Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
30 août 2010 1 30 /08 /août /2010 20:45

   

Cela fait 8 ans que Chopin n'a pas joué en public...

Mme Sand annonce gaiement le concert à Pauline Viardot :

 

"Une grande, grandissime nouvelle, c'est que le petit Chip Chip va donner un grrrrrand concert. [...] Il ne veut pas d'affiches, il ne veut pas de programme, il ne veut pas de nombreux public, il ne veut pas qu'on en parle. Il est effrayé de tant de choses que je lui propose de jouer sans chandelles, et sans auditeurs sur un piano muet."

 

(G.Sand à Pauline Viardot, 18 avril 1841)

 

 

De plus, Chopin est contrarié. Ce ne sera pas Legouvé qui fera le compte rendu de la soirée pour la Revue et Gazette musicale. Ce sera Liszt dont Chopin -le rival- se méfie. "J'aurais mieux aimé que ce fût vous" dit-il à Legouvé. "Fiez vous à son admiration pour votre talent. Je vous promets qu'il vous fera un beau royaume", répond celui-ci. "Oui, dit Chopin en souriant, dans son empire."

 

 

Les journaux soulignent le caractère exceptionnel de l'événement à venir :

 

Article France Musicale 25 avril 1841

 

 

 

"Les nombreux admirateurs du talent hors ligne de M. Chopin sont enfin parvenus à décider le célèbre artiste à se faire entendre en public. Ainsi, une occasion solennelle va se présenter où l'on pourra mettre en parallèle le génie, oui, le génie modeste d'un pianiste-compositeur, qui n'a jamais eu recours à des moyens excentriques pour attirer sur lui l'attention du public, avec les prétentions exagérées d'autres pianistes-compositeurs dont tout le talent consiste à se faire encenser dans les journaux par des amis maladroits. Chopin est un de ces artistes qui vivent de rêverie, qui ne recherchent pas le bruit de la foule pour y mêler leurs voix criardes et sans harmonie : Chopin est le poète du coeur, le pianiste inspiré qui vous émeut toujours par une forme d'exécution pleine de grâce et de suavité ; rien en lui n'est tourmenté, n'est exagéré ; c'est l'artiste tel que nous le voulons, tel que nous le comprenons, mélodiste avant tout, simple, naturel, plein de goût, de tendresse, d'élévation, de douceur et de passion tout à la fois !

Mme Damoreau et  Ernst se sont empressés d’assurer leur concours à M. Chopin ; on ne pouvait former une plus brillante trinité d’artistes. C’est dans les élégants salons de M. Pleyel, rue Rochechouart, qu’aura lieu, demain 26, à huit heures du soir, le concert de M. Chopin."

 

(La France musicale n° 17 du  25 avril 1841)

 

 

Le 26 avril 1841, salle Pleyel, où on reconnaît Liszt, Berlioz, Kalkbrenner, Mickiewicz, Heine, Delacroix, Chopin joue 4 de ses Préludes, la Ballade en fa majeur op. 38, le Scherzo op. 39, une Polonaise op. 40, les Nocturnes op.37 et 4 Mazurkas op.41, 3 Etudes, soulevant une ovation qui semble ne pas devoir s'éteindre.

  

Salle Pleyel

 

"L'artiste, le poète plutôt, a cédé enfin ; il s'est montré, on l'a entendu et on l'a applaudi, tant applaudi que depuis près de huit jours, il ne sait plus ce qu'il a fait, ce qu'il a vu, ce qu'il a entendu" (Escudier)

"Ecoutez Chopin et vous comprendrez bien vite qu'il n'a fait aucun sacrifice à la mode, qu'il ne s'est pas prosterné devant les caprices du mauvais goût pour arriver à la fortune et à la renommée." (Escudier)

"On peut dire que Chopin est le créateur d'une école de piano et d'une école de composition." (Escudier)

 

 

Liszt fera un article au premier abord très élogieux, mais en réalité très adroitement et perfidement réducteur, rivalité oblige, comme l'avait craint Chopin...

 

 

 

En plus de la gloire, ce concert rapporta à Chopin plus de 6000 francs.

 

  

 

 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Ame Chopinienne - dans Chopin : les concerts
commenter cet article

commentaires

Matheo 11/09/2010 16:05


La damnation pour entendre ce concert!
sourire.
J'aime beaucoup Lizst, mais j'ai toujours pensé qu'il enviait le génie de Chopin qui n'avait pas besoin de recourir à la virtuosité affectée pour conquerir son auditoire!
N'est pas Chopin qui veut!
sourire
Bisous chère Carmen


Ame Chopinienne 11/09/2010 23:39



Mais réfléchis : si tu es damné, comment pourras tu le rejoindre lorsque tu seras mort ?


C'est sûr, Liszt jouait beaucoup sur sa virtuosité pour produire de l'effet !  Il avait beaucoup de respect et d'admiration pour Chopin, mais je ne pense pas qu'il l'enviait. Par
contre, il devait sans doute voir d'un mauvais oeil son immense succès et le considérait à ce titre comme un rival, tandis qu'au début, lorsque Chopin n'était pas encore connu à Paris,
son amitié pour lui était sans faille. N'oublie pas que c'est surtout Marie d'Agoult qui a essayé de le monter contre Chopin et qui a mis la brouille entre eux. C'est elle qui avait
peur que Chopin ne le détrône.


