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6 novembre 2011 7 06 /11 /novembre /2011 16:02

 

Dans cette rubrique "Sur les pas de Chopin à Varsovie", je me propose de vous emmener, étape par étape, sur les itinéraires tracés par Jerzy Majewski dans son excellent guide du même nom et de reprendre l'essentiel de ses commentaires.

 

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Itinéraire 1 - Etape 4

Aire de détente sur l'actuel Ujazdowski Park

 

 

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Dans le prolongement du Parc Lazienki et du Jardin Botanique, nous parvenons maintenant au Park Ujazdowski. Ce parc fut fondé à la fin du 19è siècle.  Mais sur l'emplacement qu'il occupe actuellement existait du temps de Chopin une aire de détente. Une grande fête fut tenue à cet endroit le 24 mai 1829 pour marquer le couronnement du Tsar Nicolas 1er en tant que roi de Pologne. Des milliers de personnes y assistèrent.  La plus grande attraction consistait en deux fontaines en forme de globes, d'où coulait de l'hydromel. Il y avait aussi six pompes à bière. Les gens buvaient à même leurs casquettes et leurs chapeaux. Le Tsar et son entourage étaient assis dans une rotonde. A un signal, les gens se précipitaient vers les tables couvertes de plats et de viandes. La fête se termina par un violent orage.

 

Il est difficile de dire si quelqu'un de la famille de Chopin assista à cette fête. Mais il est certain qu'ils lurent les coupures de presse s'y rapportant. Lire les journaux était l'un des plaisirs quotidiens des Chopin. Ajoutons qu'à cette époque, Fryderyk assistait aux concerts de Paganini et se préparait à ses derniers examens à l'Ecole Principale de Musique. Examens qu'il passa le 20 juillet.

 

 

Cet endroit, aujourd'hui :

 

 

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Photos par Carmen Desor

Source : Jerzy Majewski, Warsaw in Chopin's footsteps

 

 

 

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28 octobre 2011 5 28 /10 /octobre /2011 19:47

 

 

Delacroix fut l'un des amis les plus proches de Chopin, et les plus présents dans les derniers mois de sa vie :

 

"29 janvier [1849] : Le soir été voir Chopin ; je suis resté avec lui jusqu'à dix heures. Cher homme ! (...) La souffrance l'empêche de s'intéresser à rien et à plus forte raison au travail. Je lui ai dit que l'âge et les agitations du jour ne tarderaient pas à me refroidir aussi. Il m'a dit qu'il m'estimait de force à résister. "Vous jouirez, a-t-il dit, de votre talent dans une sorte de sérénité qui est un privilège rare, et qui vaut bien la recherche fièvreuse de la réputation."

(Journal de Delacroix)

 

"14 avril [1849] : Le soir chez Chopin ; je l'ai trouvé très affaissé, ne respirant pas. Ma présence au bout de quelques temps l'a remis. Il me disait que l'ennui était son tourment le plus cruel. Je lui ai demandé s'il ne connaissait pas auparavant ce vide insupportable que je ressens quelquefois. Il m'a dit qu'il savait toujours s'occuper de quelque chose. Si peu importante qu'elle soit, une occupation remplit les moments et écarte ces vapeurs. Autre chose sont les chagrins." (Journal de Delacroix)

 

 

Chopin est mort le 17 octobre 1849 et ses funérailles ne seront célébrées que le 30 octobre.  Il laissera une cruelle  impression de manque et un souvenir impérissable chez ses amis les plus proches dont, bien sûr, le peintre Eugène Delacroix. Lorsque celui-ci apprend la mort de Frédéric, il s'insurge :

"Quelle perte ! Que d'ignobles gredins remplissent la place, pendant que cette belle âme vient de s'éteindre !" (Journal, 20 octobre 1849)

 

 

  

 

 

 

  

Aux funérailles, il tient les cordons du poêle avec Meyerbeer, Franchomme et Pleyel.

 

 

[...] Mon pauvre sublime Chopin a quitté ce monde, bien mal ajusté pour les belles âmes. J'ai été bien affecté de ce véritable malheur et aussitôt que je l'ai pu, je me suis réfugié ici, malgré la mauvaise saison [...]

