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20 juillet 2014 7 20 /07 /juillet /2014 12:03

 

Konstanty (Constantin) Pruszak, connu sous le nom de Kostus, fut l'un des meilleurs amis et condisciplines de Chopin. Leurs deux familles avaient des relations très chaleureuses. On peut en trouver beaucoup de traces dans la correspondance de Frédéric, en particulier dans ses lettres à Tytus Wojciechowski (1808-1873), leur ami commun.

 

 

Konstanty-Pruszak.jpg

Konstanty Pruszak

 

 

Dans ses lettres au sujet de la famille Pruszak, Frédéric parle plus particulièrement de la soeur de Kostus, Aleksandra, connue sous le nom d'Olesia, car il voyait en elle une possible épouse pour Tytus.

 

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Aleksandra (Olesia) Pruszak

 

 

Cependant, ce plan matrimonial échoua. Olesia fut mariée à Onufry Mleczko, un propriétaire terrien plutôt mal vu de Frédéric qui en profitait pour ironiser sur son nom (qui signifiait "lait" en français). Frédéric donnait des leçons de piano à Olesia car celle-ci avait insisté auprès des parents de Chopin pour recevoir ces leçons, et non parce qu'elle avait un quelconque talent. "Je ne faisais que perdre mon temps", écrira Chopin à Tytus.

 


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Onufry Mleczko

 

 

Frédéric et sa famille rendaient régulièrement visite aux Pruszak dans leur palais rue Marszalkowska à Varsovie. Ce palais était le lieu de nombreuses réunions de la société, attirant les Dziewanowski, Woyciechowski, Mlecklo et autres, principalement grâce à Marianna Pruszak, la mère de Kostus, qui était très active sur le plan social et organisait des concerts et des pièces de théâtre polonaises et françaises dans lesquelles jouait parfois Frédéric, bien connu pour ses dons de comédien.

Les femmes des deux familles s'étaient engagées dans des oeuvres charitables. Les soeurs de Chopin, Ludwika et Izabella, travaillèrent à l'orphelinat, ainsi que dans l'Association Patriotique Charitable des Dames Polonaises. Amelia Pruszak, née Christiani, l'épouse de Konstanty, chanta dans des concerts de charité.



DSC00085 Marianna Pruszak mère de KonstantyDSC00084 Aleksander Pawel Pruszak père de Konstanty

Marianna Pruszak, mère de Konstanty               Aleksander Pawel Pruszak, père de Konstanty

 

DSC00086 Jerzy Skarzynski grand père de KonstantyTomasz-Aleksander-Pruszak-frere-aine-de-Konstanty.jpg

Jerzy Skarzynski, grand-père de Konstanty     Tomasz Alksander Pruszak, frère aîné de Konstanty

 

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Amelia Pruszak, femme de Konstanty (portrait et photo)

 

 

En 1828, durant son séjour à Sanniki, Frédéric et Konstanty se rendirent dans la Capitale, au Théâtre National de Varsovie (où Chopin se produira en 1830), afin d'y voir une représentation du Barbier de Séville de Rossini.

 


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Théâtre National de Varsovie (aquarelle de 1780)


 

Nous savons également que le Vendredi Saint 1830, Frédéric et Konstanty visitèrent ensemble des tombeaux dans les églises de Varsovie et qu'en 1829, le compositeur rencontra Kostus à Dresde.

 

Les liens d'amitié concernaient également la soeur aînée de Frédéric, Ludwika, avec Olesia. Marianna Pruszak se rendait régulièrement au domicile des Chopin et devient marraine de Henryk, fils de Ludwika et Jozef Jedrzejewicz, en 1833.

 

 

La plupart des références à la famille Pruszak apparaissent dans la correspondance des années 1828-1830. La dernière mention figure dans une lettre de Chopin aux Jedrzejewicz en 1845 : "Meilleures salutations aux Pruszak".

 

 

 

 


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26 octobre 2013 6 26 /10 /octobre /2013 19:34

 

 

  

Nohant, 1846 - Chopin s'affaiblit. Il évite la fatigue des promenades dans la campagne berrichonne et préfère rester seul avec son piano et le petit chien Marquis qui le fait rire. Il a du mal à se déplacer, il ne marche presque plus, ne peut plus monter les escaliers sans suffoquer. Il se heurte à Maurice, autoritaire, ombrageux et jaloux. Les scènes entre Solange et sa mère George Sand se multiplient et lui sont de plus en plus difficiles à supporter.

Le mariage annoncé de Solange avec le sculpteur Clésinger est l'élément déclencheur et stigmatisant. Chopin le désapprouve, il le dit, s'interpose, il estime que Solange ne pourra être heureuse avec cet homme brutal, alcoolique et couvert de dettes ("pourtant, j'ai fait tout ce qui était en mon pouvoir pour que ce mariage ne soit pas conclu" -lettre de Chopin à sa famille à Varsovie, Noël 1847 - 6 janvier 1848). Mais il respectera cependant ce choix :

 

"Je n'ai pas à Vous parler de Mr. Cl[ésinger]. Ma pensée ne s'est familiarisée avec le nom même de Mr. Cl[ésinger], que du momment ou [sic] Vous lui avez donné votre fille."  (lettre de Chopin à Sand, Paris le 24 juillet 1847)

 

  

Il n'y eut pas de scènes de rupture. Celle-ci se fit peu à peu, "à distance", par lettres interposées. Chopin quitta Nohant à la fin de l'été 1846, avec, sans doute, le projet d'y revenir le printemps suivant, comme tous les ans depuis 1839  -1840 excepté.

