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11 janvier 2011 2 11 /01 /janvier /2011 20:43

 

Franz Liszt, lithographie par Joseph Kriehuber

 

 Franz Liszt, lithographie de Joseph Kriehuber

 

 

 

Concert de Chopin

 

Lundi dernier, à huit heures du soir, les salons de M. Pleyel étaient splendidement éclairés ; de nombreux équipages amenaient incessamment au bas d’un escalier couvert de tapis et parfumé de fleurs les femmes les plus élégantes, les jeunes gens les plus à la mode, les artistes les plus célèbres, les financiers les plus riches, les grands seigneurs les plus illustres, toute une élite de société, toute une aristocratie de naissance, de fortune,  de talent et de beauté.

Un grand piano à queue était ouvert sur une estrade ; on se pressait autour ; on ambitionnait les places les plus voisines ; à l’avance on prêtait l’oreille, on se recueillait, on se disait qu’il ne fallait pas perdre un accord, une note, une intention, une pensée  de celui qui allait venir s’asseoir là. Et l’on avait raison d’être ainsi avide, attentif, religieusement ému, car celui que l’on attendait, que l’on voulait voir, entendre, admirer, applaudir, ce n’était pas seulement un virtuose habile, un pianiste expert dans l’art de faire des notes ; ce n’était pas seulement un artiste de grand renom, c’était tout cela et plus que tout cela, c’était Chopin.

Venu en France il y a dix ans environ, Chopin, dans la foule des pianistes qui à cette époque surgissait de toutes parts, ne combattit point pour obtenir la première ni la seconde place. Il se fit très peu entendre en public ; la nature éminemment poétique de son talent ne l’y portait pas. Semblable à ces fleurs qui n’ouvrent qu’au soir leurs odorants calices, il lui fallait une atmosphère de paix et de recueillement  pour épancher librement les trésors de mélodie qui reposaient en lui. La musique, c’était sa langue : Langue divine dans laquelle il exprimait tout un ordre de sentiments que le petit nombre seul pouvait comprendre.  Ainsi qu’à cet autre grand poète, Mickiewicz, son compatriote et son ami, la muse de la patrie lui dictait ses chants, et les plaintes de la Pologne empruntaient à ses accents je ne sais quelle poésie mystérieuse qui, pour tous ceux qui l’ont véritablement sentie, ne saurait être comparée à rien. Si moins d’éclat s’est attaché à son nom, si une auréole moins lumineuse a ceint sa tête, ce n’est pas qu’il n’eût en lui peut-être la même énergie de pensée, la même profondeur de sentiment que l’illustre auteur de Konrad Wallenrod et des Pélerins ; mais ses moyens d’expression étaient trop bornés, son instrument trop imparfait ; il ne pouvait à l’aide d’un piano se révéler tout entier. De là, si nous ne nous trompons, une souffrance sourde et continue, une certaine répugnance à se communiquer au dehors, une mélancolie qui se dérobe sous des apparences de gaieté, toute une individualité enfin remarquable et attachante au plus haut degré.

Ainsi que nous l’avons dit, ce ne fut que rarement, à de très distants intervalles, que Chopin se fit entendre en public ; mais ce qui eût été pour tout autre une cause presque certaine d’oubli et d’obscurité, fut précisément ce qui lui assura une réputation supérieure aux caprices de la mode, et ce qui le mit à l’abri des rivalités, des jalousies et des injustices, Chopin, demeuré en dehors du mouvement excessif qui, depuis quelques années,  pousse l’un sur l’autre, et l’un contre l’autre, les artistes exécutants de tous les points de l’univers, est resté constamment entouré d’adaptes fidèles, d’élèves enthousiastes,  de chaleureux amis qui, tout en le garantissant des luttes fâcheuses et des froissements pénibles, n’ont cessé de répandre ses œuvres, et avec elles l’admiration pour son génie et le respect pour son nom. Aussi, cette célébrité exquise, toute en haut lieu, excellemment aristocratique, est-elle restée pure de toute attaque. Un silence complet de la critique se fait déjà autour d’elle, comme si la postérité était venue ; et dans l’auditoire brillant qui accourait auprès du poëte (*) trop longtemps muet, il n’y avait pas une réticence, pas une restriction : toutes les bouches n’avaient qu’une louange.