 

Eugène Delacroix à un destinataire non identifié, Champrosay, 8 novembre 1849

 

 

Près d'un an plus tard, il participe avec Pleyel, Franchomme, Albrecht, Kwiatkowski et Herbault, à la souscription qui devait compléter la somme de quinze mille francs déposée par ses élèves et sa soeur en octobre 1849, et destinée à payer le monument érigé au cimetière du Père Lachaise sur un projet de Clesinger.

 

 

 

"Il dessina au crayon le profil de Chopin - une fois encore le profil droit - revêtu des attributs de Dante qu'il rejoignait ainsi dans l'immortalité. Car au-dessous du dessin, il inscrivit cette dédicace, discrètement attendrie : "Cher Chopin". Leur dialogue que la mort venait d'interrompre, Delacroix le prolongea toute sa vie dans le culte fidèle du musicien qu'ils avaient tous les deux le plus aimé : Mozart. Parce que le lien de l'un à l'autre s'imposait à lui chaque fois qu'il entendait jouer les oeuvres de son ami : "Il ressemble plus à Mozart que qui que ce soit." Lorsque la princesse Marcelina Czartoryska fonda en 1854, le "Club des Mozaristes", il fut l'un des fidèles qui assistaient au concert qui, tous les premiers vendredis du mois, réunissait d'anciens amis de Chopin, Pauline Viardot, Franchomme, Grzymala. Jusqu'à sa mort, le peintre chercha dans l'amitié de ceux qui avaient été liés à "l'angélique ami" le plaisir d'un entretien qui conjurait l'absence."

 

MP. Rambeau, Chopin, l'enchanteur autoritaire

 

 

 

 

 

"Eugène Delacroix devait demeurer toute sa vie fidèle au souvenir de Chopin. Ainsi en janvier 1861, époque où il travaillait à la décoration de l'église Saint-Sulpice, il adressa à Albert Grzymala, les lignes que voici :

"Depuis quatre mois, je me sauve au petit jour pour courir à ma fatigante besogne, et je ne rentre qu'à la nuit. L'espoir de finir bientôt, si ma petite santé et la mauvaise saison ne viennent pas apporter de nouveaux obstacles, me soutient et me fait vous prier d'excuser et de pardonner ma claustration. Quand j'aurai fini je vous avertirai, et je vous reverrai avec le plaisir que j'ai toujours eu et avec les sentiments que votre bonne lettre a ranimés en moi. Avec qui parlerais-je de l'incomparable génie que le ciel a envié à la terre, et dont je rêve souvent, ne pouvant plus le voir dans ce monde ni entendre ses divins accords. Si vous voyez quelquefois la charmante princesse Marcel[l]ine [Czartoryska], autre objet de mes respects, mettez à ses pieds l'hommage d'un pauvre homme qui n'a pas cessé d'être plein du souvenir de ses bontés et de l'admiration de son talent, autre trait d'union avec le séraphin que nous avons perdu et qui, à cette heure, charme les sphères célestes. Mille tendresses de coeur, Eugène Delacroix". "

 

Annotation par Bronislaw Sydow, La Correspondance de Chopin

 

 

 

 

 

 

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28 octobre 2011 5 28 /10 /octobre /2011 16:21

 

 

Etude opus 10 n° 4 en ut dièse mineur (Presto)

 

 

 

 

 

 

"Datée du 6 août 1832, elle enchaîne une sorte de course poursuite dans un tempo endiablé (88 à la blanche) où les deux mains échangent un motif rythmique en doubles croches. [...] Chaque phrase, lancée piano, se termine forte, après un impressionnant crescendo, zébré d'accents sèchement soulignés. Ce mouvement perpétuel halluciné, qui anticipe certains Préludes (le 16ème ou le 22ème), culmine dans une coda dramatique (mes 71)  : prisonnier de sa propre violence, il ne trouve d'issue que dans l'explosion de sonorités exacerbées con piu fuoco possibile. Là où Hans de Bülow (*) voit l'expression d'une "joie fougueuse", on serait plutôt tenté de reconnaître le versant démoniaque de l'inspiration de Chopin, l'expression de cette "sauvagerie sarmate" que Schumann chicanera dans ses premières compositions. "

 

 

 

 

Source : Marie-Paule Rambeau (Chopin, l'enchanteur autoritaire)

 

(*) note de C.Desor : Baron Hans de Bülow (1830-1894), pianiste, chef d'orchestre et compositeur allemand

 

 

   

 

 

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26 octobre 2011 3 26 /10 /octobre /2011 19:42

 

Une belle journée, en ce samedi 22 octobre 2011 à La Bassée (Nord) où se tenait la 3ème édition du Salon du Livre.

