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26 octobre 2013 6 26 /10 /octobre /2013 19:34

 

 

  

Nohant, 1846 - Chopin s'affaiblit. Il évite la fatigue des promenades dans la campagne berrichonne et préfère rester seul avec son piano et le petit chien Marquis qui le fait rire. Il a du mal à se déplacer, il ne marche presque plus, ne peut plus monter les escaliers sans suffoquer. Il se heurte à Maurice, autoritaire, ombrageux et jaloux. Les scènes entre Solange et sa mère George Sand se multiplient et lui sont de plus en plus difficiles à supporter.

Le mariage annoncé de Solange avec le sculpteur Clésinger est l'élément déclencheur et stigmatisant. Chopin le désapprouve, il le dit, s'interpose, il estime que Solange ne pourra être heureuse avec cet homme brutal, alcoolique et couvert de dettes ("pourtant, j'ai fait tout ce qui était en mon pouvoir pour que ce mariage ne soit pas conclu" -lettre de Chopin à sa famille à Varsovie, Noël 1847 - 6 janvier 1848). Mais il respectera cependant ce choix :

 

"Je n'ai pas à Vous parler de Mr. Cl[ésinger]. Ma pensée ne s'est familiarisée avec le nom même de Mr. Cl[ésinger], que du momment ou [sic] Vous lui avez donné votre fille."  (lettre de Chopin à Sand, Paris le 24 juillet 1847)

 

  

Il n'y eut pas de scènes de rupture. Celle-ci se fit peu à peu, "à distance", par lettres interposées. Chopin quitta Nohant à la fin de l'été 1846, avec, sans doute, le projet d'y revenir le printemps suivant, comme tous les ans depuis 1839  -1840 excepté.

 

  

Il y eut encore des échanges de lettres aimables et attentionnées entre Chopin et Sand en cette fin d'année 1846 -lui à Paris, elle à Nohant- et durant la première moitié de 1847. Et des lettres entre Solange et Chopin, car le compositeur garde des liens étroits et presque paternels avec elle. Mais George Sand ne veut plus voir sa fille, et en exige autant de Chopin. Dans une lettre de Sand à Chopin, lettre qui a disparu, "mais dont Delacroix a parlé dans son Journal où, à la date du 20 juillet 1847, on peut lire ce qui suit : "Chopin venu le matin comme je déjeunais après être rentré du Musée où j'avais reçu la commande de la copie du Corps de garde. Il m'a parlé de la lettre qu'il a reçue ; mais il me l'a lue presque toute entière depuis mon retour. Il faut convenir qu'elle est atroce. Les cruelles passions, l'impatience longtemps comprimée s'y font jour ; et,  par un contraste qui serait plaisant s'il ne s'agissait d'un si triste sujet, l'auteur prend de temps en temps la place de la femme et se répand en tirades qui semblent empruntées à un roman ou à une homélie philosophique". " (note de Bronilas Sydow, dans la Correspondance de Frédéric Chopin)

  

Dans cette lettre, "George Sand déclare qu'elle ne tolérera le retour de Chopin à Nohant que s'il s'engage à n'y pas prononcer le nom de Solange. En somme, ce que Sand voulait éviter c'était d'avoir à reconnaître qu'elle avait eu tort de favoriser le mariage de Solange avec Clésinger en dépit des renseignements déplorables qu'on lui avait donnés sur ce dernier. Elle a préféré rompre avec Chopin plutôt que devoir lui faire cet aveu." (note de Bronilas Sydow dans la Correspondance de Frédéric Chopin)

 

 

Chopin répond à cette lettre le 24 juillet 1847 :

 

"[...] Quant à celle-ci [Solange] - elle ne peut m'être indifférente. Vous vous rappellerez que j'intercédais auprès de Vous en faveur de Vos enfants sans préférence, chaque fois que l'occasion s'en présentait, certain, que Vous êtes destinée à les aimer toujours - car ce sont les seules affections qu'on ne change pas. Le malheur peut les voiler mais non dénaturer.

