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13 novembre 2013 3 13 /11 /novembre /2013 20:51

 

"Je vais vous faire voir quelque chose que vous n'avez jamais vu, et quelqu'un que vous n'oublierez pas ." Nous montons au second étage d'un petit hôtel meublé, et je me trouve vis-à-vis d'un jeune homme pâle, triste, élégant, ayant un léger accent étranger, des yeux bruns d'une douceur limpide incomparable, des cheveux châtains, presque aussi longs que ceux de Berlioz et retombant aussi en gerbe sur son front.

         C'était Chopin, arrivé depuis quelques jours à Paris. Son premier aspect m'avait ému, sa musique me troubla comme quelque chose d'inconnu. Je ne puis mieux définir Chopin, qu'en disant que c'était une trinité charmante. Il y avait entre sa personne, son jeu et ses ouvrages, un tel accord, qu'on ne peut pas plus les séparer, ce semble, que les divers traits d'un même visage. Le son si particulier qu'il tirait du piano ressemblait au regard qu'il tirait de ses yeux ; la délicatesse un peu maladive de sa figure s'alliait à la poétique mélancolie de ses nocturnes ; el le soin et la recherche de sa toilette faisaient comprendre l'élégance toute mondaine d'une certaine partie de ses oeuvres ; il me faisait l'effet d'un fils naturel de Weber et d'une duchesse ; ce que j'appelais ses trois lui n'en faisaient qu'un.

Son génie ne s'éveillait guère qu'à une heure du matin. Jusque-là, il n'était qu'un pianiste charmant. La nuit venue, il entrait dans le groupe des esprits aériens, des êtres ailés,  de tout ce qui vole et brille au sein des demi-ténèbres d'une nuit d'été. Il lui fallait alors un auditoire très restreint et très choisi.

 

         La moindre figure un peu déplaisante suffisait pour le déconcerter. Je l'entends encore, un jour où son jeu me semblait un peu agacé, me dire tout bas en me désignant du regard une dame assise en face de lui : "C'est la plume de cette dame ! Si cette plume-là ne s'en va pas, je ne pourrai pas continuer !"  Une fois au piano, il jouait jusqu'à épuisement. Atteint d'une maladie qui ne pardonne pas, ses yeux se cerclaient de noir, ses regards s'animaient d'un éclat fébrile, ses lèvres s'empourpraient d'un rouge sanglant, son souffle devenait plus court ! Il sentait, nous sentions que quelque chose de sa vie s'écoulait avec les sons, et il ne voulait pas s'arrêter, et nous n'avions pas la force de l'arrêter ! La fièvre qui le brûlait nous envahissait tous !

 

 

Ernest Legouvé (1807-1903)  Soixante ans de souvenirs          

 

 

 

 

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28 octobre 2011 5 28 /10 /octobre /2011 19:47

 

 

Delacroix fut l'un des amis les plus proches de Chopin, et les plus présents dans les derniers mois de sa vie :

 

"29 janvier [1849] : Le soir été voir Chopin ; je suis resté avec lui jusqu'à dix heures. Cher homme ! (...) La souffrance l'empêche de s'intéresser à rien et à plus forte raison au travail. Je lui ai dit que l'âge et les agitations du jour ne tarderaient pas à me refroidir aussi. Il m'a dit qu'il m'estimait de force à résister. "Vous jouirez, a-t-il dit, de votre talent dans une sorte de sérénité qui est un privilège rare, et qui vaut bien la recherche fièvreuse de la réputation."

(Journal de Delacroix)

 

"14 avril [1849] : Le soir chez Chopin ; je l'ai trouvé très affaissé, ne respirant pas. Ma présence au bout de quelques temps l'a remis. Il me disait que l'ennui était son tourment le plus cruel. Je lui ai demandé s'il ne connaissait pas auparavant ce vide insupportable que je ressens quelquefois. Il m'a dit qu'il savait toujours s'occuper de quelque chose. Si peu importante qu'elle soit, une occupation remplit les moments et écarte ces vapeurs. Autre chose sont les chagrins." (Journal de Delacroix)

 

 

Chopin est mort le 17 octobre 1849 et ses funérailles ne seront célébrées que le 30 octobre.  Il laissera une cruelle  impression de manque et un souvenir impérissable chez ses amis les plus proches dont, bien sûr, le peintre Eugène Delacroix. Lorsque celui-ci apprend la mort de Frédéric, il s'insurge :

"Quelle perte ! Que d'ignobles gredins remplissent la place, pendant que cette belle âme vient de s'éteindre !" (Journal, 20 octobre 1849)

 

 

  

 

 

 

  

Aux funérailles, il tient les cordons du poêle avec Meyerbeer, Franchomme et Pleyel.