Riche en rencontres et en émotions...

 

Car ce fut aussi une belle journée pour Le Piano-Feu, nommé finaliste du Concours Littéraire organisé à cette occasion.

 

 

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Le Jury, parrainé par Didier Hermand (debout à gauche), lauréat du Concours 2010

 

 

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Au micro, Régine Debreu, responsable de l'Association Bibliothèque pour tous et co-organisatrice de l'événement, entourée de son équipe et des cinq finalistes, dont le lauréat 2011 Dirck Degraeve à sa gauche

 

 

Un grand merci à tous !

 

 

 

 

 

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23 octobre 2011 7 23 /10 /octobre /2011 20:36

 

Dans cette rubrique "Sur les pas de Chopin à Varsovie", je me propose de vous emmener, étape par étape, sur les itinéraires tracés par Jerzy Majewski dans son excellent guide du même nom et de reprendre l'essentiel de ses commentaires.

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Itinéraire 1 - Etape 3  :  

Au jardin Botanique, Aleje Ujazdowskie 4 (anciennement aleja Ujazdowska 2987b)

  

 

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Chopin avait l'habitude de faire des promenades au Jardin Botanique les jours de soleil. Le Jardin venait d'être ouvert depuis peu. En juillet 1828, the Kurier Warszawski rapporta"qu'aucun espace public dans la Capitale n'avait reçu un si grand nombre de visiteurs de tous âges et de tous niveaux sociaux." Cependant, tous ne respectaient pas les plantes. Les soldats foulaient les pelouses, cueillaient les fleurs et parfois, même, frappaient les jardiniers lorsque ceux-ci se plaignaient.

 

Chaque 3 mai, le Jardin attirait les foules qui plaçaient des fleurs sur les fondations du Temple de la Providence. Ce temple devait être construit en reconnaissance pour l'adoption de la Constitution du 3 mai 1791, mais cette construction fut stoppée par la désintégration du Commonwealth en 1794.

 

 

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Photos par Carmen Desor

Source : Sur les pas de Chopin à Varsovie, Jerzy Majewski

 

 

 

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18 octobre 2011 2 18 /10 /octobre /2011 21:59

 

 

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Le 18 octobre 1960 naissait Alain Amand. Il aurait aujourd'hui 51 ans...

 

 

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Alain, nous ne t'oublions pas.

 

 

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17 octobre 2011 1 17 /10 /octobre /2011 19:35

 

"Chopin était très lié avec la famille Gavard et fréquemment invité dans le salon brillant de la rue de Rivoli. Charles Gavard était un homme très cultivé, polytechnicien et peintre, auteur en collaboration avec son ami Jules Janin  de la somme érudite Les Galeries de Versailles. Ses deux enfants, Elise et Charles-René (1826-1893) avaient, aux dires de Janin, hérité de ses qualités. Chopin trouva en Charles-René, dans les tout derniers mois de sa vie, un réconfort que le jeune homme ne lui ménagea pas, passant auprès de lui de longues heures pour tenter de distraire ses souffrances." (MP. Rambeau)

 

Laissons la parole à Charles-René Gavard (CRG)

 

"Dans la chambre du fond reposait le pauvre malade, tourmenté par des accès de suffocation et c'est seulement quand il était assis dans son lit et appuyé sur le bras d'un ami, que ses poumons oppressés pouvaient avoir de l'air. Gutmann, le plus robuste d'entre nous, savait comment arranger le malade et le soutenait ainsi la plupart du temps. Au chevet du lit était assise la Princesse Czartoryska : elle ne le quittait jamais, devinant ses désirs les plus secrets, le soignant telle une soeur de charité avec un visage serein qui ne trahissait pas son profond chagrin. D'autres amis l'assistaient ou la relayaient, chacun selon ses moyens ; mais la plupart se tenaient dans les deux pièces voisines. Chacun avait un rôle à jouer ; chacun aidait autant qu'il le pouvait : l'un courait chez les médecins, chez le pharmacien ; un autre faisait entrer les personnes qu'on avait fait appeler ; un troisième fermait la porte aux importuns. Il est certain que beaucoup, qui n'étaient rien moins que des familiers, se présentaient et demandaient à prendre congé de lui comme s'il était sur le point de partir en voyage. Cette antichambre du mourant où chacun de nous attendait sans aucun espoir et veillait, ressemblait à un corps de garde."

