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17 octobre 2011 1 17 /10 /octobre /2011 19:35

 

"Chopin était très lié avec la famille Gavard et fréquemment invité dans le salon brillant de la rue de Rivoli. Charles Gavard était un homme très cultivé, polytechnicien et peintre, auteur en collaboration avec son ami Jules Janin  de la somme érudite Les Galeries de Versailles. Ses deux enfants, Elise et Charles-René (1826-1893) avaient, aux dires de Janin, hérité de ses qualités. Chopin trouva en Charles-René, dans les tout derniers mois de sa vie, un réconfort que le jeune homme ne lui ménagea pas, passant auprès de lui de longues heures pour tenter de distraire ses souffrances." (MP. Rambeau)

 

Laissons la parole à Charles-René Gavard (CRG)

 

"Dans la chambre du fond reposait le pauvre malade, tourmenté par des accès de suffocation et c'est seulement quand il était assis dans son lit et appuyé sur le bras d'un ami, que ses poumons oppressés pouvaient avoir de l'air. Gutmann, le plus robuste d'entre nous, savait comment arranger le malade et le soutenait ainsi la plupart du temps. Au chevet du lit était assise la Princesse Czartoryska : elle ne le quittait jamais, devinant ses désirs les plus secrets, le soignant telle une soeur de charité avec un visage serein qui ne trahissait pas son profond chagrin. D'autres amis l'assistaient ou la relayaient, chacun selon ses moyens ; mais la plupart se tenaient dans les deux pièces voisines. Chacun avait un rôle à jouer ; chacun aidait autant qu'il le pouvait : l'un courait chez les médecins, chez le pharmacien ; un autre faisait entrer les personnes qu'on avait fait appeler ; un troisième fermait la porte aux importuns. Il est certain que beaucoup, qui n'étaient rien moins que des familiers, se présentaient et demandaient à prendre congé de lui comme s'il était sur le point de partir en voyage. Cette antichambre du mourant où chacun de nous attendait sans aucun espoir et veillait, ressemblait à un corps de garde."

 

Le 12 octobre, le coeur donna des signes de défaillance. On fit venir l'abbé Jelowicki qui le confessa, le fit communier et lui administra l'Extrême-Onction.

Charles-René Gavard rapporte qu'après un long moment de silence, où il semblait plongé dans une profonde méditation, il dit soudain : "Maintenant j'entre en agonie."

 

"Le médecin qui tâtait son pouls voulut le réconforter avec quelque banale parole d'espoir. Mais Chopin répondit avec une autorité sans réplique : "Dieu accorde une rare faveur quand il révèle à un être le moment où sa mort approche. Il me fait cette grâce, ne me troublez pas." " (CRG)

 

Mais il résiste. "Jamais on n'a vu une vitalité plus tenace, les médecins n'en revenaient pas", rapporte Grzymala.

 

Le 15 octobre, il reçoit la visite de Delfina Potocka. Chopin exprime le désir de l'entendre chanter.

 

"Lorsque le prête qui priait auprès du lit, eut acquiescé à la demande du mourant, le piano fut poussé de la pièce voisine et la malheureuse comtesse, maîtrisant son chagrin et refoulant ses larmes, eut la force de chanter à côté du lit où son ami exhalait sa vie. Pour ma part, je n'ai rien entendu ;   je ne sais pas ce qu'elle a chanté. Cette scène, ce contraste, cet excès de douleur avaient anéanti ma sensibilité. Je me souviens seulement du moment où le râle du mourant interrompit la comtesse au milieu du second morceau. L'instrument fut rapidement repoussé et auprès du lit demeurèrent seulement le prêtre qui disait les prières des agonisants et les amis agenouillés autour de lui." (CRG)

 

"La journée du mardi 16 octobre, grise et pluvieuse, fut une succession ininterrompue des souffrances les plus vives qui lui arrachaient des gémissements et d'accalmies procurées par les sédatifs. Gutmann qui ne le quittait pas, parvint à le soulager de contractions spasmodiques en comprimant fortement ses poignets et ses chevilles." (MP.Rambeau)