 

 

[...] Mon pauvre sublime Chopin a quitté ce monde, bien mal ajusté pour les belles âmes. J'ai été bien affecté de ce véritable malheur et aussitôt que je l'ai pu, je me suis réfugié ici, malgré la mauvaise saison [...]

 

Eugène Delacroix à un destinataire non identifié, Champrosay, 8 novembre 1849

 

 

Près d'un an plus tard, il participe avec Pleyel, Franchomme, Albrecht, Kwiatkowski et Herbault, à la souscription qui devait compléter la somme de quinze mille francs déposée par ses élèves et sa soeur en octobre 1849, et destinée à payer le monument érigé au cimetière du Père Lachaise sur un projet de Clesinger.

 

 

 

"Il dessina au crayon le profil de Chopin - une fois encore le profil droit - revêtu des attributs de Dante qu'il rejoignait ainsi dans l'immortalité. Car au-dessous du dessin, il inscrivit cette dédicace, discrètement attendrie : "Cher Chopin". Leur dialogue que la mort venait d'interrompre, Delacroix le prolongea toute sa vie dans le culte fidèle du musicien qu'ils avaient tous les deux le plus aimé : Mozart. Parce que le lien de l'un à l'autre s'imposait à lui chaque fois qu'il entendait jouer les oeuvres de son ami : "Il ressemble plus à Mozart que qui que ce soit." Lorsque la princesse Marcelina Czartoryska fonda en 1854, le "Club des Mozaristes", il fut l'un des fidèles qui assistaient au concert qui, tous les premiers vendredis du mois, réunissait d'anciens amis de Chopin, Pauline Viardot, Franchomme, Grzymala. Jusqu'à sa mort, le peintre chercha dans l'amitié de ceux qui avaient été liés à "l'angélique ami" le plaisir d'un entretien qui conjurait l'absence."

 

MP. Rambeau, Chopin, l'enchanteur autoritaire

 

 

 

 

 

"Eugène Delacroix devait demeurer toute sa vie fidèle au souvenir de Chopin. Ainsi en janvier 1861, époque où il travaillait à la décoration de l'église Saint-Sulpice, il adressa à Albert Grzymala, les lignes que voici :

"Depuis quatre mois, je me sauve au petit jour pour courir à ma fatigante besogne, et je ne rentre qu'à la nuit. L'espoir de finir bientôt, si ma petite santé et la mauvaise saison ne viennent pas apporter de nouveaux obstacles, me soutient et me fait vous prier d'excuser et de pardonner ma claustration. Quand j'aurai fini je vous avertirai, et je vous reverrai avec le plaisir que j'ai toujours eu et avec les sentiments que votre bonne lettre a ranimés en moi. Avec qui parlerais-je de l'incomparable génie que le ciel a envié à la terre, et dont je rêve souvent, ne pouvant plus le voir dans ce monde ni entendre ses divins accords. Si vous voyez quelquefois la charmante princesse Marcel[l]ine [Czartoryska], autre objet de mes respects, mettez à ses pieds l'hommage d'un pauvre homme qui n'a pas cessé d'être plein du souvenir de ses bontés et de l'admiration de son talent, autre trait d'union avec le séraphin que nous avons perdu et qui, à cette heure, charme les sphères célestes. Mille tendresses de coeur, Eugène Delacroix". "

 

Annotation par Bronislaw Sydow, La Correspondance de Chopin

 

 

 

 

 

 

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29 juillet 2011 5 29 /07 /juillet /2011 21:04

 

En 1832, Kalasanty Jedrzejewicz épouse la soeur aînée de Frédéric Chopin, Ludwika. Il est professeur de droit à l'Institut Agronomique de Marimont et juge de paix au Tribunal de Varsovie.

 

Le 25 juin 1849, Chopin, qui se sait perdu, se décide à appeler sa famille à son chevet, et plus particulièrement sa soeur Ludwika dont il a toujours été très proche. Il vit alors rue de Chaillot à Paris. Il mit quatre jours à écrire cette lettre et trace comme un appel au secours les mots très significatifs : "Faites vite".

 

"Ce fut Kalasanty qui reçut la lettre. Ludwika était à la campagne avec les enfants. La princesse Obreskoff y avait joint un mot disant l'état désespéré de Chopin. Alors débuta un drame familial longtemps ignoré, jusqu'à la publication par Krystyna Kobylanska en 1968 d'une longue lettre-confession de 32 pages de Ludwika à son mari, seul moyen qui lui restât de communiquer avec lui. Kalasanty conserva en effet la lettre de son beau-frère plusieurs semaines avant d'informer la famille de l'urgence d'un départ pour Paris. Puis il refusa d'assumer les frais du voyage. Les Barcinski et Justyna durent se cotiser pour permettre à Ludwika de répondre à l'appel de son frère. On ignore les raisons exactes de ce comportement, mais il est douteux que Chopin en ait été directement responsable. En atteignant sa femme dans son affection pour Frédéric, Jedrzejewicz devait régler un conflit conjugal que seule sa mort brutale en mai 1853 allait liquider, puisqu'il la poursuivit de son ressentiment bien après la mort de Chopin, provoquant cette pathétique confession si riche d'informations sur la fin du compositeur."