 

Le 12 octobre, le coeur donna des signes de défaillance. On fit venir l'abbé Jelowicki qui le confessa, le fit communier et lui administra l'Extrême-Onction.

Charles-René Gavard rapporte qu'après un long moment de silence, où il semblait plongé dans une profonde méditation, il dit soudain : "Maintenant j'entre en agonie."

 

"Le médecin qui tâtait son pouls voulut le réconforter avec quelque banale parole d'espoir. Mais Chopin répondit avec une autorité sans réplique : "Dieu accorde une rare faveur quand il révèle à un être le moment où sa mort approche. Il me fait cette grâce, ne me troublez pas." " (CRG)

 

Mais il résiste. "Jamais on n'a vu une vitalité plus tenace, les médecins n'en revenaient pas", rapporte Grzymala.

 

Le 15 octobre, il reçoit la visite de Delfina Potocka. Chopin exprime le désir de l'entendre chanter.

 

"Lorsque le prête qui priait auprès du lit, eut acquiescé à la demande du mourant, le piano fut poussé de la pièce voisine et la malheureuse comtesse, maîtrisant son chagrin et refoulant ses larmes, eut la force de chanter à côté du lit où son ami exhalait sa vie. Pour ma part, je n'ai rien entendu ;   je ne sais pas ce qu'elle a chanté. Cette scène, ce contraste, cet excès de douleur avaient anéanti ma sensibilité. Je me souviens seulement du moment où le râle du mourant interrompit la comtesse au milieu du second morceau. L'instrument fut rapidement repoussé et auprès du lit demeurèrent seulement le prêtre qui disait les prières des agonisants et les amis agenouillés autour de lui." (CRG)

 

"La journée du mardi 16 octobre, grise et pluvieuse, fut une succession ininterrompue des souffrances les plus vives qui lui arrachaient des gémissements et d'accalmies procurées par les sédatifs. Gutmann qui ne le quittait pas, parvint à le soulager de contractions spasmodiques en comprimant fortement ses poignets et ses chevilles." (MP.Rambeau)

 

"Toute la soirée du 16 se passa en litanies ; nous faisions les réponses, mais Chopin gardait le silence. C'est seulement sa difficulté à respirer qui signalait qu'il était encore en vie. Ce soir-là deux médecins l'examinèrent. L'un deux, le Dr Cruveillé, prit une chandelle et, la tenant devant le visage de Chopin qui était devenu noir de suffocation, il nous fit remarquer que les sens avaient cessé de réagir. Mais quand il demanda à Chopin s'il souffrait, nous entendîmes encore très distinctement la réponse : "Plus"  " (CRG)

 

"Après le départ des médecins, restèrent auprès de Chopin Gutmann et Solange. Ils essayèrent de réchauffer ses jambes enflées avec des serviettes chaudes, car, écrit Solange, "ses pieds étaient déjà glacés". Il reprit connaissance au cours de la nuit en criant : "Ma mère, ma mère !". Katherine Erskine l'entendit de la pièce voisine : "Je suis sûre que ce cri touchant que j'ai entendu cette dernière nuit solennelle ne s'effacera jamais de mon souvenir."