 

  

Il y eut encore des échanges de lettres aimables et attentionnées entre Chopin et Sand en cette fin d'année 1846 -lui à Paris, elle à Nohant- et durant la première moitié de 1847. Et des lettres entre Solange et Chopin, car le compositeur garde des liens étroits et presque paternels avec elle. Mais George Sand ne veut plus voir sa fille, et en exige autant de Chopin. Dans une lettre de Sand à Chopin, lettre qui a disparu, "mais dont Delacroix a parlé dans son Journal où, à la date du 20 juillet 1847, on peut lire ce qui suit : "Chopin venu le matin comme je déjeunais après être rentré du Musée où j'avais reçu la commande de la copie du Corps de garde. Il m'a parlé de la lettre qu'il a reçue ; mais il me l'a lue presque toute entière depuis mon retour. Il faut convenir qu'elle est atroce. Les cruelles passions, l'impatience longtemps comprimée s'y font jour ; et,  par un contraste qui serait plaisant s'il ne s'agissait d'un si triste sujet, l'auteur prend de temps en temps la place de la femme et se répand en tirades qui semblent empruntées à un roman ou à une homélie philosophique". " (note de Bronilas Sydow, dans la Correspondance de Frédéric Chopin)

  

Dans cette lettre, "George Sand déclare qu'elle ne tolérera le retour de Chopin à Nohant que s'il s'engage à n'y pas prononcer le nom de Solange. En somme, ce que Sand voulait éviter c'était d'avoir à reconnaître qu'elle avait eu tort de favoriser le mariage de Solange avec Clésinger en dépit des renseignements déplorables qu'on lui avait donnés sur ce dernier. Elle a préféré rompre avec Chopin plutôt que devoir lui faire cet aveu." (note de Bronilas Sydow dans la Correspondance de Frédéric Chopin)

 

 

Chopin répond à cette lettre le 24 juillet 1847 :

 

"[...] Quant à celle-ci [Solange] - elle ne peut m'être indifférente. Vous vous rappellerez que j'intercédais auprès de Vous en faveur de Vos enfants sans préférence, chaque fois que l'occasion s'en présentait, certain, que Vous êtes destinée à les aimer toujours - car ce sont les seules affections qu'on ne change pas. Le malheur peut les voiler mais non dénaturer.

Il faut que ce malheur soit bien puissant aujourd'hui pour qu'il deffende [sic] à Votre coeur d'entendre parler de Votre fille, au début de sa carrière définitive, à l'époque où son état physique exige plus que jamais des soins maternels. [...]

Votre tout dévoué

Ch."

 

 

Sand répondra à son tour à Chopin. Ce sera la dernière lettre connue de Sand au compositeur.

 

"[...]

C'est bien, mon ami, faites ce que votre coeur vous dicte maintenant et prenez son instinct pour le langage de votre conscience. Je comprends parfaitement.

Quant à ma fille, sa maladie n'est pas plus inquiétante que celle de l'année dernière, et jamais son zèle, ni mes soins, ni mes ordres, ni mes prières n'ont pu la décider à ne pas se gouverner comme quelqu'un qui aime à se rendre malade.

Elle aurait mauvaise grâce à dire qu'elle a besoin de l'amour d'une mère qu'elle déteste et calomnie, dont elle souille les plus saintes actions et la maison par des propos atroces. Il vous plaît d'écouter tout cela et peut-être d'y croire. Je n'engagerai pas un combat de cette nature ; il me fait horreur. J'aime mieux vous voir passer à l'ennemi que de me défendre d'un ennemi sorti de mon sein et nourri de mon lait.

Soignez-la puisque c'est à elle que vous croyez devoir vous consacrer. [...]

Adieu, mon ami, que vous guérissiez vite de tous maux, et je l'espère maintenant (j'ai mes raisons pour cela) ; et je remercierai Dieu de ce bizarre dénouement à neuf années d'amitié exclusive. Donnez-moi quelquefois de vos nouvelles.

Il est inutile de jamais revenir sur le reste."

 

 

 

 

Chopin reverra George Sand par hasard, le 4 mars 1848, et en fait part à Solange le lendemain :

 

"Je suis allé hier chez Madame Marliani et en sortant je me suis trouvé dans la porte de l'antichambre avec Mme votre mère, qui entrait avec Lambert. J'ai dit un bon jour à Mme votre mère et ma seconde parole était s'il y avait longtemps qu'elle a reçu de vos nouvelles. "Il y a une semaine m'a-t-elle répondu - Vous n'en aviez pas hier, avant-hier ? - Non - Alors je vous apprends que vous êtes grand-mère, Solange a une fillette - et je suis bien aise de pouvoir vous donner cette nouvelle le premier. J'ai salué et je suis descendu l'escalier. [...]"

 

Sous le coup de l'émotion, Chopin, qui pourtant ne circulait plus à pied dans Paris, se retrouva chez lui au Square d'Orléans  après avoir marché sans même sans rendre compte.

 

 

 

 

Chopin et Solange continueront à s'écrire et à se voir. Elle se tiendra à son chevet lorsqu'il mourra.

Sand, elle, n'assistera pas aux funérailles de celui qu'elle avait tant encensé...

 

 

 

 

  

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23 octobre 2013 3 23 /10 /octobre /2013 21:04

 

Mort de Chopin

 

          Après une longue et terrible agonie, Chopin vient de mourir. Nous n'emploierons pas à son sujet la formule ordinaire en disant que sa mort est une perte pour l'art. Hélas ! Chopin était perdu pour la musique depuis assez longtemps. Sa faiblesse et ses douleurs étaient devenues telles, qu'il ne pouvait plus ni se faire entendre sur le piano, ni composer ; la moindre conversation même le fatiguait d'une manière alarmante. Il cherchait en général à se faire comprendre autant que possible par signes. De là l'espèce d'isolement dans lequel il a voulu passer les derniers mois de sa vie, isolement que beaucoup de gens ont mal interprété et attribué, les uns à une fierté dédaigneuse, les autres à une humeur noire, aussi loin l'une que l'autre du caractère de ce charmant et excellent artiste. Loin d'être morose, Chopin, aux temps où ses souffrances étaient encore tolérables, se montrait d'une bonhomie malicieuse qui donnait un irrésistible attrait aux relations que ses amis avaient avec lui. Il apportait dans la conversation cette [sic] humour qui fit le charme principal et le caractère essentiel de son rare talent.