Bisous, Cher Mathéo, heureuse de te retrouver, tu nous manques beaucoup à Bernadette et à moi, et le Chopin de mon blog se sent un peu délaissé... Reviens débattre avec nous !



Matheo 07/09/2010 18:14


ah la la je rate des choses!!!
je repasse ce week end!
bisous


Ame Chopinienne 07/09/2010 22:00



Ben oui, tu rates des choses. Bien fait pour toi, lâcheur !


Enfin, tu es toujours le bienvenu... Bisous



bernadette 03/09/2010 17:24


Oui, vous avez tout à fait raison; mais c'est juste peut-être pour s'assurer qu'il n'était pas trop malheureux. Pour moi, ce n'est pas curiosité mal placée, mais intérêt bienveillant pour quelqu'un
que je voudrais intime! Mais après tout, sa musique nous en dit assez...


Ame Chopinienne 03/09/2010 19:56



Oui bien sûr, ce n'est pas ce que je voulais dire. Je sais trop à quel point vous l'aimez et le respectez. Cette attention particulière dans l'attachement que vous lui portez est tout à votre
honneur et prouve à quel point il vous est cher et combien son bonheur vous importe. Je partage tout à fait vos sentiments, et c'est vrai que l'on est porté naturellement à vouloir le consoler et
le protéger, et que l'on s'inquiète des coups au coeur et à l'âme qu'il a reçus. Je pense personnellement qu'il a eu beaucoup de blessures d'amour propre de la part de Sand, surtout dans les
dernières années. Et que beaucoup de lettres de Sand devaient être pleines d'ironie et de perfidie. D'où sans doute, le désir de Sand de les détruire pour n'en pas laisser trace. Mais ceci
n'engage que moi, bien entendu.


C'est vrai que sa musique est un langage. C'est un pont sans détour entre lui et nous.


Nous l'aimons de la même façon, c'est pour cela que nous nous entendons si bien ! Bisous Bernadette



bernadette 03/09/2010 11:29


Oui, la dernière lettre est connue, surtout pour la tristessse qu'elle engendre; mais je ne sais plus si l'on a des lettres de Chopin à Sand pendant leur liaison? je crois qu'on n'a jamais rien su
de leur vie intime...


Ame Chopinienne 03/09/2010 15:00



Quelques billets ou lettres de Chopin à Sand sont reproduites dans sa Correspondance, mais les propos qu'il y tient sont d'ordre général, et ne révèlent rien de leur intimité. Je citerai la
note de Bronislas Edouard Sydow qui a recueilli, révisé, annoté et traduit la Correspondance de Chopin : "Les seules lettres de Chopin à George Sand que l'on connaisse sont celles, au nombre de
dix-sept, que Wladimir Karénine a reproduites dans George Sand, sa vie et ses oeuvres, plus la toute dernière adressée par le compositeur à la romancière et qui fait
partie aujourd'hui des collections de la Bibliothèque Nationale.  Les dix-sept reproduites par Wladimir Karénine lui ont été communiquées par Lina Dudevant-Calamatta, femme de Maurice
Dudevant. En existait-il d'autres ? Bien certainement. Peut-être leur ton différent avait-il déterminé George Sand à les détruire ou Lina Dudevant à ne pas les montrer."


 


Après tout, la vie de Chopin ayant été décortiquée sous tous les angles, peut-être est-ce aussi bien que cette partie intime de lui-même reste cachée et continue donc à lui appartenir en privé
???


 



bernadette 02/09/2010 20:09


Oui apparemment, elle le comprenait; mais je trouve que ses propos manquent toujours un peu de tendresse quand elle parle de lui. Je regrette qu'elle ait détruit sa correspondance avec Chopin, je
me suis toujours demandé comment (en quels termes) elle lui écrivait...


Ame Chopinienne 02/09/2010 22:14



Il subsiste quelques lettres, regroupées dans la Correspondance de Chopin (La Revue musicale aux Editions Masse). Dans celle au 13 août 1840, elle l'appelle (déjà !) "Mon cher enfant"... et
conclut par "bonsoir Chip Chip. Aimez votre vieille comme elle vous aime". Dans un billet de juin 44, elle écrit "Mon cher Chopin". Celle de 1845 est pleine de charme, de spontanéité et de
tendresse, et Sand y avait joint une boucle de ses cheveux. Elle conclut par "Aime-moi, cher Ange, mon cher bonheur. Je t'aime". Enfin, la dernière lettre connue de Sand en 1847, qu'elle
conclut ainsi : "Adieu, mon ami, que vous guérissiez vite de tous maux, et je l'espère maintenant (j'ai mes raisons pour cela) ; et je remercierai Dieu de ce bizarre dénouement à neuf années
d'amitié exclusive. Donnez-moi quelquefois de vos nouvelles. Il est inutile de jamais revenir sur le reste."


Mais c'est vrai : quel dommage que la quasi-totalité de sa correspondance soit détruite !



Présentation

  • : De la Note à la Plume - Le blog de Carmen Desor
  • De la Note à la Plume - Le blog de Carmen Desor
  • : Le compositeur Frédéric Chopin Bibliographie de Carmen Desor Valenciennes, ville d'Art
  • Contact

Rechercher