Nous n’entreprendrons pas ici une analyse détaillée des compositions de Chopin. Sans fausse recherche de l’originalité, il a été lui, aussi bien dans le style que dans la conception. A des pensées nouvelles, il a su donner une forme nouvelle. Ce quelque chose de sauvage et d’abrupte qui tenait à sa patrie, a trouvé son expression dans des hardiesses de dissonance, dans des harmonies étranges, tandis que la délicatesse et la grâce qui tenaient à sa personne se révélaient en mille contours, en mille ornements d’une inimitable fantaisie.

Dans le concert de lundi, Chopin avait choisi de préférence celles de ses œuvres qui s’éloignent davantage des formes classiques. Il n’a joué ni concerto, ni sonate, ni fantaisie, ni variations, mais des préludes, des études, des nocturnes et des mazurkes (**). S’adressant à une société plutôt qu’à un public, il pouvait impunément se montrer ce qu’il est, poëte élégiaque, profond, chaste et rêveur. Il n’avait besoin ni d’étonner ni de saisir ; il cherchait des sympathies délicates plutôt que de bruyants enthousiasmes. Disons bien vite que ces sympathies ne lui ont pas fait défaut. Dès les premiers accords il s’est établi entre lui et son auditoire une communication étroite. Deux études et une ballade ont été redemandées, et sans la crainte d’ajouter un surcroît de fatigue à la fatigue déjà grande qui se trahissait sur son visage pali, on eût redemandé un à un tous les morceaux du programme.

Les Préludes de Chopin sont des compositions d’un ordre tout à fait à part. Ce ne sont pas seulement, ainsi que le titre pourrait le faire penser, des morceaux destinés à être joués en guise d’introduction à d’autres morceaux, ce sont des préludes poétiques, analogues à ceux d’un grand poëte contemporain, qui bercent l’âme en des songes dorés,  et l’élèvent jusqu’aux régions idéales. Admirables par leur diversité, le travail et le savoir qui s’y trouvent ne sont appréciables qu’à un scrupuleux examen. Tout y semble de premier jet, d’élan, de soudaine venue. Ils ont la libre et grande allure qui caractérise les œuvres du génie.

Que dire des mazurkes, ces petits chefs-d’œuvres  si capricieux et si achevés pourtant ?

 

Un sonnet sans défaut vaut seul un long poeme,

 

a dit un homme qui faisait autorité au plus beau siècle des lettres françaises. Nous serions bien tentés d’appliquer aux mazurkes l’exagération même de cet axiome, et de dire que pour nous, du moins, beaucoup d’entr’eux valent de très longs opéras.

Après tous les bravos prodigués au roi de la fête,  M. Ernst a su en obtenir de bien mérités. Il a joué dans un style large et grandiose, avec un sentiment passionné et une pureté digne des maîtres, une élégie qui a vivement impressionné l’auditoire.

Madame Damoreau, qui avait prêté à ce concert de fashion son charmant concours, a été, comme d’habitude,  ravissante de perfection.

Encore un mot avant de terminer ces quelques lignes que le manque de temps nous force d’abréger.

La célébrité ou le succès qui couronnent le talent et le génie sont en partie le produit de circonstances heureuses. Les succès durables sont rarement injustes,  à la vérité. Toutefois, comme l’équité est peut-être la qualité la plus rare de l’esprit humain, il en résulte que, pour certains artistes, le succès reste en-deçà, tandis que pour d’autres il va au-delà de leur valeur réelle.  On a remarqué que dans les marées régulières il y avait toujours une dixième vague plus forte que les autres ; ainsi, dans le train du monde, il est des hommes qui sont portés par cette dixième vague de la fortune, et qui vont plus haut et plus loin que d’autres, leurs égaux ou même leurs supérieurs. Le génie de Chopin n’a point été aidé de ces circonstances particulières. Son succès,  quoique très grand, est resté en-deçà de ce qu’il devait prétendre. Toutefois, nous le disons de conviction, Chopin n’a rien à envier à personne. La plus noble et la plus légitime satisfaction que puisse éprouver l’artiste n’est-elle pas de se sentir au-dessus de sa renommée, supérieur même à son succès, plus grand encore que sa gloire ?