 

[...]

 

"Les Jedrzejewicz arrivèrent enfin à Paris le 9 août avec leur fille, Ludka [...] Le frère et la soeur savaient que le temps leur était compté et ils avaient tant à se dire ! Exclu d'une intimité qui exaspérait sa jalousie, Kalasanty supportait très mal la cohabitation avec son beau-frère, ses habitudes, ses caprices de malade, sa toux qui nuit et jour perçait les cloisons. Il lui signifia rudement qu'il n'entendait pas partager sa femme avec lui  :

 

'Il est vrai que c'était par sollicitude pour moi, mais avoue combien de fois tu t'es mis en colère parce que je restais assise à son chevet tard dans la nuit, tu lui as reproché à lui de m'empêcher de me reposer. C'était par affection pour moi, mais cela lui faisait de la peine et c'était pour moi une épreuve pénible, puisque j'étais venue pour le veiller, le consoler, supporter tout ce qui pouvait apporter un soulagement momentané à ses souffrances, et lui, au cours de la nuit aimait bavarder, me raconter ses chagrins et épancher dans un coeur aimant et compréhensif ce qui le touchait le plus intimement.'

 

Dans la troisième semaine de septembre, Jedrzejewicz retourna à Varsovie, laissant à Paris sa femme et sa fille et persuadé qu'il ne reverrait pas Chopin à l'enterrement duquel il n'avait pas l'intention d'assister. Les lettres de Ludwika, il ne les communiquait pas à la famille et il se mit ouvertement à dire du mal de son beau-frère. 'Imagine ma douleur quand je m'aperçus que toi, mon meilleur ami, tu mettais en pièces la mémoire d'un mort si cher, si irréprochable, que t'avait-il donc fait ? '  "

 

Enfin, il faut rappeler (voir l'article précédent sur le sujet : Que sont devenus les meubles et objets de Chopin) qu'après la mort de Frédéric, Kalasanty Jedrzejewicz ordonna à Ludwika de se débarasser de tout ce qui appartenait à Chopin :

 

'Et tu ajoutais : "Vends tout, ne garde rien, rien du tout", et "aucune guenille de Chopin n'entrera dans ma maison". Oh ! je versai des larmes de sang sur cette lettre ! Peux-tu imaginer la peine que je ressentais au coeur, une peine que je devais cacher aux étrangers, parce qu'ils se réjouissaient de ce que j'eusse reçu une lettre de toi, sûrs qu'elle devait apporter un réconfort et un soulagement à mon coeur.'

 

 

 

Source : Chopin, l'enchanteur autoritaire, par Marie-Paule Rambeau (Ed. L'Harmattan)

 

 

 

 

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6 janvier 2011 4 06 /01 /janvier /2011 22:28

 

Je voudrais conclure (momentanément) sur Norwid et sur son rôle essentiel dans la façon d'aborder et d'interpréter la musique de Chopin.

  

Cadet de Chopin de onze ans, le poète était fasciné par sa musique. Il eut aussi, exilé comme lui à Paris, la possibilité de faire sa connaissance personnellement. De cette passion et de cette rencontre naquit une poignée de souvenirs lyriques et de réflexions sur le compositeur. Ses poèmes Le piano de Chopin (sans doute le plus connu et le plus pénétrant), ainsi que certains fragments du Prométhidion et des Fleurs noires, sont tous inspirés par l'artiste et son oeuvre.

Grâce à ces écrits, on peut mieux apprécier l'incroyable intuition avec laquelle Norwid saisit l'essence de la musique chopinienne en revêtant ses idées d'une forme novatrice où l'on peut entendre, au dire des spécialistes, des effets quasiment auditifs qui font penser à l'oeuvre du maître. Le Chopin immortalisé sous sa plume est un compositeur surtemporel, profondément ancré dans la culture polonaise et en même temps universel, parce que capable de rendre l'expérience de l'entière humanité avec ses passions, ses douleurs, ses espérances. Il évoque la personnalité de Chopin comme celle d'un créateur ayant réussi à résoudre le problème presque insoluble de la relation entre les musiques populaire, nationale et universelle ("Elever les inspirations Populaires à une puissance qui pénètre et embrasse l'Humanité entière - élever le Populaire à l'Humanité non par applications extérieures et concessions formelles, mais par maturation intérieure... voilà ce qui se laisse entendre de la Muse de Frédéric comme le prélude de l'art national."')