          Ses compositions pour le piano ont fait école. La grâce la plus originale, l'imprévu du tour mélodique, la hardiesse des harmonies et l'indépendance  de l'accent rythmique qui s'y trouvent réunis à un système entier d'ornementation dont il fut l'inventeur et qui est resté inimitable. Ses études pour le piano sont des chefs-d'oeuvre où se retrouvent concentrées les qualités éminentes de sa manière et ses plus rayonnantes inspirations. Nous les placerons même au-dessus de ses célèbres mazurkas qui, dès leur apparition, valurent à Chopin un succès passionné auprès des femmes surtout, et le rendirent le favori de tous les salons aristocratiques de l'Europe. Ce luxe de mélodies exquises, leur allure à la fois fière et souriante, leur dédain de tout entourage vulgaire, leur passion contenue ou concentrée, leurs divines chatteries, leur retentissement pompeux, ont en effet une sorte d'affinité avec les moeurs du monde élégant pour lequel elles semblent faites. Aussi Chopin, malgré son magnifique talent d'exécution, n'était-il pas l'homme de la foule, le virtuose des grandes salles et des grands concerts. Il avait renoncé à ces tumultes depuis longtemps. Un petit cercle d'auditeurs choisis, chez lesquels il pouvait croire à un désir réel de l'entendre, pouvait seul le déterminer à s'approcher du piano. Que d'émotions alors il savait faire naître ! En quelles ardentes et mélancoliques rêveries il aimait à répandre son âme ! C'était vers minuit d'ordinaire qu'il se livrait avec le plus grand abandon ; quand les gros papillons du salon étaient partis, quand la question politique à l'ordre du jour avait été longuement traitée,quand tous les médisants étaient à bout de leurs anecdotes, quand tous les pièges étaient tendus, toutes les perfidies consommées, quand on était bien las de la prose, alors obéissant à la prière muette de quelques beaux yeux intelligents, il devenait poète, et chantait les amours ossianiques des héros de ses rêves, leurs joies chevaleresques, et les douleurs de la patrie absente, sa chère Pologne toujours prête à vaincre et toujours abattue. Mais hors de ces conditions, que tout artiste doit lui savoir gré d'avoir exigées pour se produire, il était inutile de le solliciter. La curiosité excitée par sa renommée semblait même l'irriter, et il se dérobait le plus possible à un monde non sympathique quand le hasard l'y avait fait s'égarer. Je me rappelle un mot sanglant qu'il décocha un soir au maître d'une maison où il avait dîné. A peine avait-on pris le café, l'amphitryon, s'approchant de Chopin, vint lui dire que ses convives, qui ne l'avaient jamais entendu, espéraient qu'il voudrait bien se mettre au piano et jouer quelque petite chose. Chopin s'en défendit dès l'abord de manière à ne pas laisser le moindre doute sur ses dispositions. Mais l'autre insistant d'une façon presque blessante, en homme qui sait la valeur et le but du dîner qu'il vient de donner, l'artiste coupa court à la discussion en lui disant de sa voix faible et interrompue par un accès de toux : "Ah ! Monsieur... j'ai... si peu mangé !..."

          Malgré le produit considérable de ses oeuvres et des leçons qu'il donnait, Chopin ne laisse pas de fortune ; les malheureux Polonais que l'exil a tant de fois amenés à sa porte savent où cette fortune a passé. Au dernier instant, la constante admiration de Chopin pour Mozart lui a fait désirer que l'immortel Requiem fût exécuté à ses funérailles. Son digne élève, M. Gutmann, a recueilli ce voeu avec son dernier soupir. Aussitôt toutes les démarches nécessaires ont été faites ; grâce à l'intervention active de M. l'abbé Daguerry, M. l'archevêque a levé l'interdiction qui rendait impossible l'exécution du Requiem de Mozart ; les choristes femmes pourront en conséquence figurer dans cette cérémonie, qui aura lieu dans l'église de la Madeleine mardi prochain.

 

 

                                                                                                                                       H. Berlioz

 

 

Article d'Hector Berlioz, "Journal des Débats" du 27 octobre 1849

 

 

 

 

 

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18 octobre 2013 5 18 /10 /octobre /2013 19:59

 

 

"Encore une gloire musicale qui vient de s'éteindre. Chopin, que la maladie avait brisé depuis quelques années, au point de rendre méconnaissables la figure et le corps de cet artiste ; Chopin est mort le 17 de ce mois. C'est une perte, une grande perte pour les arts. Les pianistes regretteront ce compositeur d'élite, dont le coeur débordait de poésie, et les salons pleureront cet esprit distingué, qui avait trouvé dans les classes élevées de la société les relations les plus honorables. Pauvre Chopin !  Il faisait peur à voir dans les derniers temps ; triste, affaissé, pâle, amaigri, les yeux accablés. La mort, la cruelle mort opérait ses ravages dans le sang de l'artiste ; et un beau jour, tout s'est glacé, et de cet aimable poété, de ce musicien tant aimé, il n'est resté que le souvenir de son talent et de son esprit.