Dans les premières heures du mercredi 17 octobre, il respire si difficilement que Solange, assise au bord de son lit, le soutient sur son épaule pour l'empêcher de suffoquer. L'agonie est en train de se dénouer et la jeune femme effrayée appelle Gutmann à son secours. Il saisit Chopin dans ses bras, puis tente de le faire boire. "Qui me tient la main ?", demande Chopin. "Quand il eut reconnu ma voix, il voulut baiser la mienne. Alors nous nous embrassâmes et il posa sur ma joue un baiser d'adieu en disant ces mots : "Cher ami !". Sa tête s'inclina vers sa poitrine, son âme s'était envolée." Dans la pénombre de la chambre, Solange vit avec terreur ses yeux devenir fixes et se ternir : "Ce fut affreux ! ". Il était deux heures du matin." (MP. Rambeau)

 

"Avant le lever du jour, Kwiatkowski dessina plusieurs esquisses de Chopin : "Je concentrai toutes mes forces pour ravir à la mort ces traits bien-aimés et saisir fidèlement l'expression pleine de sérénité et de poésie qui resplendissait sur le visage du Maître." Les premières sont pourtant effrayantes : la tête, renversée sur les oreillers, porte les traces d'une terrible épreuve, le visage est bouffi, la bouche grande ouverte. Mais au fil des heures, les traits se recomposèrent jusqu'à refléter ce calme solennel que Gavard contempla avec émotion au matin du 17 (MP.Rambeau) :

 

"Quand je le revis quelques heures plus tard, le calme de la mort avait rendu à son visage ce caractère grandiose qu'on trouve sur le masque pris le jour même et plus encore dans la simple esquisse au crayon dessinée par la main d'un ami, M. Kwiatkowski. C'est le portrait de Chopin que je préfère." (CRG)

 

 

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Voir également sur le sujet les articles "Image inédite de Chopin sur son lit de mort", "De la mort aux funérailles" et "Chopin n'est plus"

 

 

 

Source : Marie-Paule Rambeau, Chopin l'enchanteur autoritaire, Ed. L'Harmattan

 

 

 

  

 

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16 octobre 2011 7 16 /10 /octobre /2011 18:55

 

Dans cette rubrique "Sur les pas de Chopin à Varsovie", je me propose de vous emmener, étape par étape, sur les itinéraires tracés par Jerzy Majewski dans son excellent guide du même nom et de reprendre l'essentiel de ses commentaires.

 

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Itinéraire1 - Etape n° 2 :

le Monument de Chopin dans le Parc Lazienki (Park Lazienkowski)

 

 

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C'est le plus beau monument Art Nouveau de Pologne. Cette oeuvre de Waclaw Szymanowski représente Chopin assis sous un saule. Le sculpteur gagna un concours pour ce monument dès 1904, mais la sculpture ne fut érigée qu'en 1926. Elle fut alors ridiculisée par le public à cause de son style Art Nouveau qui était passé de mode. et même traitée "d'artichaud vert" par le poète soviétique Mayakovsky qui visita Varsovie à cette époque. Szymanowski fut si affecté par les critiques qu'il décéda peu de temps après.

 

 

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Durant l'occupation, le monument fut détruit par les Allemands et ne fut reconstruit et érigé de nouveau dans le parc Lazienki qu'en 1958.

 

Il est entouré d'une roseraie conçue par Oskar Sosnowski, l'un des pionniers de l'architecture moderne en Pologne.

 

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Des concerts sont donnés au pied de la statue tous les dimanches, de mai à fin septembre, depuis 1959. Très populaires, ils attirent une foule toujours aussi nombreuse.

 

On peut trouver une copie très fidèle du monument à Hamamatsu au Japon.

 

 

 

Voir également à ce sujet les articles  "La statue de Chopin"  et le Parc Lazienki

 

 

 

 

Photos par Carmen Desor

Source : Warsaw in Chopin's footsteps, par Jerzy Majewski

 

 

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13 octobre 2011 4 13 /10 /octobre /2011 20:25

 

Emilia Chopin

 

 

Depuis quatre semaines, Emilia est couchée. Elle s'est mise à tousser, elle a eu des crachements de sang, maman a eu peur. Alors Malcz a ordonné une saignée. On a fait une saignée... une deuxième ; d'innombrables sangsues, des vésicatoires, des sinapismes, des daphnés, que d'histoires, que d'histoires !... Pendant tout ce temps, elle n'a rien mangé ; elle a tellement maigri qu'elle est méconnaissable, et elle commence seulement maintenant à revenir à elle. Tu peux imaginer comment cela allait chez nous. Imagine-le toi-même car je ne suis pas en état de te l'écrire.