  

Personne mieux que Norwid n'a exprimé autant de phrases et de pensées justes, profondes, belles et lapidaires - et donc faciles à retenir - à propos de ce compositeur de génie.

Ce qui étonne, c'est que les grands romantiques polonais contemporains de Chopin : Slowacki, Mickiewicz, Krasinski, ne semblèrent pas comprendre suffisamment la musique de Chopin et n'aient laissé aucune opinion révélatrice qui concerne celui-ci. 

  

Slowacki (appelé parfois "le Chopin de la poésie polonaise") jouant lui-même du piano, fut élevé par sa mère dans le culte du compositeur ; vers la fin de sa vie, il devint très critique envers l'oeuvre de Chopin.

  

Mickiewicz, qui resta toujours sous le charme de cette musique, fut lié d'amitié avec Frédéric Chopin pendant presque dix ans ; c'est pour deux de ses poèmes ("Hors de mes yeux" et "Ma jolie") que Chopin composa deux mélodies. Mais Mickiewicz ne comprenait pas vraiment le Chopin créateur, il insistait lourdement pour qu'il consentît à écrire un opéra, ce qui n'intéressait pas Chopin.

  

Krasinski et Chopin se connurent enfants (Frédéric avait alors huit ans, et Zygmunt, six), sur l'estrade d'un concert de bienfaisance auquel ils prirent part ensemble. Plus tard, durant les années de lycée, ils continuèrent à se fréquenter régulièrement. Après leur départ de Pologne (Krasinski en 1829, Chopin, un an plus tard), le poète rencontrait son ami à chaque séjour parisien et, quand il ne demeurait pas dans la capitale, il ne manquait pas de prendre des nouvelles de la santé de Frédéric. Dans les dernières années de sa vie, Chopin demanda à Krasinski des poèmes pour lesquels il voulait composer des mélodies. Nous ne savons pas combien Chopin en écrivit puisque une seule, la dernière de son oeuvre vocale - mais considérée comme son sommet - est parvenue jusqu'à nous ("Des montagnes où ils peinaient...").

  

En revanche, la relation Norwid-Chopin nous paraît vraiment extraordinaire. Norwid le fréquenta pendant à peine six mois - de mars à septembre 1849. Depuis lors, il resta fidèle à sa personne et à sa musique. Nous possédons un souvenir émouvant d'un témoin (Olimpia Wagner), datant de 1877, six ans avant la mort du poète :

  

"Avant de s'installer à l'Institut Saint Casimir (asile pour vieillards polonais), Norwid vivait dans une grande misère [...] ; sourd, il aimait cependant la musique et l'écoutait avec émotion, surtout Chopin. La noblesse et le génie irradiaient de son visage."

  

 

Enfin, on retiendra de Norwid la première (et si célèbre) phrase de sa "Nécrologie" de Chopin, écrite juste après la mort de celui-ci :

 

"Natif de Varsovie, Polonais de coeur et citoyen de l'univers par le talent [...]

 

 

 

Cyprian Norwid (1821-1883), poète, prosateur, dramaturge, penseur, peintre et sculpteur polonais, un des génies du 19ème siècle. Proche ami de Chopin au cours des derniers mois de sa vie, il fut celui qui a sans doute pénétré le plus profondèment l'essence métaphysique et philosophique de sa musique et qui l'exprima sous la forme d'une éblouissante poésie.

 

"Si l'on considérait la poésie de Dante comme racine du grand arbre de la poésie occidentale, celle de Baudelaire constituerait ses fleurs et celle de Norwid - ses fruits..." (Juliusz W. Gomulicki, éditeur et commentateur de l'oeuvre de Norwid)

 

 

 

Source : textes de Jan Ekier et K.A. Jezewski, de l'ouvrage "Chopin" par Cyprian Norwid, paru à l'occasion du bicentenaire de la naissance de Chopin et de l'année Chopin 2010, Varsovie

 

 

 

 

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28 décembre 2010 2 28 /12 /décembre /2010 18:18

 

Plus tard... plus tard, à Paris, Frédéric Chopin habitait rue de Chaillot. Cette rue qui montait des Champs Elysées, avait à gauche une rangée de maisons dont le premier étage donnait sur des jardins et d'où l'on découvrait la coupole du Panthéon et tout Paris. C'est le seul endroit d'où les perspectives rappellent un peu celles de Rome. L'appartement de Chopin avait cette même vue. Il comportait comme pièce principale un vaste salon à deux fenêtres, où se trouvait l'immortel piano, un piano qui n'avait rien de ces instruments recherchés, pareil à une armoire ou une commode. Il était orné au goût du jour, mais triangulaire, long, à trois pieds, tel qu'il me semble que l'on n'en voit plus guère dans les appartements élégants. C'est dans ce salon que Chopin prenait son repas à cinq heures, puis, il descendait l'escalier comme il pouvait, se rendait au Bois de Boulogne en voiture, après quoi on le portait dans l'escalier, car il ne pouvait pas monter tout seul. Je mangeais avec lui et l'accompagnais souvent en promenade.