                                                                                                                                   F. LISZT.

 

 

 

Compte-rendu par Franz Liszt du concert de Chopin du 26 avril 1841

« Revue et Gazette Musicale de Paris », n° 31 du 2 mai 1841

 

 

(*) Orthographe de Liszt

(**) mot employé par Liszt

 

 

 

 

 

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8 janvier 2011 6 08 /01 /janvier /2011 23:33

 

 

Exposition permanente au Musée des Beaux-Arts de Valenciennes

 

 

 

 

Néro Carpeaux 01

 

 

Plaque Néro

 

 

Néro Carpeaux 02

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Photos par Carmen Desor

 

 

 

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7 janvier 2011 5 07 /01 /janvier /2011 22:16

 

 

"Le plus important dans l'art, c'est quelque chose qui se situe au-delà de l'art. Un élément transcendental. Dans la musique, même les gens qui n'ont pas d'oreille sentent le souffle d'un autre monde. Ils sentent que tout à côté d'eux est descendue sur terre une force élémentaire."

 

Karol Szymanowski, compositeur

 

 

Cette "force élémentaire" n'est-elle pas justement présente dans la musique de Chopin ? Lui qui, selon le témoignage de Norwid, entendait parfois la musique des sphères, inaudible pour le commun des mortels ? Les mêmes sensations ont été éprouvées par l'excellent écrivain et pianiste, contemporain de Chopin, Maurycy Mochnacki. C'est ce qu'a si merveilleusement exprimé le grand sculpteur symboliste polonais Boleslas Biegas dans son monument dédié au compositeur.

 

 Couverture Biegas

Biegas Chopin- bronze 1902

 

         Biegas, Chopin, bronze 1902   

 

 

 

"Dans la musique de Chopin, l'humanité entière se retrouve avec sa passion, sa souffrance et son espoir."

  

Albert Roussel

 

 

"Au-delà de la musique de Chopin [...] s'étend l'immense mer de l'âme humaine, de l'âme universelle, car seul Chopin dans notre musique a eu le droit de dire avec notre barde-prophète immortel, Mickiewicz : Je suis un million d'hommes !"

 

Stanislas Przybyszewski, écrivain moderniste polonais

 

 

 

EXTRAITS DE LA POSTFACE AU LIVRE "CHOPIN" PAR NORWID, PAR K. JEZEWSKI, VARSOVIE 2010

 

 

 

 

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6 janvier 2011 4 06 /01 /janvier /2011 22:28

 

Je voudrais conclure (momentanément) sur Norwid et sur son rôle essentiel dans la façon d'aborder et d'interpréter la musique de Chopin.

  

Cadet de Chopin de onze ans, le poète était fasciné par sa musique. Il eut aussi, exilé comme lui à Paris, la possibilité de faire sa connaissance personnellement. De cette passion et de cette rencontre naquit une poignée de souvenirs lyriques et de réflexions sur le compositeur. Ses poèmes Le piano de Chopin (sans doute le plus connu et le plus pénétrant), ainsi que certains fragments du Prométhidion et des Fleurs noires, sont tous inspirés par l'artiste et son oeuvre.

Grâce à ces écrits, on peut mieux apprécier l'incroyable intuition avec laquelle Norwid saisit l'essence de la musique chopinienne en revêtant ses idées d'une forme novatrice où l'on peut entendre, au dire des spécialistes, des effets quasiment auditifs qui font penser à l'oeuvre du maître. Le Chopin immortalisé sous sa plume est un compositeur surtemporel, profondément ancré dans la culture polonaise et en même temps universel, parce que capable de rendre l'expérience de l'entière humanité avec ses passions, ses douleurs, ses espérances. Il évoque la personnalité de Chopin comme celle d'un créateur ayant réussi à résoudre le problème presque insoluble de la relation entre les musiques populaire, nationale et universelle ("Elever les inspirations Populaires à une puissance qui pénètre et embrasse l'Humanité entière - élever le Populaire à l'Humanité non par applications extérieures et concessions formelles, mais par maturation intérieure... voilà ce qui se laisse entendre de la Muse de Frédéric comme le prélude de l'art national."')

  

Personne mieux que Norwid n'a exprimé autant de phrases et de pensées justes, profondes, belles et lapidaires - et donc faciles à retenir - à propos de ce compositeur de génie.