 

Ceux qui ont vu Chopin dans l'intimité et qui ont pu apprécier les qualités de son âme généreuse, ceux qui lui ont entendu jouer avec l'expression la plus touchante de l'amour ou de la douleur ses plaintives mélodies, ah ! ceux-là seuls savent ce que valait ce noble caractère, et ce que renfermaient sa tête et son coeur, d'inspiration, de tendresse, de suave passion. Rêve féerique que celui de ce musicien, qui a traversé la vie au milieu des fleurs et des battements de mains, et qui vient de partir pour le pays des divines harmonies, suivi des prières et des larmes de ses amis et de ses admirateurs. Tenez, il me semble le voir encore, faible, le souffle lui manquant, tendre ses mains vers le piano, et là, soupirer avec son sang les rêveries amoureuses, les plaintes de la vie, les joies célestes. On était ému, on se sentait aller à la tristesse ; on suivait avec avidité l'aimable pianiste qui rendait avec une si surprenant vérité l'effet des passions. Oh ! oui, nous le pleurons, parce que nous l'avons aimé et que nous avions pour lui une affection de frère, et nous aurons toujours présente à la pensée la figure mélancolique de cet ami infortuné qui laisse derrière lui une renommée inattaquable."

 

"Gazette de la France Musicale" du 21 octobre 1849

 

 

 

 

"M. Frédéric Chopin, le célèbre pianiste, est mort le 17 de ce mois, à deux heures du matin, entre les bras d'un de ses élèves et de ses amis ; il a succombé à la maladie de poitrine dont il était affecté depuis longtemps. M. Chopin n'était âgé que de trente-neuf ans. C'est une perte immense pour l'art musical, qu'il cultivait avec religion et dont il était un des plus dignes soutiens. Le public associera ses regrets à ceux de ses nombreux amis, de ses illustres compatriotes, et de sa noble soeur accourue du fond de la Pologne pour lui fermer les yeux. Le jour de ses obsèques n'est pas encore fixé."

 

"L'Opinion Publique" du 21 octobre 1849

 

 

 

 

"Il a cessé de vivre, le 17 de ce mois, à deux heures du matin, entre les bras d'un de ses élèves et de ses amis, cet artiste éminent, qui, dès son entrée dans la carrière, s'était placé au premier rang parmi les célèbrités contemporaines, et s'y distinguait par une physionomie de talent plus individuelle que toute autre.

[...]

Jamais peut-être aucun artiste n'eut plus que lui le physique de son talent. Autant il était frêle de corps, autant il était délicat de style ; un peu plus, il s'évaporait en impalpable et en imperceptible. Sa manière de toucher le piano ne ressemblait à celle de personne : elle perdait nécessairement dans une vaste salle ; à la portée d'une confidence, c'était quelque chose de délicieux. On surnommait Chopin l'Ariel du piano. Si la reine Mab eût voulu se donner un pianiste,  c'est à coup sûr Chopin qu'elle aurait choisi, et la plume divine qui a décrit le fantastique attelage de la Fée aux songes, pourrait seule analyser les enchevêtrements compliqués, infinis, de cette phrase chargée de notes, et pourtant légère comme la dentelle, dans les plis de laquelle le compositeur enveloppait toujours son idée.

Chopin était aristocratique, comme homme et comme artiste. Il subissait la loi de son tempérament. Retiré dans une existence intime et mystérieuse, il composait peu, donnait peu de leçons et ne jouait presque jamais en public. Un concert donné par lui à un prix élevé, devant un auditoire épuré soigneusement, était regardé comme une faveur extraordinaire. C'était le virtuose et le compositeur de la solitude rêveuse, ou tout au plus du tête-à-tête.  Ses partisans, ses élèves l'admiraient jusqu'au fanatisme.

L'organisation de Chopin faisait penser à celle de ces êtres dont parle Pope, et dont la sensibilité surhumaine ferait ici-bas le tourment, pour qui le moindre contact serait une blessure, le moindre bruit un éclat de tonnerre, la moindre senteur de rose un poison. En le voyant si chétif, si maigre et si pâle, on l'avait longtemps cru près de mourir, et puis on s'était habitué à l'idée qu'il pouvait vivre toujours ainsi. Pourtant, il devait nous quitter avant l'âge, puisqu'il n'avait que trente-neuf ans lorsque sa dernière heure a sonné. Sa soeur était accourue du fond de la Pologne pour assister à ses derniers moments, pour les retarder par ses soins, par ses prières.

Les restes mortels du grand artiste seront embaumés. Il avait toujours exprimé le voeu que le Requiem de Mozart fût exécuté pour ses obséques, qui doivent avoir lieu à l'église de la Madeleine. [...]

 

"Revue et Gazette Musicale de Paris" du 21 octobre 1849

 

 

 

 

 

 

 

 

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4 juillet 2013 4 04 /07 /juillet /2013 20:07

 

 

"C'est certainement le 18 octobre que Cruveilhier préleva le coeur et fit une autopsie partielle dont le procès-verbal a disparu. Nous connaissons néanmoins ses conclusions par une lettre de Charlotte Marliani à George Sand: "(Chopin) a bien succombé, comme le disait Cruveilhier, à une maladie de poitrine. Les deux poumons étaient rongés. Et il a vécu trente ans avec cette maladie ! "

Antoni Jedrzejewicz, pour sa part, affirma à Hoesick que son oncle avait succombé à une rupture d'anévrisme, ce qui n'est pas exclu : l'oedème des derniers mois révèle une pathologie cardiaque, complication habituelle des tuberculoses fibreuses qui évoluent très lentement. Czeslaw Sieluzycki a révélé l'existence d'un document qui règle toutes les questions sur les causes de la mort de Chopin. Il s'agit d'un brouillon de Grandes lignes anatomopathologiques de Cruveilhier, écrit en 1851,  qui fait état chez le compositeur d'une prolifération des tubercules jusque dans le péricarde."