Un jour, nous rendîmes visite à Bohdan Zaleski qui habitait Passy, mais comme il n'y avait personne pour transporter Chopin à l'étage, nous restâmes au jardin, devant la maison, où le petit garçon du poète jouait sur l'herbe...

Depuis lors, je passai un bon moment sans revenir voir Chopin, mais je me tenais toujours au courant de sa santé et je savais que sa soeur était venue de Pologne. Enfin, je me présentai un jour. La servante, une Française, me dit qu'il dormait. J'étouffai mes pas, laissai une carte et sortis. A peine avais-je descendu quelques marches, que la servante me rappela, en me disant que son maître, apprenant qui c'était, me priait d'entrer : de fait, il ne dormait pas, mais ne voulait recevoir personne. Je pénétrai donc dans la chambre à coucher, voisine du salon, très reconnaissant de cette exception faite en ma faveur, et je trouve Chopin habillé, à demi-étendu sur le lit, les jambes enflées, ce qui se voyait du premier coup d'oeil, à ses bas et à ses chaussures. Sa soeur était assise près de lui ; elle lui ressemblait étrangement de profil... Lui, dans l'ombre du grand lit à rideaux, appuyé aux oreillers, enveloppé d'un châle, était beau comme il l'avait toujours été dans les plus simples attitudes de la vie. Il avait ce quelque chose d'achevé, de monumental, que l'aristocratie athénienne aurait pu entourer d'un culte à la meilleure époque de la civilisation grecque, - ce quelque chose qu'un artiste génial sait rendre, par exemple, dans les tragédies classiques françaises, qui ne ressemblent guère au monde antique à cause de leur structure trop soignée, mais auxquelles le génie d'une Rachel redonne le naturel, la vraisemblance et le véritable classicisme. Chaque fois et en quelque circonstance que j'aie rencontré Chopin, j'ai trouvé en lui cette perfection d'apothéose...

Or donc, d'une voix entrecoupée par la toux et l'oppression, il se mit à me gronder d'être resté si longtemps loin de lui, puis il me taquina en plaisantant sur mes tendances mystiques, ce que je souffris de bien bon coeur puisque cela l'amusait, puis je m'entretins avec sa soeur, puis il y eut des accès de toux et le moment vint où il fallut le laisser seul. Je pris donc congé et lui me serrant la main et rejetant ses cheveux en arrière : "Je déménage... " dit-il, et la toux lui coupa la voix. Moi, sachant que cela lui faisait du bien aux nerfs d'être parfois contredit violemment, je pris un ton de convention et l'embrassant à l'épaule, je répondis comme si je parlais à quelqu'un de bâti à chaux et à sable : "Tu déménages comme cela tous les ans. Mais pourtant, grâce à Dieu, nous te voyons toujours en vie".

Alors Chopin, achevant sa phrase interrompue : "Je te dis que je déménage d'ici... Je m'installe place Vendôme".

Ce fut mon dernier entretien avec lui. Bientôt après, il se transporta place Vendôme où il mourut, et je ne le revis plus jamais après cette visite rue de Chaillot.

 

 

 

Fragments du texte de Norwid "Fleurs noires"

 

 

 

 

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22 décembre 2010 3 22 /12 /décembre /2010 19:50

 

I

 

J'étais chez toi ces jours avant-derniers

De la trame non dénouée - -

- Pleins comme le Mythe,

Pâles comme l'aurore...

- Quand la fin de la vie parle au commencement et murmure :

"Je ne te briserai pas - non ! Je te donnerai l'essor !..."

 

II

 

J'étais chez toi, ces jours avant-derniers,

Quand - d'instant en instant - tu t'apparentais

A la lyre tombée des mains d'Orphée

Où la vigueur de la chute combat avec le chant ;

Quatre cordes se parlent

En vibrant tout bas

Deux à deux - deux à deux -

Murmurant :

"Est-ce lui qui commence,

Qui fait jaillir les notes ?...

Si grand Maître !... qu'il joue... lors même qu'il nous repousse ?..."

 

III

 

J'étais chez toi, ces jours-là, Frédéric !