Ce qui étonne, c'est que les grands romantiques polonais contemporains de Chopin : Slowacki, Mickiewicz, Krasinski, ne semblèrent pas comprendre suffisamment la musique de Chopin et n'aient laissé aucune opinion révélatrice qui concerne celui-ci. 

  

Slowacki (appelé parfois "le Chopin de la poésie polonaise") jouant lui-même du piano, fut élevé par sa mère dans le culte du compositeur ; vers la fin de sa vie, il devint très critique envers l'oeuvre de Chopin.

  

Mickiewicz, qui resta toujours sous le charme de cette musique, fut lié d'amitié avec Frédéric Chopin pendant presque dix ans ; c'est pour deux de ses poèmes ("Hors de mes yeux" et "Ma jolie") que Chopin composa deux mélodies. Mais Mickiewicz ne comprenait pas vraiment le Chopin créateur, il insistait lourdement pour qu'il consentît à écrire un opéra, ce qui n'intéressait pas Chopin.

  

Krasinski et Chopin se connurent enfants (Frédéric avait alors huit ans, et Zygmunt, six), sur l'estrade d'un concert de bienfaisance auquel ils prirent part ensemble. Plus tard, durant les années de lycée, ils continuèrent à se fréquenter régulièrement. Après leur départ de Pologne (Krasinski en 1829, Chopin, un an plus tard), le poète rencontrait son ami à chaque séjour parisien et, quand il ne demeurait pas dans la capitale, il ne manquait pas de prendre des nouvelles de la santé de Frédéric. Dans les dernières années de sa vie, Chopin demanda à Krasinski des poèmes pour lesquels il voulait composer des mélodies. Nous ne savons pas combien Chopin en écrivit puisque une seule, la dernière de son oeuvre vocale - mais considérée comme son sommet - est parvenue jusqu'à nous ("Des montagnes où ils peinaient...").

  

En revanche, la relation Norwid-Chopin nous paraît vraiment extraordinaire. Norwid le fréquenta pendant à peine six mois - de mars à septembre 1849. Depuis lors, il resta fidèle à sa personne et à sa musique. Nous possédons un souvenir émouvant d'un témoin (Olimpia Wagner), datant de 1877, six ans avant la mort du poète :

  

"Avant de s'installer à l'Institut Saint Casimir (asile pour vieillards polonais), Norwid vivait dans une grande misère [...] ; sourd, il aimait cependant la musique et l'écoutait avec émotion, surtout Chopin. La noblesse et le génie irradiaient de son visage."

  

 

Enfin, on retiendra de Norwid la première (et si célèbre) phrase de sa "Nécrologie" de Chopin, écrite juste après la mort de celui-ci :

 

"Natif de Varsovie, Polonais de coeur et citoyen de l'univers par le talent [...]

 

 

 

Cyprian Norwid (1821-1883), poète, prosateur, dramaturge, penseur, peintre et sculpteur polonais, un des génies du 19ème siècle. Proche ami de Chopin au cours des derniers mois de sa vie, il fut celui qui a sans doute pénétré le plus profondèment l'essence métaphysique et philosophique de sa musique et qui l'exprima sous la forme d'une éblouissante poésie.

 

"Si l'on considérait la poésie de Dante comme racine du grand arbre de la poésie occidentale, celle de Baudelaire constituerait ses fleurs et celle de Norwid - ses fruits..." (Juliusz W. Gomulicki, éditeur et commentateur de l'oeuvre de Norwid)

 

 

 

Source : textes de Jan Ekier et K.A. Jezewski, de l'ouvrage "Chopin" par Cyprian Norwid, paru à l'occasion du bicentenaire de la naissance de Chopin et de l'année Chopin 2010, Varsovie

 

 

 

 

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4 janvier 2011 2 04 /01 /janvier /2011 22:29

 

 

Exposition permanente au Musée des Beaux-Arts de Valenciennes

 

 

Narcisse Hiolle 01

 

Plaque Narcisse

 

 

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Narcisse Hiolle 02

 

 

 

  Photos par Carmen Desor

 

 

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30 décembre 2010 4 30 /12 /décembre /2010 21:03

DSCN6659 

 

Voici que s'achève l'année du bicentenaire de Frédéric Chopin. J'espère avoir servi au mieux la mémoire de ce grand génie à-travers les divers articles de ce blog. Je remercie tous les abonnés de la Note à la Plume, et tous les visiteurs, de plus en plus nombreux. J'espère avoir fait rêver tous les amoureux de Frédéric et de la Pologne, et d'avoir renseigné au mieux les autres.

