en août ou septembre 1854

 

Source : Chopin et Pleyel, par Jean-Jacques Eigeldinger, Ed. Fayard

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Published by Carmen Desor - dans Chopin : le musicien
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commentaires

Matheo 01/05/2012 13:51


N'est ce pas le signe absolu de l'exigence!


Bisous Carmen Bisous a Bernadette

Carmen Desor 01/05/2012 14:07



Parfaitement ! Et d'une maîtrise absolue de son Art...


Bisous Mathéo, un brin de muguet porte bonheur en ce premier mai



Bernadette 28/04/2012 22:09


Bien sûr! Puisque d'ailleurs JJE cite les écrits de Sand dans ses livres. Il signale juste qu'il faut prendre ceux-ci avec une certaine réserve quant aux détails... 

Carmen Desor 28/04/2012 22:21



Nous sommes d'accord ! Et j'en profite pour saluer très chaleureusement Monsieur Eigeldinger que nous avons eu grand plaisir à rencontrer l'année dernière à Paris et que nous avons tant apprécié.



Bernadette 27/04/2012 23:51


Carmen, cet extrait du récit de G. Sand est connu, mais je me permets d'ajouter un commentaire sur ce texte du même J.J. Eigeldinger dans son "Frédéric Chopin":


"Attacher une valeur purement documentaire à cette généreuse envolée littéraire serait lui faire tort. Si les deux premières phrases correspondent à une réalité attestée par ailleurs, la dernière
s'avère plus que suspecte face à l'étude des esquisses, brouillons, manuscrits de travail et d'édition conservés.(...)


Chez Chopin s'est joué un prodigieux effort de conciliation entre le don inné de l'improvisation et une exigence inflexible pour en canaliser le flux dans une écriture rigoureuse. (...)" 

Carmen Desor 28/04/2012 14:01



Merci Bernadette, pour ces précisions du très estimé JJ. Eigeldinger. J'ai la volonté de reproduire sur ce blog tous les témoignages des contemporains de Chopin, et G. Sand n'est pas la moindre
et ne peut donc être ignorée. Mais du coup, elle n'est peut être pas la plus objective, nous le savons. Et tous les témoignages sont autant d'appels à commentaires et débats ! JJ. Eigeldinger a
donné l'explication juste au "comportement" de Chopin dont témoigne Sand qui, bien sûr, n'avait pas les compétences pour juger avec discernement le travail de composition de Chopin qui voulait
soumettre à tout prix le fruit de son inspiration à une rigueur exemplaire. Mais il est intéressant, grâce à ce témoignage, de voir comment était perçue et ressentie la façon dont Chopin
travaillait, par ceux qui le côtoyaient chaque jour. En cela, je trouve que ces quelques lignes de Sand ont une certaine valeur, même relative.



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