(Chopin à Jan Bialoblocki, lettre du 14 mars 1827)

 

"Le docteur Malcz n'était pas plus mauvais médecin qu'un autre ; il soignait la jeune fille comme on faisait à l'époque les phtisiques : diète lactée,  révulsifs en tous genres et saignée à chaque hémorragie, de quoi débiliter tout à fait les malades. [...]  Chopin conserva de cette expérience douloureuse où il vit dépérir sa soeur  la crainte traumatique des saignées, ce qui lui épargna de subir le même traitement.

Emilia voyait arriver la mort en pleine conscience, persuadée de l'inefficacité des remèdes qu'on lui imposait, comme le lait de chèvre qu'elle détestait :

 

"Un jour, plus faible que de coutume et très irritée, elle but le lait d'un seul trait ; elle se tourna vers sa soeur et avec cette douceur et ce sourire qui lui étaient si particuliers, elle lui dit : "Est-ce que tu crois que cette cochonnerie va me sauver, quand je sens les griffes de la mort dans ma poitrine ? J'ai bu, mais seulement pour pouvoir prouver à ma mère que j'obéis au docteur." (Eugeniusz Skrodzki)

 

 "On la transportait plus d'une fois à cause de la faiblesse de ses forces, blanche comme de la cire, avec des taches rouges sur les joues." (Eugeniusz Skrodzki)

 

Les derniers vers qu'elle écrivit la montre tout occupée du chagrin de sa famille :

 

Combien l'homme sur la terre a une triste destinée

Il souffre pour voir des siens la souffrance avivée.

 

 

Elle s'éteignit le 10 avril 1827, elle n'avait pas encore quinze ans. Parmi les jeunes lycéens qui, depuis des mois, l'accompagnaient dans sa maladie, en essayant de la distraire, se trouvait Eugeniusz Skrodzki qui a laissé des souvenirs émouvants sur cette première épreuve vécue par Chopin :

 

Au milieu de cette année, au début du printemps, le couvercle d'un cercueil tout blanc avec des couronnes virginales était posé dans le vestibule de la maison. Notre chère petite Emilia était exposée sur un catafalque, lointaine, comme endormie. Son visage amaigri conservait encore sa couleur rose, son sourire, une douceur, une grâce sereine. Nous, les enfants, en la regardant avec stupeur, nous ne pouvions comprendre ce qui lui était arrivé et nous croyions qu'elle était en léthargie et qu'elle allait ressusciter. C'est seulement quand le corbillard arriva, quand le prêtre romain, visiteur des Missionnaires, vêtu d'une cape noire, mit sa toque sur sa tête et entonna le triste hymne funèbre, quand le convoi quitta l'appartement, que les larmes et les lamentations de ses parents nous firent comprendre que jamais plus nous ne reverrions notre chère Emilia.

 

 

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Ce fut la première tombe des Chopin au cimetière Powazki. On lit encore distinctement sur la pierre tombale : "Emilia Chopin a disparu au quatorzième printemps de sa vie, comme une fleur dans laquelle s'épanouissait le bel espoir du fruit".  "

 

 

 

Source : Marie-Paule Rambeau, Chopin l'Enchanteur autoritaire, Ed. L'Harmattan

Photos par Carmen Desor

 

 

 

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9 octobre 2011 7 09 /10 /octobre /2011 10:40

 

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Itinéraire 1 - Etape 1 :

le Belvédère, au 54/56 avenue Belwederska (anciennement Aleja Ujazdowska 1719/1720)

 

 

Belvédère façade 02

 

 

Nous ignorons la date exacte du premier concert de Fryderyk au Belvédère, mais de source sûre, il s'y produisit régulièrement à partir de 1822 à l'invitation du Grand Duc Constantin et de sa femme Joanna Grudzinska. Le Belvédère était la résidence privée de Constantin qui officiait dans le Palais Brühl (palac Brühla) sur la Place de Saxe. Le Grand Duc, frère du tsar Alexandre 1er,  reçut en 1820 le pouvoir absolu de régner sur le Royaume de Pologne annexé à l'empire russe. Il devint commandant en chef de l'Armée polonaise sur laquelle il exerça une tyrannie féroce.