 

"Toute la soirée du 16 se passa en litanies ; nous faisions les réponses, mais Chopin gardait le silence. C'est seulement sa difficulté à respirer qui signalait qu'il était encore en vie. Ce soir-là deux médecins l'examinèrent. L'un deux, le Dr Cruveillé, prit une chandelle et, la tenant devant le visage de Chopin qui était devenu noir de suffocation, il nous fit remarquer que les sens avaient cessé de réagir. Mais quand il demanda à Chopin s'il souffrait, nous entendîmes encore très distinctement la réponse : "Plus"  " (CRG)

 

"Après le départ des médecins, restèrent auprès de Chopin Gutmann et Solange. Ils essayèrent de réchauffer ses jambes enflées avec des serviettes chaudes, car, écrit Solange, "ses pieds étaient déjà glacés". Il reprit connaissance au cours de la nuit en criant : "Ma mère, ma mère !". Katherine Erskine l'entendit de la pièce voisine : "Je suis sûre que ce cri touchant que j'ai entendu cette dernière nuit solennelle ne s'effacera jamais de mon souvenir."

Dans les premières heures du mercredi 17 octobre, il respire si difficilement que Solange, assise au bord de son lit, le soutient sur son épaule pour l'empêcher de suffoquer. L'agonie est en train de se dénouer et la jeune femme effrayée appelle Gutmann à son secours. Il saisit Chopin dans ses bras, puis tente de le faire boire. "Qui me tient la main ?", demande Chopin. "Quand il eut reconnu ma voix, il voulut baiser la mienne. Alors nous nous embrassâmes et il posa sur ma joue un baiser d'adieu en disant ces mots : "Cher ami !". Sa tête s'inclina vers sa poitrine, son âme s'était envolée." Dans la pénombre de la chambre, Solange vit avec terreur ses yeux devenir fixes et se ternir : "Ce fut affreux ! ". Il était deux heures du matin." (MP. Rambeau)

 

"Avant le lever du jour, Kwiatkowski dessina plusieurs esquisses de Chopin : "Je concentrai toutes mes forces pour ravir à la mort ces traits bien-aimés et saisir fidèlement l'expression pleine de sérénité et de poésie qui resplendissait sur le visage du Maître." Les premières sont pourtant effrayantes : la tête, renversée sur les oreillers, porte les traces d'une terrible épreuve, le visage est bouffi, la bouche grande ouverte. Mais au fil des heures, les traits se recomposèrent jusqu'à refléter ce calme solennel que Gavard contempla avec émotion au matin du 17 (MP.Rambeau) :

 

"Quand je le revis quelques heures plus tard, le calme de la mort avait rendu à son visage ce caractère grandiose qu'on trouve sur le masque pris le jour même et plus encore dans la simple esquisse au crayon dessinée par la main d'un ami, M. Kwiatkowski. C'est le portrait de Chopin que je préfère." (CRG)

 

 

Chopin-sur-son-lit-de-mort-par-Teofil-Kwiatkowski-copie-1.jpg

 

 

 

Voir également sur le sujet les articles "Image inédite de Chopin sur son lit de mort", "De la mort aux funérailles" et "Chopin n'est plus"

 

 

 

Source : Marie-Paule Rambeau, Chopin l'enchanteur autoritaire, Ed. L'Harmattan

 

 

 

  

 

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Published by Ame Chopinienne - dans Chopin : biographie
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commentaires

bernadette 18/10/2011 22:23



C'est trop triste pour ajouter quoi que ce soit. Moi aussi, j'aime beaucoup ce portrait de Chopin comme endormi...



Ame Chopinienne 18/10/2011 23:48



Je n'ai rien non plus à ajouter.  Les mots ne pourront jamais exprimer mieux que le silence, ce que les souffrances et l'envol de cette âme si haute et si belle provoquent chez ceux qui
l'aiment comme nous l'aimons.


Ce portrait de Chopin abandonné au repos est magnifique dans ses traits épurés, sans artifice aucun. C'est également l'un de mes préférés.



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