Toi, dont la main... par sa blancheur

D'albâtre - et sa grâce - et son élégance -

Et son toucher impalpable comme une plume d'autruche -

Se confondait sous mes yeux avec le clavier

D'ivoire...

Et tu étais pareil à cette forme que,

Du sein des marbres,

Avant de les tailler,

Fait surgir le ciseau

Du génie - l'éternel Pygmalion !

 

IV

 

Dans ce que tu jouais - qui fut la prière des notes - et ce qu'elles diront,

Alors que leurs échos résonneront autrement

Qu'au temps où tu bénissais de ta main

Tous les accords -

Dans ce que tu jouais il y avait une simplicité,

Une perfection Périclésienne,

Comme si quelque Vertu antique

Entrant dans un manoir de mélèze,

S'était dit :

"Je viens de renaître au Ciel,

Les portes deviennent une harpe,

Le sentier - un ruban...

Je vois l'hostie à travers le blé pâle...

Déjà Emmanuel habite

Sur le Thabor !"

 

V

 

Et la Pologne était là, au zénith

De la Toute-Perfection des Temps,

Saisie par l'arc-en-ciel de l'extase - -

La Pologne... des charrons transfigurés !

Telle qu'en elle-même,

Or-et-abeille !...

(Je l'aurais reconnue - aux confins de l'être !...)

 

VI

 

Et - voilà - il est fini, ton chant - - jamais plus

Je ne te vois - - j'entends seulement

Quelque chose ?...comme une dispute d'enfants - -

- Les touches du clavier se querellent

Dans leur désir de chant qui a été rompu :

Elles vibrent tout bas

Huit par huit - cinq par cinq

Et murmurent : "Est-ce lui qui commence ? Ou est-ce qu'il nous repousse ?..."

 

VII

 

O toi ! qui es profil d'Amour,

Et te nommes : Accomplissement,

Toi que dans l'Art on nomme Style,

Car il pénètre le chant, forme les pierres...

Toi que dans les Temps on nomme Ere,

Où l'histoire est sans zénith,

Tu t'appelles à la fois : Esprit et Lettre,

Et "Consummatum est"...

O ! toi - Parfait - achèvement

Quel que soit, où que soit ton signe...

En Phidias ? en David ? en Chopin ?

En une scène d'Eschyle ?...

Toujours - se vengera de toi : l'INACHEVE !...

- Car le sceau de ce monde est - Carence,

Et l'Accomplissement ?... lui fait mal !...

Il préfère commencer,

Il préfère verser - des arrhes !

- L'épi ?... Lorsqu'il est mûr tel une comète d'or,

A peine effleuré par un souffle,

Il sème une averse de grains de blé

Et sa perfection même l'éparpille...

 

VIII

 

Voici - regarde, Frédéric ! - voici Varsovie :

Sous un astre embrasé

Etrangement chatoyante - -

- Regarde les orgues de la Cathédrale, regarde ! Ton nid :

Là-bas - les demeures patriciennes

Vieilles comme la Res publica,

Les pavés sourds et gris des places,

Et le glaive de Sigismond dans les nues.

 

IX

 

Regarde !... De ruelle en ruelle

S'élancent les chevaux du Caucase,

Annonçant les troupes

Comme l'orage les hirondelles !

Par centaines - par centaines - -

- L'édifice a pris feu, le feu

Couve et s'étend - - voici - le long du mur,

Je vois les fronts en deuil des veuves

Refoulés sous les crosses - -

Je vois encore, malgré la fumée,

Entre les colonnes du balcon,

Une sorte de cercueil

Que l'on hisse... il tombe... il tombe - Ton piano !

 

X

 

Lui qui a proclamé la Pologne, au zénith

De la Toute-Perfection des Temps,

Saisie par un hymne d'extase - -

La Pologne... des charrons transfigurés,

Il tombe... sur les pavés de granit !

- Et voici, telle une juste pensée d'homme,

Il est bafoué par la fureur des hommes,

Ou comme - depuis les siècles

Des siècles - tout ce qui éveille !

Et voici, tel le corps d'Orphée

Mille Furies le déchirent,

Et toutes hurlent : "Moi, non !..."

"Moi, non !..." - toutes grincent et hurlent - -

 

*

 

Mais toi ? - mais moi ? - Faisons jaillir le chant du Jugement,

Clamons : "Réjouis-toi, lointain héritier !...

