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30 août 2011 2 30 /08 /août /2011 16:41

  

L'Opus 10 compte 12 Etudes.

Première édition française parue à Paris chez Schlésinger en 1833

Première édition allemande parue chez Kistner, en collaboration étroite avec Schlésinger

 

  

"Rien ne pourrait m'ôter l'idée et le désir, peut-être trop audacieux, mais noble, de créer un monde nouveau", écrit-il [Chopin] alors, étonnamment lucide. Publiées en 1833, les Etudes [op.10] sont composées à partir de 1829, avant même l'exil, comme un avertissement à toute l'oeuvre future. Celui d'une technique nouvelle, au service d'une poésie nouvelle, et qui n'ira pas sans elle. Charte absolue du piano romantique ([...] Autre monde encore, autres cieux, autres neuves visions. Mais toujours le même commandement, à valeur esthétique comme morale, que l'on peut exprimer ainsi : "Tu n'exerceras pas tes doigts sans leur prêter aussi la plus grande des expressions."
Jean-Yves Clément (Les deux âmes de Frédéric Chopin, Presses de la Renaissance)
 
  
"Je vous écris sans savoir ce que ma plume barbouille parce que Liszt dans ce moment joue mes Etudes et me transporte hors de mes idées honnêtes. Je voudrais lui voler la manière de rendre mes propres Etudes." (Chopin à Hiller, Paris le 20 juin 1833 - en français)
  
Connaissez-vous les merveilleuses Etudes de Chopin ? ... Elles sont admirables ! ... (Liszt, Paris le 20 juin 1833 - en français)
  
"Laissez-moi vous dire cependant combien j'admire vos Etudes, elles sont prodigieuses, et depuis longtemps je n'avais rien entendu d'aussi beau." (Comtesse d'Agoult, sans date)
 
"Enfin je lui [Field] jouai des Etudes de Chopin et mes Mazurs. Il dit en français : "Cette jeunesse est vraiment diabolique". " (Edouard Wolff à J. Nowakowski, le 8 août 1835)
 
"... dans ses Etudes on trouve des combinaisons harmoniques d'une étonnante profondeur (Berlioz)
 
"Sa manière de jouer est à l'encontre de toute lourdeur ; elle repose au contraire sur la plus grande indépendance réciproque des doigts et sur le toucher le plus léger qu'on puisse imaginer. Elle est le fruit d'un incessant travail, et seul celui qui aura maîtrisé ses Etudes récemment parues [Op.10] parviendra à exécuter ses compositions." (August Kahlert)
 
"Chaque fois qu'on ouvre les Etudes, s'impose cette fascinante évidence : ce petit jeune homme de vingt-trois ans a déjà inventé son avenir et celui de son instrument. A la profusion lyrique des Concertos, la maîtrise technique des Etudes oppose l'art du condensé, du raccourci de la forme brève, close sur sa perfection où, avec l'âge, il trouvera de plus en plus la dimension adéquate à son inspiration. "On dirait, écrit Marcel Beaufils, que ces deux petits cahiers, perdus dans l'ensemble de cette oeuvre, éblouissent tout le reste et lui communiquent quelque chose de leur perfection".  (M.P. Rambeau, Chopin l'enchanteur autoritaire)
 
 
 
Etude op.10 n° 1 en ut majeur (Allegro)
 
 
 
 
 
 
Elle fut composée au retour de Chopin de Vienne, en octobre 1829.
 
"Composée dès 1829, l'Etude op. 10/1 n'embrasse-t-elle pas d'un coup toute l'étendue du clavier ? Et ceci à la faveur d'une constatation physiologique toute nouvelle : dans les écarts le doigt central, le pivot, n'est pas le troisième mais bien l'index, doigt conducteur par excellence. De là dérivent en grande partie les innovations suivantes :
- Extension en souplesse de la main droite (Etudes op.10/1 et 10/8)
[...]
- Extension des accords brisés à tout le clavier (Etudes op.10/1 et op.25/12)
[...]"
  (J.J. Eigeldinger, Chopin vu par ses élèves - introduction)
 
 
"Elle est destinée à faire travailler l'extension de la main droite. Les grands arpèges ascendants et descendants qui parcourent toute l'étendu du clavier, réclament des écarts de dixième, peu usités à l'époque, d'autant plus périlleux que le tempo extrêmement rapide (176 à la noire) et la nuance forte ne laissent pas de répit à l'interprète. [...] La souplesse du poignet et la décontraction totale de la main, principes fondateurs de sa méthode, doivent permettre d'exprimer ce mouvement de vague ininterrompu, épaulé par une basse immuable dont les sonorités amples et graves ont quelque chose de la ferveur d'un choral." (M.P. Rambeau, Chopin l'enchanteur autoritaire)
 
 
"Chopin me recommanda de la travailler très lentement, le matin. "Cette étude vous fera du bien, dit-il. Si vous l'étudiez comme je l'entends*, cela élargit la main et cela vous donne des gammes d'accords, comme les coups d'archet. Mais souvent, malheureusement, au lieu d'apprendre tout cela, elle fait désapprendre."  Je sais bien que l'opinion est aujourd'hui encore largement répandue, selon laquelle on ne pourrait jouer bien cette étude qu'en étant doté d'une très large main. Or tel n'était pas le cas de Chopin : la condition requise pour une bonne exécution réside dans la seule souplesse de la main." (Streicher, cité par Niecks)
* "Comme je l'entends" signifie en s'aidant du mouvement latéral de la main [...] ; le poignet parfaitement libre, le coude passif et entraîné par le mouvement de la main. Une approche exclusivement digitale de cette Etude ne peut conduire qu'à la crispation. Quant à l'expression "comme les coups d'archet", elle souligne que Chopin a conçu les arpèges tour à tour ascendants et descendants de l'Etude comme une adaptation pianistique des tiré-poussé du violon.
La mise en garde de Chopin touchant le travail de cette Etude peut, jusqu'à un certain point, être rapportée à la critique du fossile Rellstab : "Que ceux qui ont les doigts distordus les redressent en travaillant ces Etudes. Mais pour les autres, ils feront bien de ne pas les jouer sans avoir à proximité Messieurs von Gräfe ou Dieffenbach [chirurgiens berlinois célèbres vers 1830]" (Niecks)
 
"Ne pas laisser retomber le poignet sur le dernier accord répété d'une basse",  "Un troisième temps accentué mal à propos [... suffit] pour dénaturer l'oeuvre poétique du maître." (conseil de Chopin transmis par Franchomme)
  

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Published by Ame Chopinienne - dans Chopin : ses compositions
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bernadette 31/08/2011 00:11



A propos des études, W. Jankelevitch écrit: "D'un coup de génie, le piano moderne était créé, et, privilège que d'autres instruments peuvent lui envier, créé par une série de chefs-d'oeuvre."


Cette 1ère éude nous en donne tout-de-suite la preuve!


Comme toujours, les témoignages (entre autres) des élèves, nous rendent Chopin si présent...


 



Ame Chopinienne 31/08/2011 00:30



Merci Bernadette, pour cette citation très intéressante de Jankelevitch. En disant cela, Jankelevitch a effectivement tout dit !


Ces Etudes sont de purs chefs d'oeuvre dans lesquelles les difficultés techniques les plus extrêmes se font oublier à l'oreille tant ces oeuvres sont mélodieuses.


Oui, toujours fascinants, ces témoignages d'élèves qui nous transportent auprès du Maître comme si nous y étions...



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