 

 

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"Le mardi 30 octobre [1849] à onze heures, les grilles de La Madeleine s'ouvrirent à une foule de près de trois mille personnes dont les voitures encombraient les abords de l'église et attirèrent les curieux qui se demandaient quel était "le grand seigneur  qu'on enterrait", écrit Eugène Guinot dans Le Siècle du 4 novembre. Mais l'accès de l'église était réservé aux personnes munies d'un carton d'invitation. [...]"

 

 

 

Source : MP. Rambeau (Chopin, l'enchanteur autoritaire -Ed L'Harmattan)

 

  

 

 

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4 mars 2013 1 04 /03 /mars /2013 22:05

 

Symbole vivant de la polonité, Chopin est associé à tous les actes de répression politique contre la Pologne.

 

En 1863, en représailles contre un attentat, les Cosaques saccagent le Palais Zamoyski et jettent par la fenêtre le piano de Chopin.

 

En 1940, les Nazis détruisent la statue de Chopin au Parc Lazienki et interdisent la diffusion de ses oeuvres.

 

En 1945, le coeur de Chopin, préservé des bombardements qui ont détruit 90 % de Varsovie, est ramené solennellement dans l'église Sainte Croix. 

 

 

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"Il emporta l'esprit de la terre paternelle qui demeura en lui jusqu'à la fin : c'est grâce à cela qu'on ne nous l'a pas ravi. La France même, qui lui a donné son père, ne songe pas à le revendiquer." (Paderewski)

 

 

 

Source : MP. Rambeau, Exposition "des canons enfouis sous les fleurs"

 

 

 

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16 octobre 2012 2 16 /10 /octobre /2012 20:28

 

"La journée du mardi 16 octobre, grise et pluvieuse, fut une succession ininterrompue des souffrances les plus vives qui lui arrachaient des gémissements et d'accalmies procurées par les sédatifs. Gutmann qui ne le quittait pas, parvint à le soulager de contractions spasmodiques en comprimant fortement ses poignets et ses chevilles. Il glissa alors dans un assoupissement de mauvais augure :

  

Toute la soirée du 16 se passa en litanies ; nous faisions les réponses, mais Chopin gardait le silence. C'est seulement sa difficulté à respirer qui signalait qu'il était encore en vie. Ce soir-là deux médecins l'examinèrent. L'un d'eux, le Dr Cruveillé, prit une chandelle et, la tenant devant le visage de Chopin qui était devenu noir de suffocation, il nous fit remarquer que les sens avaient cessé de réagir. Mais quand il demanda à Chopin s'il souffrait, nous entendîmes encore très distinctement la réponse : "Plus".*

  

Après le départ des médecins, restèrent auprès de Chopin Gutmann et Solange. Ils essayèrent de réchauffer ses jambes enflées avec des serviettes chaudes, car, écrit Solange, "ses pieds étaient déjà glacés". Il reprit connaissance au cours de la nuit en criant : "Ma mère, ma mère !". Katherine Erskine l'entendit de la pièce voisine : "Je suis sûre que ce cri touchant que j'ai entendu cette dernière nuit solennelle ne s'effacera jamais de mon souvenir."**

          Dans les premières heures du mercredi 17 octobre, il respire si difficilement que Solange, assise au bord de son lit, le soutient sur son épaule pour l'empêcher de suffoquer. L'agonie est en train de se dénouer et la jeune femme effrayée appelle Gutmann à son secours. Il saisit Chopin dans ses bras, puis tente de le faire boire. "Qui me tient la main ?", demande Chopin.  "Quand il eut reconnu ma voix, il voulut baiser la mienne. Alors nous nous embrassâmes et il posa sur ma joue un baiser d'adieu en disant ces mots : "Cher ami !". Sa tête s'inclina vers sa poitrine, son âme s'était envolée." *** Dans la pénombre de la chambre, Solange vit avec terreur ses yeux devenir fixes et se ternir. "Ce fut affreux !". **** Il était deux heures du matin.

          Avant le lever du jour, Kwiatkowski dessina plusieurs esquisses de Chopin : "Je concentrai toutes mes forces pour ravir à la mort ces traits bien-aimés et saisir fidèlement l'expression pleine de sérénité et de poésie qui resplendissait sur le visage du Maître". **** Les premières sont pourtant effrayantes : la tête, renversée sur les oreillers, porte les traces d'une terrible épreuve, le visage est bouffi, la bouche grande ouverte. Mais au fil des heures, les traits se recomposèrent jusqu'à refléter ce calme solennel que Gavard contempla avec émotion au matin du 17 :

  

Quand je le revis quelques heures plus tard, le calme de la mort avait rendu à son visage ce caractère grandiose qu'on trouve sur le masque pris le jour même et plus encore dans la simple esquisse au crayon dessinée par la main d'un ami, M. Kwiatkowski. C'est le portrait de Chopin que je préfère. "

 

 

 *      Témoignage de Charles-René Gavard

**     Lettre de K. Erskine à L. Jedrzejewicz du 19 avril 1850. Cité par Karlowicz,

         Souvenirs inédits de Frédéric Chopin. Confirmé par Kudwika Ciechomska :

         "Ces derniers mots furent : "Maman, ma pauvre Maman".

         Il pensait en effet continuellement à sa mère et il termina sa vie avec ces

         mots sur les lèvres."

***    Lettre de Gutmann à la pianiste Heinefetter du 22 octobre 1849

****   "Je ne peux croire à l'immortalité de l'âme, depuis que j'ai vu mourir.

          J'ai perdu mes deux meilleurs, mes deux seuls amis vrais. L'un (Chopin)

          s'est éteint en me serrant la main. Il agonisait la tête appuyée sur ma

          poitrine. J'eus peur. J'appelai Gutmann qui le saisit dans ses bras. On voulut

          le faire boire. La mort s'y opposa. Il passa en attachant ses regards sur moi.

