Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
10 avril 2011 7 10 /04 /avril /2011 20:10

 

 

Qui n'a connu Chopin ne pourra jamais imaginer un être tel que lui, ni concevoir à quelle exaltation l'âme, avant la délivrance de son enveloppe terrestre, peut s'élever. Qui n'a entendu ses compositions jouées par lui ne se figurera jamais comment la plus pure inspiration, sans égard aucun pour l'usage, la louange ni le blâme, se laisse emporter par les ailes du génie. Chopin était lui-même, certainement le premier, à jamais l'unique en son genre, probablement. [...]  Sa personne était délicate, gracieuse, des plus attachantes ; l'homme tout entier n'était qu'un souffle, un être plus spirituel qu'incarné et, comme son jeu, pure harmonie. Sa parole aussi était semblable à son art : douce, aérienne, bruissante (weich, schwebend, rauschend). De père français et de mère polonaise, les inflexions romanes et slaves se trouvaient réunies chez lui dans le plus pur accord. A peine semblait-il toucher le piano ! - L'on eût pu rêver qu'il arrivât au même résultat sans l'intermédiaire de l'instrument. On ne pensait plus au mécanisme ; on écoutait le bruissement flûté [de son jeu] et l'on s'imaginait percevoir des harpes éoliennes mues par le souffle éthéré de l'atmosphère. Et avec ce talent qu'il était seul au monde à posséder, Chopin était obligeant, modeste, sans nulle prétention ! Ce n'était pas un pianiste de l'école moderne ; il avait créé son art entièrement seul selon sa conception, et c'était quelque chose d'indescriptible.

Au salon comme dans la salle de concert, il s'avançait doucement, modestement vers le piano, se contentait du premier siège venu, montrant d'emblée par la simplicité de sa tenue vestimentaire et par le naturel de son maintien combien toute contorsion, tout charlatanisme lui était contraire. Sans aucun préambule, il livrait immédiatement son jeu plein d'âme et profondèment senti. Pour donner libre cours à son talent il n'avait besoin ni d'une longue chevelure tombant sauvagement, ni de lorgnons, ni de coquetterie en face du public. Ce talent, il le produisait avec art - non avec artifice -, magnifié spirituellement - et non déformé par la singerie. [...]

 

 

Sophie Léo - Erinnerungen aus Paris

 

 

Sophie Léo était l'épouse du banquier hambourgeois Auguste Léo, établi à Paris entre 1817 et 1848 et avec qui Chopin fut très lié. Auguste Léo fut son homme d'affaires et son intermédiaire auprès d'éditeurs allemands et anglais. Il lui dédia la Grande Polonaise brillante Op. 53. Les Léo tenaient un salon musical réputé.

 

 

Témoignage et annotation tirés de "Chopin vu par ses élèves", de J.J. Eigeldinger

 

 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Ame Chopinienne - dans Chopin : portrait de l'homme
commenter cet article

commentaires

bernadette 10/04/2011 23:02



Comment ne pas être séduit, si l'on prête foi à ce témoignage (et il n'y a aucune raison de le mettre en doute), par cet homme mystérieux, ce sylphe qu'a été Chopin? On ne peut trouver personne
dans l'Histoire, qui ait pu laissé une image comme celle qu'il a laissée, aussi attachante et aussi particulière...ce que l'on peut rêver de mieux chez un être humain (d'un autre monde?)



Ame Chopinienne 10/04/2011 23:30



Ce témoignage est assurément digne de foi.  On retrouve les mêmes termes, le même émerveillement chez Solange Sand et bien d'autres encore. Chopin était effectivement un être à part, qui
n'appartenait pas à ce monde mais à l'autre, comme un ange tombé "par erreur" dans ce monde en totale contradiction avec sa nature profonde, que j'aurais rêvé rencontrer...



Présentation

  • : De la Note à la Plume - Le blog de Carmen Desor
  • De la Note à la Plume - Le blog de Carmen Desor
  • : Le compositeur Frédéric Chopin Bibliographie de Carmen Desor Valenciennes, ville d'Art
  • Contact

Rechercher