 

 

 

Belvédère façade 11

 

Belvédère façade 08 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Constantin envoyait chercher le jeune Chopin en voiture tous les dimanches pour l'amener au Belvédère où il passait la journée. Il s'y déroulait une tranquille vie de famille. Le Duc avait l'habitude de dormir avant et après le dîner. Le soir, au moment du thé, il lisait les journaux polonais et aimait tenir des monologues sur des sujets politiques.

 

Durant ses visites au Belvédère, Fryderyk devint l'amie de Moriolka (Alexandrine de Moriolles), fille du Comte de Moriolles, lui-même précepteur de Pawelek, un fils illégitime de Konstantin et de sa maîtresse Jozefina Friedrichs. Ils jouaient ensemble dans les fourrés du parc du Belvédère.

 

Quels sentiments lièrent plus tard Fryderyk et Alexandrine ? Il laissa croire qu'il en était amoureux pour qu'on ne puisse soupçonner les véritables sentiments qu'il nourrissait pour Constance Gladkowska, sentiments dont il ne s'épanchait qu'auprès de son ami et confident Tytus Woyciechowski.

 

Alexandrine de Moriolles lui fera envoyer une couronne de lauriers après le succès phénoménal de son second concert au Théâtre National en 1830.

 

 

 

Belvédère vue arrière 02

 

                                                      Vue arrière du Belvédère donnant sur le parc

 

 Belvédère vue arrière 03

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

(*) "Constantin appréciait fort les dons d'improvisation de l'enfant qui lui offrit une Marche militaire qu'on orchestra et joua à la parade, exercice dont le frère du Tsar était un amateur enragé. Kazimierz Wojcicki écrit :

 

Comme il fréquentait et jouait souvent au Belvédère chez le Grand-Duc Constantin, il lui offrit une Marche de sa composition. Le Grand-Duc la fit jouer : l'oeuvre du jeune Frédéric lui plaisait tant que quand le rythme en parvenait jusqu'à la salle, il marchait avec le sourire. (L'oeuvre parut gravée anonymement sous le titre "Marche militaire" et elle était souvent exécutée au cours des parades sur la Place de Saxe). Quand il jouait et improvisait, il levait habituellement les yeux en hauteur et fixait le plafond. Le Grand-Duc alors lui demandait : "Que regardes-tu là-haut ? Est-ce que tu lis les notes ?" (*)

 

 

"Vers l'année 1818 fut publiée anonymement la Marche Militaire de Chopin, dédiée au Grand-Duc Constantin, frère du Tsar. Frédéric l'interpréta dans son palais du Belvédère, et on raconte que le prince lui demanda de la transcrire pour cuivres pour qu'elle soit jouée lors des parades militaires. A partir de ce moment, le nom de Chopin, ou plutôt de "Chopinek" (le petit Chopin), comme on l'appelait, devint populaire à Varsovie." (Jozef M. Chominski, Chopin)

 

 

Poteaux indicateurs

 

 

Le Palais baroque du Belvédère, construit sur un projet de Joseph Fontana dans la première moitié du 18ème siècle, fut acheté par le roi Stanislas Auguste Poniatowski (1764-1795) qui l'inclut dans le domaine royal des "Lazienki". Remanié au début du 19ème siècle par Jakub Kubicki dans un style classique, le Belvédère devint en 1818 la résidence du Grand-Duc Constantin. Dans la nuit du 29 au 30 novembre 1830 s'y déroula l'attentat manqué des conjurés et des élèves de l'Ecole des Aspirants d'Infanterie contre le prince, qui s'échappa sous un habit de femme. Après la déclaration d'indépendance de 1918, le chef de l'Etat Jozef Pilsudski installa sa résidence dans ce palais, et à sa suite les présidents de la IIème république.

Le Belvédère sortit indemne des dévastations de la Seconde Guerre Mondiale. Il est aujourd'hui l'une des résidences du Président de la République.

 

 

 

Photos par Carmen Desor

 

Sources :

Warsaw in Chopin's footsteps, par Jerzy Majewski

Sur les pas de Chopin, éd. Bosz

(*) Chopin l'enchanteur autoritaire, par MP.Rambeau, l'Harmattan

 

 

 

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