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1 juillet 2011 5 01 /07 /juillet /2011 21:22

 

Le titre de "Valse de l'Adieu" "lui a été donné par Ludwika Jędrzejewicz dans l'index des Incipit des oeuvres de Chopin, ce qui suppose qu'elle savait que la pièce avait été offerte au moment de quitter Dresde. Elle est restée inédite du vivant de Chopin. N'en concluons pas qu'il la tenait en piètre estime. Il en a au contraire offert deux copies à ses élèves préférées, l'une en 1838, l'autre en 1842. Il en existe donc trois versions, différentes de celles de Fontana, la plus longue, mais nous avons déjà noté le goût de Fontana pour les reprises, dans l'établissement des textes.

  

Ecrite dans la même tonalité que la Valse opus 34 n° 1, exactement contemporaine, elle forme avec elle un diptyque en contraste, ne serait-ce que par le tempo, Lento contre Vivace. On a voulu y voir le poème de toutes les tristesses, en se référant à un argument biographique injustifiable. Pourquoi Chopin, s'il était amoureux, serait-il parti, le coeur meurtri, alors qu'on s'était promis de se retrouver l'été suivant, et que l'attitude de la jeune fille lui donnait toutes les espérances d'être payé de retour ? Seul le premier thème, délicatement cantabile, évoque l'élégie, mais au sens où l'entendait le poète latin Ovide [...].

Car les coquetteries fugaces du gruppetto de la mesure 11, par exemple, assortie d'une étonnante variante chromatique, relèvent de la miniature de salon. Et que dire du second thème (mes 17 à 24) et surtout celui du trio central (mes 41-56) qui troquent le rythme de la valse contre celui d'une mazurka, de plus en plus vive, clin d'oeil évident à la dédicataire polonaise ?

Ces éclairs malicieux sont autant d'antidotes aux dérives pleurnichardes de l'interprétation. "

  

Source : Marie-Paule Rambeau (Chopin, l'Enchanteur autoritaire, Ed. L'Harmattan)

 

 

 

 

 

 

 

 

Mme Peruzzi *, qui reçut un autographe de la Valse, rapporte : "Chopin dit qu'elle ne serait pas divulguée par l'édition, car on la jouerait ; et, s'asseyant au piano, il montra comment elle serait jouée, ce qui était des plus drôles." (Niecks**). Avec sa sagacité coutumière Chopin discernait parfaitement quelles compositions pouvaient être dénaturées par un jeu sentimentalisé  -  ce qui n'a pas manqué d'être le cas pour ces Valses [Op.69/1 et 2, Op.70/2] ! Aussi préférait-il qu'elles ne sortent pas d'un cercle d'initiés  - trait bien propre à sa nature éminemment aristocratique.

 

Source : Jean-Jacques Eigeldinger (Chopin vu par ses élèves)

 

 

   

 

* Comtesse Elise PERUZZI, née Eustafiew :

 

Liée avec Liszt et Herz, elle fit la connaissance de Chopin vers 1836 et entra plus avant dans son intimité à partir de l'année suivante, comme en témoigne à cette date une copie autographe de la Valse op. 69/1 dédicacée par le maître. Chopin qui appréciait les qualités de lecture à vue de Mme Peruzzi se plaisait à jouer avec elle la littérature pour quatre mains et deux pianos ; il leur arrivait aussi d'improviser des dialogues pianistiques en forme de questions-réponses [...] A propos du jeu de Mme Peruzzi, Gustave Chouquet déclarait à Niecks : "Cette virtuose n'avait pas moins de talent que la princesse Marcelina Czartoryska. Je l'entendis à Florence en 1852 et je puis vous assurer qu'elle jouait Chopin dans le plus pur style et avec tous les traits inédits du maître".

Elle fut une des premières personnes à qui Chopin montra sa Berceuse. A la demande de Niecks, Mme Peruzzi a rédigé quelques vivants souvenirs sur son maître."

 

Source : Jean-Jacques Eigeldinger (Chopin vu par ses élèves)

 

 

**  Frederick Niecks (1845-1924), auteur de la première biographie complète de Chopin en deux volumes, publiée en 1888, 1890 et 1902.

 

 

 

 

 

 

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Published by Ame Chopinienne - dans Chopin : ses compositions
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bernadette 02/07/2011 00:43



Voilà qui explique le fait qu'il y ait des passages de la valse de l"Adieu joués différemment selon le choix d'édition des interprètes. On ne saura jamais laquelle de ces versions préfèrait
Chopin! Quant au sentimentalisme exacerbé dont elle fut et est encore l'objet, on peut le concevoir facilement à cause de la douce phrase mélodique du refrain...



Ame Chopinienne 02/07/2011 01:28



C'est vrai que l'on peut être tenté de "rubater" à l'excès ! L'oeuvre s'y prête...



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