          Ce fut affreux ces yeux qui se ternirent ! Je les revis longtemps dans l'obscurité.

          Oh ! l'âme était morte aussi. Cette masse inerte et livide qu'on se mit à 

          embaumer n'était plus Chopin : car son esprit avait péri et emporté la vie avec

          soi. Il n'était plus, l'ami si bon qui m'avait aimée. Et avec la conviction

          désolante que l'existence de l'être finit avec la vie terrestre -

           je suis rentrée chez moi, le coeur navré, épouvanté du vide que la mort

           venait d'y apporter." Notes de Solange Clésinger sur Chopin.

****   Cité par Idzikowski et Sydow

 

 

 

Source : "'Chopin, l'enchanteur autoritaire", par M. Paule Rambeau

 

 

 

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17 octobre 2011 1 17 /10 /octobre /2011 19:35

 

"Chopin était très lié avec la famille Gavard et fréquemment invité dans le salon brillant de la rue de Rivoli. Charles Gavard était un homme très cultivé, polytechnicien et peintre, auteur en collaboration avec son ami Jules Janin  de la somme érudite Les Galeries de Versailles. Ses deux enfants, Elise et Charles-René (1826-1893) avaient, aux dires de Janin, hérité de ses qualités. Chopin trouva en Charles-René, dans les tout derniers mois de sa vie, un réconfort que le jeune homme ne lui ménagea pas, passant auprès de lui de longues heures pour tenter de distraire ses souffrances." (MP. Rambeau)

 

Laissons la parole à Charles-René Gavard (CRG)

 

"Dans la chambre du fond reposait le pauvre malade, tourmenté par des accès de suffocation et c'est seulement quand il était assis dans son lit et appuyé sur le bras d'un ami, que ses poumons oppressés pouvaient avoir de l'air. Gutmann, le plus robuste d'entre nous, savait comment arranger le malade et le soutenait ainsi la plupart du temps. Au chevet du lit était assise la Princesse Czartoryska : elle ne le quittait jamais, devinant ses désirs les plus secrets, le soignant telle une soeur de charité avec un visage serein qui ne trahissait pas son profond chagrin. D'autres amis l'assistaient ou la relayaient, chacun selon ses moyens ; mais la plupart se tenaient dans les deux pièces voisines. Chacun avait un rôle à jouer ; chacun aidait autant qu'il le pouvait : l'un courait chez les médecins, chez le pharmacien ; un autre faisait entrer les personnes qu'on avait fait appeler ; un troisième fermait la porte aux importuns. Il est certain que beaucoup, qui n'étaient rien moins que des familiers, se présentaient et demandaient à prendre congé de lui comme s'il était sur le point de partir en voyage. Cette antichambre du mourant où chacun de nous attendait sans aucun espoir et veillait, ressemblait à un corps de garde."

 

Le 12 octobre, le coeur donna des signes de défaillance. On fit venir l'abbé Jelowicki qui le confessa, le fit communier et lui administra l'Extrême-Onction.

Charles-René Gavard rapporte qu'après un long moment de silence, où il semblait plongé dans une profonde méditation, il dit soudain : "Maintenant j'entre en agonie."

 

"Le médecin qui tâtait son pouls voulut le réconforter avec quelque banale parole d'espoir. Mais Chopin répondit avec une autorité sans réplique : "Dieu accorde une rare faveur quand il révèle à un être le moment où sa mort approche. Il me fait cette grâce, ne me troublez pas." " (CRG)

 

Mais il résiste. "Jamais on n'a vu une vitalité plus tenace, les médecins n'en revenaient pas", rapporte Grzymala.

 

Le 15 octobre, il reçoit la visite de Delfina Potocka. Chopin exprime le désir de l'entendre chanter.

 

"Lorsque le prête qui priait auprès du lit, eut acquiescé à la demande du mourant, le piano fut poussé de la pièce voisine et la malheureuse comtesse, maîtrisant son chagrin et refoulant ses larmes, eut la force de chanter à côté du lit où son ami exhalait sa vie. Pour ma part, je n'ai rien entendu ;   je ne sais pas ce qu'elle a chanté. Cette scène, ce contraste, cet excès de douleur avaient anéanti ma sensibilité. Je me souviens seulement du moment où le râle du mourant interrompit la comtesse au milieu du second morceau. L'instrument fut rapidement repoussé et auprès du lit demeurèrent seulement le prêtre qui disait les prières des agonisants et les amis agenouillés autour de lui." (CRG)

 

"La journée du mardi 16 octobre, grise et pluvieuse, fut une succession ininterrompue des souffrances les plus vives qui lui arrachaient des gémissements et d'accalmies procurées par les sédatifs. Gutmann qui ne le quittait pas, parvint à le soulager de contractions spasmodiques en comprimant fortement ses poignets et ses chevilles." (MP.Rambeau)

 

"Toute la soirée du 16 se passa en litanies ; nous faisions les réponses, mais Chopin gardait le silence. C'est seulement sa difficulté à respirer qui signalait qu'il était encore en vie. Ce soir-là deux médecins l'examinèrent. L'un deux, le Dr Cruveillé, prit une chandelle et, la tenant devant le visage de Chopin qui était devenu noir de suffocation, il nous fit remarquer que les sens avaient cessé de réagir. Mais quand il demanda à Chopin s'il souffrait, nous entendîmes encore très distinctement la réponse : "Plus"  " (CRG)

 

"Après le départ des médecins, restèrent auprès de Chopin Gutmann et Solange. Ils essayèrent de réchauffer ses jambes enflées avec des serviettes chaudes, car, écrit Solange, "ses pieds étaient déjà glacés". Il reprit connaissance au cours de la nuit en criant : "Ma mère, ma mère !". Katherine Erskine l'entendit de la pièce voisine : "Je suis sûre que ce cri touchant que j'ai entendu cette dernière nuit solennelle ne s'effacera jamais de mon souvenir."