 

 

463 Varsovie Institut Chopin 05

 

 

N'hésitez pas à me laisser vos commentaires, vos questions et suggestions. Je sais que beaucoup n'osent pas ou n'en éprouvent pas le besoin, mais un blog est aussi un lieu d'échanges et de rencontres enrichissantes...

 

Le bicentenaire s'achève mais l'intérêt pour Chopin et pour sa musique ne se démentira jamais. J'espère donc que vous m'accompagnerez encore durant cette nouvelle Année qui vient.  Je souhaite à tous de continuer à croire en ses rêves et vivre 2011 dans la santé, la paix et la sérénité avec, pour étendard, l'amour du Beau, du Bien et de la Simplicité qui était, pour Chopin, le "sommet de l'Art".

 

 

divers mai 2009 149

 

 

BONNE ANNEE 2011 A TOUTES LES AMES CHOPINIENNES !

 

Carmen Desor  

 

 

 

 

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29 décembre 2010 3 29 /12 /décembre /2010 19:13

 

 

... Chopin traversait parfois des moments d'exaltation de l'ouïe, et, à ces instants-là, son sens acquérait une sensibilité extraordinaire : il entendait alors des sons inaudibles pour l'oreille humaine [...] Il était, surtout au cours des dernières années de sa vie, tellement mince et délicat, tellement frêle et presque transparent [...] qu'il semblait n'être plus un homme, mais un délicat insecte ailé qu'il fallait toucher avec une extrême précaution pour ne pas l'abîmer.

 

 

 

Propos de Norwid, cités par Edward Siwinski (1849)

 

 

 

 

 

 

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28 décembre 2010 2 28 /12 /décembre /2010 18:18

 

Plus tard... plus tard, à Paris, Frédéric Chopin habitait rue de Chaillot. Cette rue qui montait des Champs Elysées, avait à gauche une rangée de maisons dont le premier étage donnait sur des jardins et d'où l'on découvrait la coupole du Panthéon et tout Paris. C'est le seul endroit d'où les perspectives rappellent un peu celles de Rome. L'appartement de Chopin avait cette même vue. Il comportait comme pièce principale un vaste salon à deux fenêtres, où se trouvait l'immortel piano, un piano qui n'avait rien de ces instruments recherchés, pareil à une armoire ou une commode. Il était orné au goût du jour, mais triangulaire, long, à trois pieds, tel qu'il me semble que l'on n'en voit plus guère dans les appartements élégants. C'est dans ce salon que Chopin prenait son repas à cinq heures, puis, il descendait l'escalier comme il pouvait, se rendait au Bois de Boulogne en voiture, après quoi on le portait dans l'escalier, car il ne pouvait pas monter tout seul. Je mangeais avec lui et l'accompagnais souvent en promenade.

Un jour, nous rendîmes visite à Bohdan Zaleski qui habitait Passy, mais comme il n'y avait personne pour transporter Chopin à l'étage, nous restâmes au jardin, devant la maison, où le petit garçon du poète jouait sur l'herbe...