Les pierres sourdes ont gémi,

L'Idéal... a touché le pavé" - -

 

 

 

 

Le piano de Chopin, de Cyprian Norwid

traduit du polonais  par Christophe Jezewski et François-Xavier Jaujard

 

 

 

 

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21 décembre 2010 2 21 /12 /décembre /2010 22:33

 

 

Le Piano de Chopin fait partie de l’œuvre la plus célèbre de Norwid, le Vade-mecum (1865), recueil de cent poèmes enchaînés les uns aux autres. Elle fut écrite en automne 1863, à Paris, suite à une nouvelle venant de Varsovie : le 19 septembre 1863, lors de l’insurrection contre les Russes, des membres de la Gendarmerie Nationale installés au palais Zamoyski jetèrent plusieurs bombes du dernier étage du palais sur la voiture du général Théodore Berg qui venait d’être nommé gouverneur du tsar en Pologne. Berg ne fut pas touché, mais son adjudant fut blessé, ainsi que des chevaux de l'escorte. En guise de représailles, l'armée tira de son appartement du dernier étage le fils du Comte Zamoyski, qui n'avait rien à voir avec l'attentat. Au troisième étage de ce palais se trouvait l’appartement de la sœur de Chopin, Izabela Barcinska. Elle avait apporté avec elle des meubles et des souvenirs de famille, dont un piano sur lequel avait joué Frédéric. Le palais fut confisqué, le Comte émigra à Paris, son fils fut emprisonné à la Citadelle de Varsovie et condamné à huit ans de travaux forcés. Pendant la perquisition, les gardes pillèrent le bâtiment, jettèrent par les fenêtres et brûlèrent au pied de la statue de Copernic les meubles, les tableaux, les manuscrits, les livres et les partitions de Chopin, dont le piano fut fracassé sur le pavé. La culture nationale connut alors une perte irréparable.

 

 

Palais Zamoyski 02

Le Palais Zamoyski

Il fut détruit pendant l'insurrection de 1944 et reconstruit dans les années 1948-1950. Il abrite maintenant plusieurs sections et instituts de l'Université de Varsovie

 

Palais Staszic Zamoyski 01

 Le Palais Zamoyski (à droite) et au premier plan, le Palais Staszic avec la statue de Copernic

 

Si les poèmes sur Chopin se comptent par centaines dans la plupart des langues du monde, aucun n’a égalé le chef d’œuvre de Norwid, qui fut le premier à concevoir l’essence et le rôle capital de la musique de Chopin dans l’art polonais et dans la musique en général (contrairement à Slowacki qui la réprouvait complètement !).

 

« Elever les inspirations populaires à une puissance qui pénètre et embrasse l’Humanité entière – élever le populaire à l’Humanité non par applications extérieures et concessions formelles, mais par maturation intérieure… voilà ce qui se laisse entendre de la Muse de Frédéric comme le prélude de l’art national (trad. Joseph Pérard).

De plus, Norwid savait déchiffrer le message philosophique et métaphysique de la musique. Ne disait-il pas dans son poème L’Auditeur que les sons révèlent des idées ?

  

 

 Norwid autoportrait

 

La phrase superbe et énigmatique qui achève Le Piano de Chopin, « L’idéal a touché le pavé », c’est la réconciliation du beau parfait (incarné par la musique de Chopin) qui selon Norwid équivaut au bien, et de la réalité, de la vie, de l’histoire corrompues par le mal, la mesquinerie, l’ ‘’INACHEVE ‘’, selon le terme du poète. C’est la fusion de l’idéal et de la vie, la rédemption du mal par l’acte symbolique de la souffrance et la descente de Chopin vers le peuple, son association avec lui dans le mythe du martyre polonais.

  

Source :  

Préface au Piano de Chopin, par Christophe Jezewski

Sur les pas de Chopin, Bosz

Photos par Carmen Desor

 

  

 

 

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19 décembre 2010 7 19 /12 /décembre /2010 21:31

 

Le poète et penseur polonais Cyprian Kamil Norwid est né en 1821, comme Dostoïevski, Flaubert ou Baudelaire. Il étudia la peinture à Varsovie, dans une école abritée par le Palais Czapski-Krasinski (dans l'aile gauche de ce bâtiment habita Chopin de 1827 à 1830), à l’époque où les trois génies du romantisme polonais Mickiewicz, Slowacki et Krasinski dominaient l’horizon littéraire. Exilé en France, il devint un ami de Chopin.  Indépendant et solitaire, il publia peu, se heurtant de plus en plus à l’incompréhension et l’hostilité de ses contemporains, pour devenir un véritable poète maudit et mourir oublié, dans la misère, en 1883, dans un asile de vieillards d’Ivry. On ne connaît pas l’emplacement de ses restes, qui furent trois fois transférés. Son tombeau au cimetière polonais de Montmorency n’est que symbolique.

 

Cyprian Norwid 01

 

Ce n'est qu'en 1971 que l'édition complète de ses oeuvres -dispersées à travers l'Europe- a vu le jour.

Selon Norwid, la poésie constitue le degré suprême du savoir humain réunissant les valeurs prônées par la religion et la science, modifiées par l’artiste.

