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6 janvier 2011 4 06 /01 /janvier /2011 22:28

 

Je voudrais conclure (momentanément) sur Norwid et sur son rôle essentiel dans la façon d'aborder et d'interpréter la musique de Chopin.

  

Cadet de Chopin de onze ans, le poète était fasciné par sa musique. Il eut aussi, exilé comme lui à Paris, la possibilité de faire sa connaissance personnellement. De cette passion et de cette rencontre naquit une poignée de souvenirs lyriques et de réflexions sur le compositeur. Ses poèmes Le piano de Chopin (sans doute le plus connu et le plus pénétrant), ainsi que certains fragments du Prométhidion et des Fleurs noires, sont tous inspirés par l'artiste et son oeuvre.

Grâce à ces écrits, on peut mieux apprécier l'incroyable intuition avec laquelle Norwid saisit l'essence de la musique chopinienne en revêtant ses idées d'une forme novatrice où l'on peut entendre, au dire des spécialistes, des effets quasiment auditifs qui font penser à l'oeuvre du maître. Le Chopin immortalisé sous sa plume est un compositeur surtemporel, profondément ancré dans la culture polonaise et en même temps universel, parce que capable de rendre l'expérience de l'entière humanité avec ses passions, ses douleurs, ses espérances. Il évoque la personnalité de Chopin comme celle d'un créateur ayant réussi à résoudre le problème presque insoluble de la relation entre les musiques populaire, nationale et universelle ("Elever les inspirations Populaires à une puissance qui pénètre et embrasse l'Humanité entière - élever le Populaire à l'Humanité non par applications extérieures et concessions formelles, mais par maturation intérieure... voilà ce qui se laisse entendre de la Muse de Frédéric comme le prélude de l'art national."')

  

Personne mieux que Norwid n'a exprimé autant de phrases et de pensées justes, profondes, belles et lapidaires - et donc faciles à retenir - à propos de ce compositeur de génie.

Ce qui étonne, c'est que les grands romantiques polonais contemporains de Chopin : Slowacki, Mickiewicz, Krasinski, ne semblèrent pas comprendre suffisamment la musique de Chopin et n'aient laissé aucune opinion révélatrice qui concerne celui-ci. 

  

Slowacki (appelé parfois "le Chopin de la poésie polonaise") jouant lui-même du piano, fut élevé par sa mère dans le culte du compositeur ; vers la fin de sa vie, il devint très critique envers l'oeuvre de Chopin.

  

Mickiewicz, qui resta toujours sous le charme de cette musique, fut lié d'amitié avec Frédéric Chopin pendant presque dix ans ; c'est pour deux de ses poèmes ("Hors de mes yeux" et "Ma jolie") que Chopin composa deux mélodies. Mais Mickiewicz ne comprenait pas vraiment le Chopin créateur, il insistait lourdement pour qu'il consentît à écrire un opéra, ce qui n'intéressait pas Chopin.

  

Krasinski et Chopin se connurent enfants (Frédéric avait alors huit ans, et Zygmunt, six), sur l'estrade d'un concert de bienfaisance auquel ils prirent part ensemble. Plus tard, durant les années de lycée, ils continuèrent à se fréquenter régulièrement. Après leur départ de Pologne (Krasinski en 1829, Chopin, un an plus tard), le poète rencontrait son ami à chaque séjour parisien et, quand il ne demeurait pas dans la capitale, il ne manquait pas de prendre des nouvelles de la santé de Frédéric. Dans les dernières années de sa vie, Chopin demanda à Krasinski des poèmes pour lesquels il voulait composer des mélodies. Nous ne savons pas combien Chopin en écrivit puisque une seule, la dernière de son oeuvre vocale - mais considérée comme son sommet - est parvenue jusqu'à nous ("Des montagnes où ils peinaient...").

  

En revanche, la relation Norwid-Chopin nous paraît vraiment extraordinaire. Norwid le fréquenta pendant à peine six mois - de mars à septembre 1849. Depuis lors, il resta fidèle à sa personne et à sa musique. Nous possédons un souvenir émouvant d'un témoin (Olimpia Wagner), datant de 1877, six ans avant la mort du poète :

  

"Avant de s'installer à l'Institut Saint Casimir (asile pour vieillards polonais), Norwid vivait dans une grande misère [...] ; sourd, il aimait cependant la musique et l'écoutait avec émotion, surtout Chopin. La noblesse et le génie irradiaient de son visage."

  

 

Enfin, on retiendra de Norwid la première (et si célèbre) phrase de sa "Nécrologie" de Chopin, écrite juste après la mort de celui-ci :

 

"Natif de Varsovie, Polonais de coeur et citoyen de l'univers par le talent [...]

 

 

 

Cyprian Norwid (1821-1883), poète, prosateur, dramaturge, penseur, peintre et sculpteur polonais, un des génies du 19ème siècle. Proche ami de Chopin au cours des derniers mois de sa vie, il fut celui qui a sans doute pénétré le plus profondèment l'essence métaphysique et philosophique de sa musique et qui l'exprima sous la forme d'une éblouissante poésie.

 

"Si l'on considérait la poésie de Dante comme racine du grand arbre de la poésie occidentale, celle de Baudelaire constituerait ses fleurs et celle de Norwid - ses fruits..." (Juliusz W. Gomulicki, éditeur et commentateur de l'oeuvre de Norwid)

 

 

 

Source : textes de Jan Ekier et K.A. Jezewski, de l'ouvrage "Chopin" par Cyprian Norwid, paru à l'occasion du bicentenaire de la naissance de Chopin et de l'année Chopin 2010, Varsovie

 

 

 

 

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Published by Ame Chopinienne - dans Chopin : ses contemporains
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commentaires

bernadette 08/01/2011 21:58



il était sans nul doute poète-musicien, formant et ressentant une osmose entre sa poésie et la musique de Chopin... 



Ame Chopinienne 08/01/2011 23:16



Je pense qu'ils procédaient du même principe de création et qu'ils étaient exactement sur la même longueur d'onde, sur le même plan vibratoire. En un mot, ils étaient en résonnance...



Joelle 07/01/2011 13:48



Je trouvé très intéressant le dernier post sur Norwid. J'ai lu, dans la
biographie de Chopin, écrite par Wierzynski, que une fois Chopin, aidé
financièrement Norwid. Sous prétexte de réparer la veste déchirée, a mis l
argent dans sa poche sans qu'il s'en aperçoive. Je ne sais pas si vous
connaissez cette histoire ...



Ame Chopinienne 07/01/2011 21:56



Je ne connais pas l'histoire de la veste déchirée, mais elle est très émouvante et je crois sincèrement qu'elle est vraie car Chopin était très généreux et très attentionné pour ses amis. Et le
fait de donner cet argent "en cachette" pour ne pas blesser l'amour-propre de Norwid est tout à son honneur et révèle sa grandeur d'âme.


Merci, chère Joëlle, je sais que vous nous écrivez d'Italie, c'est formidable !



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