Il faut que ce malheur soit bien puissant aujourd'hui pour qu'il deffende [sic] à Votre coeur d'entendre parler de Votre fille, au début de sa carrière définitive, à l'époque où son état physique exige plus que jamais des soins maternels. [...]

Votre tout dévoué

Ch."

 

 

Sand répondra à son tour à Chopin. Ce sera la dernière lettre connue de Sand au compositeur.

 

"[...]

C'est bien, mon ami, faites ce que votre coeur vous dicte maintenant et prenez son instinct pour le langage de votre conscience. Je comprends parfaitement.

Quant à ma fille, sa maladie n'est pas plus inquiétante que celle de l'année dernière, et jamais son zèle, ni mes soins, ni mes ordres, ni mes prières n'ont pu la décider à ne pas se gouverner comme quelqu'un qui aime à se rendre malade.

Elle aurait mauvaise grâce à dire qu'elle a besoin de l'amour d'une mère qu'elle déteste et calomnie, dont elle souille les plus saintes actions et la maison par des propos atroces. Il vous plaît d'écouter tout cela et peut-être d'y croire. Je n'engagerai pas un combat de cette nature ; il me fait horreur. J'aime mieux vous voir passer à l'ennemi que de me défendre d'un ennemi sorti de mon sein et nourri de mon lait.

Soignez-la puisque c'est à elle que vous croyez devoir vous consacrer. [...]

Adieu, mon ami, que vous guérissiez vite de tous maux, et je l'espère maintenant (j'ai mes raisons pour cela) ; et je remercierai Dieu de ce bizarre dénouement à neuf années d'amitié exclusive. Donnez-moi quelquefois de vos nouvelles.

Il est inutile de jamais revenir sur le reste."

 

 

 

 

Chopin reverra George Sand par hasard, le 4 mars 1848, et en fait part à Solange le lendemain :

 

"Je suis allé hier chez Madame Marliani et en sortant je me suis trouvé dans la porte de l'antichambre avec Mme votre mère, qui entrait avec Lambert. J'ai dit un bon jour à Mme votre mère et ma seconde parole était s'il y avait longtemps qu'elle a reçu de vos nouvelles. "Il y a une semaine m'a-t-elle répondu - Vous n'en aviez pas hier, avant-hier ? - Non - Alors je vous apprends que vous êtes grand-mère, Solange a une fillette - et je suis bien aise de pouvoir vous donner cette nouvelle le premier. J'ai salué et je suis descendu l'escalier. [...]"

 

Sous le coup de l'émotion, Chopin, qui pourtant ne circulait plus à pied dans Paris, se retrouva chez lui au Square d'Orléans  après avoir marché sans même sans rendre compte.

 

 

 

 

Chopin et Solange continueront à s'écrire et à se voir. Elle se tiendra à son chevet lorsqu'il mourra.

Sand, elle, n'assistera pas aux funérailles de celui qu'elle avait tant encensé...

 

 

 

 

  

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Published by Carmen Desor - dans Chopin : biographie
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commentaires

Gérard Pottrain 29/10/2013 10:43


Je salue ton érudition et tes recherches ! L'école ne nous aprrend pas ces détails ! Bravo


 

Carmen Desor 29/10/2013 19:37



Merci ! Cette "histoire" est malheureusement relatée de façon incomplète et trop souvent partiale dans bon nombre de biographies qui mettent Sand sur un piédestal bien loin d'être mérité. Rendons
justice à Chopin qui n'a absolument rien à se reprocher et a souffert terriblement de cette situation.



bernadette 27/10/2013 08:01


Lamentable histoire qui montre une Sand dure et injuste, sans pitié malgré la bonté évidente de Chopin...Prétexte? Lassitude? Ingratitude certaine... Etonnant de la part de celle connue comme "la
Bonne Dame de Nohant", si généreuse!

Carmen Desor 27/10/2013 23:02



Il est désolant que les nombreux partisans de George Sand n'aient aucun discernement dans cette affaire et lui accorde toutes les vertus. Prétexte, lassitude et ingratitude tout à la fois, je
pense. Chopin, lui, a voulu se montrer juste et en accord avec lui-même et sa conscience.  Il ne se remettra jamais de cette rupture qui précipitera sa fin.



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