« De toutes les choses de ce monde deux seulement vont rester, seulement deux : la poésie et la bonté… et rien de plus… ».

  

 

Palais Czapski Krasinski 02

 

On peut voir sur la façade du Palais Czapski-Krasinski les deux plaques commémoratives rappelant le passage dans ce bâtiment de Frédéric Chopin et Cyprian Norwid.

 

                                                                                                                                                                    (à suivre)

 

Extraits de la préface au Piano de Chopin, par Christophe Jezewski

Photos par Carmen Desor

 

 

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17 octobre 2010 7 17 /10 /octobre /2010 18:42

 

 

En ce jour du 17 octobre 2010,  nous célébrons le 161ème anniversaire de la mort de Frédéric Chopin.

 

 

Ecoutons l'hommage de Cyprian Norwid :

 

 

"Natif de Varsovie, Polonais de coeur et citoyen  de l'univers par le talent, Frédéric Chopin a quitté ce monde. La maladie de poitrine a été la cause d'une mort trop précoce dans la trente-neuvième année de sa vie - le dix-septième jour de ce mois.

 

Il savait résoudre la tâche la plus ardue de l'art avec une mystérieuse habileté - car il savait ramasser les fleurs des champs sans en faire tomber la rosée ni le duvet le plus léger. Et à travers l'idéal de l'art il savait les métamorphoser en étoiles rayonnantes, en météores, pour ne pas dire en comètes brillant sur toute l'Europe.

 

Grâce à lui les larmes du Peuple polonais dispersées à travers les champs dans le diadème de l'humanité se sont rassemblées en un diamant de beauté, avec des cristaux d'une harmonie singulière.

 

C'est la chose la plus grande que puisse faire un artiste et c'est ce qu'a fait Frédéric Chopin.

 

Il a passé toute sa vie (c'est à dire la plus grande partie) hors de son pays, pour son pays.

 

C'est la chose la plus grande que puisse accomplir un exilé et c'est ce qu'a accompli Frédéric Chopin.

 

Il est partout - car il a habité avec sagesse l'esprit de la Patrie - et il repose dans sa Patrie, car il est partout.

 

[...]

 

Dans ses Chants de la Saint Jean Kochanowski fut le premier à révéler au monde la poésie du peuple - dans la musique Chopin a fait de même."

 

 

 

                                                                                                  Cyprian NORWID

                                                                                                   Paris, le 18 octobre 1849

 

 

Norwid 1861

 

                                   Norwid en 1861

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24 août 2010 2 24 /08 /août /2010 07:54

 

 

Quelquefois, Chopin lui [Alkan] donne rendez-vous chez Mme Sand, qui, elle, s'est logée tout près, rue Pigalle, au n° 16, dans un petit pavillon isolé du fond du jardin, au-dessus des remises et des écuries de la maison qui donne sur la rue. Ils s'y retrouvent vers sept heures, après que l'un et l'autre, leurs leçons enfin terminées, ont dîné ; le bon Franchomme souvent les y rejoint.

 

Le coeur lui a battu un peu plus fort lorsqu'il a pénétré pour la première fois sous les ormes et tilleuls de ce jardin. Certes, il a été présenté à l'illustre romancière lors des raouts donnés par Liszt et Mme d'Agoult à l'hôtel de France, mais jamais il n'a vraiment eu l'occasion de causer avec celle dont il lit avec exaltation les livres. Il est monté à l'appartement par un escalier de meunier, droit et raide. Dans le vestibule, on est accueilli par un portrait de Grzymala en costume polonais. Chopin l'a reçu dans un salon au meuble vert, décoré de vases chinois superbes, d'une jardinière débordante de fleurs ; il lui a détaillé les curiosités entassées sur un dressoir et l'a laissé longuement admirer les beaux tableaux de Delacroix et le portrait de Mme Sand peint par Calamatta, qui décorent les murs. Puis, il s'est assis devant un magnifique piano, droit et carré, en palissandre, il a attaqué une Etude en fa mineur. Mme Sand a passé la tête, puis s'est retirée. "Elle ne se lève qu'à quatre heures, travaillant jusque tard dans la nuit, dans sa chambre de moine. Elle essaie actuellement d'écrire une pièce de théâtre", lui dira Chopin. Mme Sand, un peu plus tard, a pris le thé en leur compagnie. Même s'il ne se l'avoue pas, il a été un peu déçu, n'entendant rien sortir de sa bouche qui méritât d'être retenu. Tels des avares, les artistes serrent leurs pensées rares, leurs sentiments exquis pour leurs seules oeuvres. Dans la vie ordinaire, ils sont des plus ordinaires."

 

 

(Extrait de la Grande Sonate, de Claude Schopp)

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