Dans les premières heures du mercredi 17 octobre, il respire si difficilement que Solange, assise au bord de son lit, le soutient sur son épaule pour l'empêcher de suffoquer. L'agonie est en train de se dénouer et la jeune femme effrayée appelle Gutmann à son secours. Il saisit Chopin dans ses bras, puis tente de le faire boire. "Qui me tient la main ?", demande Chopin. "Quand il eut reconnu ma voix, il voulut baiser la mienne. Alors nous nous embrassâmes et il posa sur ma joue un baiser d'adieu en disant ces mots : "Cher ami !". Sa tête s'inclina vers sa poitrine, son âme s'était envolée." Dans la pénombre de la chambre, Solange vit avec terreur ses yeux devenir fixes et se ternir : "Ce fut affreux ! ". Il était deux heures du matin." (MP. Rambeau)

 

"Avant le lever du jour, Kwiatkowski dessina plusieurs esquisses de Chopin : "Je concentrai toutes mes forces pour ravir à la mort ces traits bien-aimés et saisir fidèlement l'expression pleine de sérénité et de poésie qui resplendissait sur le visage du Maître." Les premières sont pourtant effrayantes : la tête, renversée sur les oreillers, porte les traces d'une terrible épreuve, le visage est bouffi, la bouche grande ouverte. Mais au fil des heures, les traits se recomposèrent jusqu'à refléter ce calme solennel que Gavard contempla avec émotion au matin du 17 (MP.Rambeau) :

 

"Quand je le revis quelques heures plus tard, le calme de la mort avait rendu à son visage ce caractère grandiose qu'on trouve sur le masque pris le jour même et plus encore dans la simple esquisse au crayon dessinée par la main d'un ami, M. Kwiatkowski. C'est le portrait de Chopin que je préfère." (CRG)

 

 

Chopin-sur-son-lit-de-mort-par-Teofil-Kwiatkowski-copie-1.jpg

 

 

 

Voir également sur le sujet les articles "Image inédite de Chopin sur son lit de mort", "De la mort aux funérailles" et "Chopin n'est plus"

 

 

 

Source : Marie-Paule Rambeau, Chopin l'enchanteur autoritaire, Ed. L'Harmattan

 

 

 

  

 

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13 octobre 2011 4 13 /10 /octobre /2011 20:25

 

Emilia Chopin

 

 

Depuis quatre semaines, Emilia est couchée. Elle s'est mise à tousser, elle a eu des crachements de sang, maman a eu peur. Alors Malcz a ordonné une saignée. On a fait une saignée... une deuxième ; d'innombrables sangsues, des vésicatoires, des sinapismes, des daphnés, que d'histoires, que d'histoires !... Pendant tout ce temps, elle n'a rien mangé ; elle a tellement maigri qu'elle est méconnaissable, et elle commence seulement maintenant à revenir à elle. Tu peux imaginer comment cela allait chez nous. Imagine-le toi-même car je ne suis pas en état de te l'écrire.

(Chopin à Jan Bialoblocki, lettre du 14 mars 1827)

 

"Le docteur Malcz n'était pas plus mauvais médecin qu'un autre ; il soignait la jeune fille comme on faisait à l'époque les phtisiques : diète lactée,  révulsifs en tous genres et saignée à chaque hémorragie, de quoi débiliter tout à fait les malades. [...]  Chopin conserva de cette expérience douloureuse où il vit dépérir sa soeur  la crainte traumatique des saignées, ce qui lui épargna de subir le même traitement.

Emilia voyait arriver la mort en pleine conscience, persuadée de l'inefficacité des remèdes qu'on lui imposait, comme le lait de chèvre qu'elle détestait :

 

"Un jour, plus faible que de coutume et très irritée, elle but le lait d'un seul trait ; elle se tourna vers sa soeur et avec cette douceur et ce sourire qui lui étaient si particuliers, elle lui dit : "Est-ce que tu crois que cette cochonnerie va me sauver, quand je sens les griffes de la mort dans ma poitrine ? J'ai bu, mais seulement pour pouvoir prouver à ma mère que j'obéis au docteur." (Eugeniusz Skrodzki)

 

 "On la transportait plus d'une fois à cause de la faiblesse de ses forces, blanche comme de la cire, avec des taches rouges sur les joues." (Eugeniusz Skrodzki)

 

Les derniers vers qu'elle écrivit la montre tout occupée du chagrin de sa famille :

 

Combien l'homme sur la terre a une triste destinée

Il souffre pour voir des siens la souffrance avivée.

 

 

Elle s'éteignit le 10 avril 1827, elle n'avait pas encore quinze ans. Parmi les jeunes lycéens qui, depuis des mois, l'accompagnaient dans sa maladie, en essayant de la distraire, se trouvait Eugeniusz Skrodzki qui a laissé des souvenirs émouvants sur cette première épreuve vécue par Chopin :

 

Au milieu de cette année, au début du printemps, le couvercle d'un cercueil tout blanc avec des couronnes virginales était posé dans le vestibule de la maison. Notre chère petite Emilia était exposée sur un catafalque, lointaine, comme endormie. Son visage amaigri conservait encore sa couleur rose, son sourire, une douceur, une grâce sereine. Nous, les enfants, en la regardant avec stupeur, nous ne pouvions comprendre ce qui lui était arrivé et nous croyions qu'elle était en léthargie et qu'elle allait ressusciter. C'est seulement quand le corbillard arriva, quand le prêtre romain, visiteur des Missionnaires, vêtu d'une cape noire, mit sa toque sur sa tête et entonna le triste hymne funèbre, quand le convoi quitta l'appartement, que les larmes et les lamentations de ses parents nous firent comprendre que jamais plus nous ne reverrions notre chère Emilia.

