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19 août 2011 5 19 /08 /août /2011 20:56

 

 

Lors d'une soirée chez Teresa Ticka...

 

 

"C'était en 1827, ou peut-être en 1826, je ne me rappelle plus avec certitude. Chopin était encore en uniforme de lycéen et timide comme une jeune demoiselle. Dans le salon, au lieu d'un piano, il n'y avait qu'un éolomélodicon. Pendant la soirée, la maîtresse de maison pria Chopin de jouer quelque chose. A Dresde, il racontait en riant quelle avait été son émotion ; quant à moi, je me rappelle parfaitement l'effet qu'il produisit sur l'assistance. Après deux ou trois compositions d'autres musiciens, il se mit à improviser sur le thème de la dernière. Apparemment les sons langoureux et solennels du petit orgue exercèrent une influence sur l'inspiration qui semblait le tenir sous son emprise. L'admiration était unanime. On ne jugeait plus, on ne faisait qu'écouter. Lui, il jouait et jouait, avec toujours plus d'expression et de sentiment, et il aurait joué encore longtemps sans doute, si le respectable Julian Ursyn (Niemcewicz), s'étant aperçu du changement extraordinaire qui s'était produit sur son visage devenu très pâle, n'avait enfin eu pitié de lui. Il s'approcha donc et s'étant assis sans bruit auprès de lui, il lui prit tout doucement la main et dit : "Assez, assez, jeune homme ! Il faut que tu te reposes." Tous alors l'entourèrent. Personne n'osait plus le louer à haute voix, et la maîtresse de maison, ainsi que ses hôtes le remerciaient uniquement en lui serrant la main. Chopin disait qu'aucun des plus éclatants triomphes qu'il avait connus par la suite, ne lui avait procuré une aussi douce joie."

 

 

Antoni-Edward Odyniec (1804-1885), poète polonais 

 Antoni Edward Odyniec

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

"Il prit l'habitude à cette époque de passer ses soirées dans le monde jusqu'à une heure tardive, dépensant sans compter son talent d'interprète et surtout d'improvisateur. Il était difficile de l'arracher au clavier quand il était en verve, parce qu'alors il perdait totalement conscience de sa fatigue. [...]

On se demande comment il arrivait à concilier 39 heures de cours hebdomadaires au lycée, les leçons chez Elsner et cette activité mondaine qui souvent le faisait se coucher à deux heures du matin."

 

Marie-Paule Rambeau (Chopin, l'enchanteur autoritaire)

 

 

   

 

 

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Published by Ame Chopinienne - dans Chopin : le musicien
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commentaires

bernadette 20/08/2011 01:16



Ce genre de témoignage est absolument génial. Il ne peut que rendre notre admiration pour Chopin encore plus forte, et rendre sa personne encore plus captivante, par le mystère de son âme
tourmentée, comme ensorcelée par la musique qui sortait de son inspiration.



Ame Chopinienne 20/08/2011 10:13



Chaque témoignage de ses contemporains est comme un petit bijou précieux qui révèle la beauté de l'âme de Chopin et de la personne qu'il était. Il ressort de chacun d'eux l'impression que
tous le ressentaient comme un être qui relevait d'un autre plan et leur inspirait une admiration et un respect quasiment religieux.



Sarah 19/08/2011 23:55



Cela devait être merveilleux de l'entendre jouer ! Sachant que la plupart des temoignages disent qu'il n'y avait que lui qui savait jouer ces pieces ainsi nous ne pouvons pas savoir si les
pianistes d'aujourd'hui s'en rapprochent .



Ame Chopinienne 20/08/2011 00:28



Tous les témoignages sont unanimes sur l'extraordinaire interprétation de Chopin qui captivait son auditoire. Oui, ce devait être merveilleux de l'entendre ! On ne peut qu'imaginer, hélas,
puisqu'aucune vidéo ni aucun enregistrement ne nous restaureront ces moments exceptionnels. Sans doute ses élèves les plus doués pouvaient s'approcher autant que faire se peut de
son interprétation, ayant bénéficié de ses conseils, de son enseignement et, surtout, de son exemple. Mais cela devait rester bien approximatif, je pense que l'interprétation de Chopin était
unique, parce qu'elle ne nécessitait pas seulement la virtuosité (que possèdent les grands pianistes d'aujourd'hui), elle se nourrissait surtout de son monde intérieur et de ses visions qui
n'appartenaient qu'à lui...



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