Depuis lors, je passai un bon moment sans revenir voir Chopin, mais je me tenais toujours au courant de sa santé et je savais que sa soeur était venue de Pologne. Enfin, je me présentai un jour. La servante, une Française, me dit qu'il dormait. J'étouffai mes pas, laissai une carte et sortis. A peine avais-je descendu quelques marches, que la servante me rappela, en me disant que son maître, apprenant qui c'était, me priait d'entrer : de fait, il ne dormait pas, mais ne voulait recevoir personne. Je pénétrai donc dans la chambre à coucher, voisine du salon, très reconnaissant de cette exception faite en ma faveur, et je trouve Chopin habillé, à demi-étendu sur le lit, les jambes enflées, ce qui se voyait du premier coup d'oeil, à ses bas et à ses chaussures. Sa soeur était assise près de lui ; elle lui ressemblait étrangement de profil... Lui, dans l'ombre du grand lit à rideaux, appuyé aux oreillers, enveloppé d'un châle, était beau comme il l'avait toujours été dans les plus simples attitudes de la vie. Il avait ce quelque chose d'achevé, de monumental, que l'aristocratie athénienne aurait pu entourer d'un culte à la meilleure époque de la civilisation grecque, - ce quelque chose qu'un artiste génial sait rendre, par exemple, dans les tragédies classiques françaises, qui ne ressemblent guère au monde antique à cause de leur structure trop soignée, mais auxquelles le génie d'une Rachel redonne le naturel, la vraisemblance et le véritable classicisme. Chaque fois et en quelque circonstance que j'aie rencontré Chopin, j'ai trouvé en lui cette perfection d'apothéose...

Or donc, d'une voix entrecoupée par la toux et l'oppression, il se mit à me gronder d'être resté si longtemps loin de lui, puis il me taquina en plaisantant sur mes tendances mystiques, ce que je souffris de bien bon coeur puisque cela l'amusait, puis je m'entretins avec sa soeur, puis il y eut des accès de toux et le moment vint où il fallut le laisser seul. Je pris donc congé et lui me serrant la main et rejetant ses cheveux en arrière : "Je déménage... " dit-il, et la toux lui coupa la voix. Moi, sachant que cela lui faisait du bien aux nerfs d'être parfois contredit violemment, je pris un ton de convention et l'embrassant à l'épaule, je répondis comme si je parlais à quelqu'un de bâti à chaux et à sable : "Tu déménages comme cela tous les ans. Mais pourtant, grâce à Dieu, nous te voyons toujours en vie".

Alors Chopin, achevant sa phrase interrompue : "Je te dis que je déménage d'ici... Je m'installe place Vendôme".

Ce fut mon dernier entretien avec lui. Bientôt après, il se transporta place Vendôme où il mourut, et je ne le revis plus jamais après cette visite rue de Chaillot.

 

 

 

Fragments du texte de Norwid "Fleurs noires"

 

 

 

 

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26 décembre 2010 7 26 /12 /décembre /2010 20:07

 

 

Musée de Valenciennes façade 02

 

 

Le Musée des Beaux-Arts de Valenciennes présente une collection exceptionnelle de peintures flamandes (Bruegel, Rubens, Van Dyck...), mais aussi de la peinture française du 18ème siècle (Watteau, Boucher...) et de la sculpture du 19ème siècle (Carpeaux, Fagel...).

 

 

 

Déploration du Christ de Pieter Van Mol

 

                     La Déploration du Christ, de Pieter Van Mol

                    (peintre flamand, Anvers 1599 - Paris 1650)

 

 

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La Première Offrande d'Abel, de Léon Fage 01l

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                                                                                     La Première Offrande d'Abel, de Léon Fagel

                                                                                               (Valenciennes 1851 - Cousolre 1913)

                                                                             Premier Grand Prix de Rome de Sculpture en 1879

 

 

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Photos par Carmen Desor

 

 

 

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24 décembre 2010 5 24 /12 /décembre /2010 23:46

 

Composée en 1844.

 

"Si proche déjà de sa fin et la prévoyant ("Il s'enterre à tout instant avec un certain plaisir", écrit George Sand), Chopin atteint l'équilibre parfait entre le sentiment implicite de la mort qui hante encore le Largo et la célébration exultante des principes de vie qui triomphe dans le Rondo final." (1) Cette Sonate témoigne d'un certain traditionalisme d'accent sinon de forme (constate Cortot). En effet, "dans la pleine maturité de son génie, Chopin se soucie moins de rompre ou pas avec le schéma traditionnel de la sonate viennoise, émancipation qu'on lui avait naguère unanimement reprochée, que d'enserrer, dans cet espace clos sur lui-même qu'est la sonate, la quintessence de son expérience poétique." (1) 

  