 

 

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Ce fut la première tombe des Chopin au cimetière Powazki. On lit encore distinctement sur la pierre tombale : "Emilia Chopin a disparu au quatorzième printemps de sa vie, comme une fleur dans laquelle s'épanouissait le bel espoir du fruit".  "

 

 

 

Source : Marie-Paule Rambeau, Chopin l'Enchanteur autoritaire, Ed. L'Harmattan

Photos par Carmen Desor

 

 

 

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9 juillet 2011 6 09 /07 /juillet /2011 21:01

 

[...] J'ai passé une semaine chez le prince et tu ne saurais croire comme je m'y suis senti bien. Je suis revenu par la dernière poste sans même avoir eu le temps de m'excuser de ne pouvoir rester davantage. Pour moi-même et pour mon plaisir momentané, j'y serais resté jusqu'à ce qu'on me chassât. Pourtant mes affaires et surtout le finale de mon Concerto qui attend avec impatience sa mise au point, m'ont poussé à quitter ce paradis. Il s'y trouvait deux Eves, jeunes princesses extrêmement aimables et bonnes, êtres sensibles et doués de qualités musicales. La vieille princesse, elle, sait bien que la naissance ne fait pas l'homme. Sa manière d'être est tellement attirante qu'il est impossible de ne pas l'aimer. Quant à lui, tu sais combien il est passionné de musique. Il m'a montré son Faust où j'ai trouvé beaucoup de choses très bien conçues, géniales même, dont je n'aurais jamais cru ce palatin capable. [...]

  

Extrait de la lettre de Chopin à Titus Woyciechowski, de Varsovie le 14 novembre 1829

 

 

Antonin illustration tirée d'un calendrier berlinois de 18

 

 Antonin, illustration tirée d'un calendrier berlinois de 1839

 

 

 Ce séjour d'une semaine de Frédéric Chopin (qui a alors 19 ans et demi) chez le prince Antoni Radziwill  -magnat influent, mécène, et en même temps compositeur et instrumentaliste talentueux - avait été longuement préparé. Frédéric était déjà venu deux fois à Antonin auparavant, une fois en visite depuis le domaine voisin de Strzyzew, une fois en revenant de Berlin. Le prince, impressionné par le jeune génie, avait courtoisement invité les parents de Frédéric, qui vinrent à Antonin, avec leurs filles et le comte F. Skarbek, en août 1829. Le jeune Chopin dédia par la suite au prince sa nouvelle oeuvre, le Trio en sol mineur op. 8 pour piano, violon et violoncelle, avec le souhait de la jouer ensemble, et le prince invita de nouveau Frédéric chez lui.

 

 

Palais d'Antonin

 

Palais d'Antonin, lithographie de 1836

 

 

Le palais de la localité d'Antonin (renommée ainsi en l'honneur du prince -Antoni Radziwill- à la place de son vieux nom de Szperk) fut édifié entre 1822 et 1824 sur un projet du célèbre architecte berlinois K. Schinkel : c'était un bâtiment de quatre étages en bois de mélèze, en forme de croix grecque, avec un corpus principal à huit côtés ; à quatre d'entre eux étaient accolées des ailes de trois étages, chacune également en forme de croix. Cette vaste, extraordinairement confortable et élégante résidence était conçue comme un pavillon de chasse, car le prince aimait chasser et inviter des hôtes titrés à de grandes chasses dans les vieilles forêts qui s'étendaient autour d'Antonin. Après un certain temps, il choisit cet endroit comme résidence permanente de la famille et y emménagea avec sa femme Fryderyka Dorota Ludwika Hohenzollern, nièce du roi de Prusse Frédéric II le Grand, et leurs deux filles Eliza et Wanda.

 

 

Eliza Radziwill

 

                                                            Eliza Radziwill

 

 

Wanda Radziwill 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                                                                                                                                                    Wanda Radziwill

 

 

Le prince (1775-1833), compositeur de "Faust", premier opéra inspiré de l'oeuvre de Goethe, était ami avec les plus remarquables artistes de son époque et fit d'Antonin un centre culturel débordant de vie, dans lequel on s'occupait de musique, de littérature, d'arts plastiques. Il avait été nommé régent du duché de Posnanie (avec comme capitale Posen -Poznan) annexé à la Prusse après le Congrès de Vienne. Ses filles étaient aussi pleines de talent. Frédéric écrivait au sujet de la plus jeune, Wanda : "C'est jeune, dix sept ans, joli et, par Dieu, c'était bien agréable de lui poser les doigts sur le clavier. Mais, plaisanterie à part, elle a vraiment beaucoup de sens musical.  Ce n'est pas à elle qu'il faut dire : ici, crescendo ; là, piano ; autre part, plus vite ; là, plus lentement, et caetera. Je n'ai pu refuser de leur envoyer ma Polonaise en fa mineur qui intéressera la princesse Elise [...]"

 

Eliza peignit deux portraits de Chopin pendant son séjour, dont il parlait avec une grande reconnaissance. Frédéric composa alors la Polonaise en do majeur op. 3 pour piano et violoncelle, pour la jouer avec le prince. Radziwill de son côté lui soumit ses propres oeuvres encore inachevées.

  

numérisation0049 (dessin au crayon de 1826)

 

 "... Tu voudrais mon portrait. Si je pouvais en voler un à la princesse Elise, je te l'enverrais. Elle en a dessiné deux de moi dans son album et ils sont dit-on, fort ressemblants..."

 

 

Palais d'Antonin intérieur

 

 Intérieur du palais

 

 

Antonin famille Radziwill à table par Elisa Radziwill

 

 

 

 

Source : Sur les pas de Chopin, Bosz

 

 

 

 

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