"Le premier mouvement, Allegro Maestoso en si, le seul qui soit en mineur, est qualifié par Lenz d'  "épopée du piano... un poème grandiose dans son invention et dans sa structure". L'ouverture se fait forte avec autorité sur un motif de doubles croches fulgurant, presque agressif, suivi d'accords imposants." (1) Le second thème de ce premier mouvement est un "instant de grâce ineffable où la mélodie prend son essor, radieuse et sûre de son but, et déploie, dans le silence religieux d'un accompagnement en arpèges vaporeux, la courbe parfait d'un dessin d'une bouleversante beauté. C'est l'une des plus admirables cantilènes italianisantes que Chopin ait écrites ; la première, sans doute, un an avant la Barcarolle, qui communique avec une telle intensité le sentiment de "l'élévation", au sens baudelairien du terme :

  

'Alors je conçus pleinement l'idée d'une âme se mouvant dans un milieu lumineux, d'une extase faite de volupté et de connaissance, et planant au-dessus et bien loin du monde naturel' (Baudelaire) " (1)

 

 

  

 

 

 

Le deuxième mouvement est un scherzo en mi bémol majeur. Tempo très rapide et fluidité de la ligne mélodique.

 

 

 

  

   

  

"Le troisième mouvement, un Largo en si majeur, est en soi un petit chef d'oeuvre. (...) Placé au centre de l'oeuvre, il en constitue l'apogée du point de vue expressif. (...) La lenteur de sa progression et la régularité rythmique de l'accompagnement font songer autant à une berceuse qu'à une marche funèbre. (...)  On ne saurait trouver de mots assez justes pour parler d'un des plus admirables mouvements lents de l'oeuvre de Chopin. (..) Descente immobile dans les cercles concentriques que forme la répétition du même motif mélodique à la main gauche, aussi sublime dans sa simplicité qu'un Choral de Bach et qui flotte calmement sur les arpèges. (...) Lorsque le Largo reprend, la remontée vers la lumière se fait avec une infinie délicatesse. (...) Le contraste est presque douloureux avec les premiers accords violemment plaqués où s'engage le Finale en si majeur. " (1)

 

 

Parmi les oeuvres de sa composition travaillées sous sa direction, Chopin imposa cette Sonate à son élève Marie Roubaud, dont le Largo, rapporta-t-elle à Ganche, joué une fois par lui, la fit pleurer. * (2)

 

 

  

  

  

 

Le quatrième mouvement en si majeur. Structuré comme un rondo. "Le thème principal a le caractère d'une chevauchée héroïque. (...) L'extraordinaire énergie qui galvanise tout le mouvement culmine dans une coda qui conclut somptueusement en majeur l'oeuvre définitivement placée sous le signe de la clarté et de la plénitude." (1)

 

 

   

 

 

 

   

 

"Plus que toute autre oeuvre du maître elle exige une étude approfondie, car seule la compréhension de chaque phrase, de chaque détail, nous révèle toute la splendeur de cette admirable composition. Plus nous entendons cette sonate, plus nous découvrons en elle de beautés (...). Il semble que, dans cette oeuvre, soient condensés tous les états d'âme qui aient jamais agité le coeur humain. Je place cette sonate au-dessus de celle en si bémol mineur. Elle est plus expressive, plus sobre et par là plus puissante".

 

Raoul Koczalski, élève de Karol Mikuli, 1910

 

 

 

 

"Dédiée à Emilie de Perthuis (...), la Sonate en si mineur ne fut pas publiée par Schésinger qui avait décidé de se retirer et de vendre son affaire, mais, en juillet 1845, par Joseph Meissonnier, en même temps que la Berceuse opus 57. Chopin en avait demandé 1200 francs. Dans le même temps, George Sand recevait de ses éditeurs 7500 francs pour la publication de son dernier roman, Le Péché de Monsieur Antoine. " (1)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

* Marie Roubaud, née de Cournand (1822-1916 ou 1917). Née à Pétersbourg, d'ascendance française, elle bénéficia de l'enseignement de Chopin pendant l'hiver 1847-1848 qui lui donna exactement dix-huit leçons à raison d'une heure par semaine. Elle a déclaré notamment que Chopin "surveillait principalement la sonorité et le legato, ne mettait pas d'annotations sur la musique et donnait l'exemple au piano."

 

 

 

Source :

(1)Chopin, L'enchanteur autoritaire, par Marie-Paule Rambeau

'2)Chopin vu par ses élèves, par Jean-Jacques Eigeldinger

 

 

 

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