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18 octobre 2013 5 18 /10 /octobre /2013 19:59

 

 

"Encore une gloire musicale qui vient de s'éteindre. Chopin, que la maladie avait brisé depuis quelques années, au point de rendre méconnaissables la figure et le corps de cet artiste ; Chopin est mort le 17 de ce mois. C'est une perte, une grande perte pour les arts. Les pianistes regretteront ce compositeur d'élite, dont le coeur débordait de poésie, et les salons pleureront cet esprit distingué, qui avait trouvé dans les classes élevées de la société les relations les plus honorables. Pauvre Chopin !  Il faisait peur à voir dans les derniers temps ; triste, affaissé, pâle, amaigri, les yeux accablés. La mort, la cruelle mort opérait ses ravages dans le sang de l'artiste ; et un beau jour, tout s'est glacé, et de cet aimable poété, de ce musicien tant aimé, il n'est resté que le souvenir de son talent et de son esprit.

 

Ceux qui ont vu Chopin dans l'intimité et qui ont pu apprécier les qualités de son âme généreuse, ceux qui lui ont entendu jouer avec l'expression la plus touchante de l'amour ou de la douleur ses plaintives mélodies, ah ! ceux-là seuls savent ce que valait ce noble caractère, et ce que renfermaient sa tête et son coeur, d'inspiration, de tendresse, de suave passion. Rêve féerique que celui de ce musicien, qui a traversé la vie au milieu des fleurs et des battements de mains, et qui vient de partir pour le pays des divines harmonies, suivi des prières et des larmes de ses amis et de ses admirateurs. Tenez, il me semble le voir encore, faible, le souffle lui manquant, tendre ses mains vers le piano, et là, soupirer avec son sang les rêveries amoureuses, les plaintes de la vie, les joies célestes. On était ému, on se sentait aller à la tristesse ; on suivait avec avidité l'aimable pianiste qui rendait avec une si surprenant vérité l'effet des passions. Oh ! oui, nous le pleurons, parce que nous l'avons aimé et que nous avions pour lui une affection de frère, et nous aurons toujours présente à la pensée la figure mélancolique de cet ami infortuné qui laisse derrière lui une renommée inattaquable."

 

"Gazette de la France Musicale" du 21 octobre 1849

 

 

 

 

"M. Frédéric Chopin, le célèbre pianiste, est mort le 17 de ce mois, à deux heures du matin, entre les bras d'un de ses élèves et de ses amis ; il a succombé à la maladie de poitrine dont il était affecté depuis longtemps. M. Chopin n'était âgé que de trente-neuf ans. C'est une perte immense pour l'art musical, qu'il cultivait avec religion et dont il était un des plus dignes soutiens. Le public associera ses regrets à ceux de ses nombreux amis, de ses illustres compatriotes, et de sa noble soeur accourue du fond de la Pologne pour lui fermer les yeux. Le jour de ses obsèques n'est pas encore fixé."

 

"L'Opinion Publique" du 21 octobre 1849

 

 

 

 

"Il a cessé de vivre, le 17 de ce mois, à deux heures du matin, entre les bras d'un de ses élèves et de ses amis, cet artiste éminent, qui, dès son entrée dans la carrière, s'était placé au premier rang parmi les célèbrités contemporaines, et s'y distinguait par une physionomie de talent plus individuelle que toute autre.

[...]

Jamais peut-être aucun artiste n'eut plus que lui le physique de son talent. Autant il était frêle de corps, autant il était délicat de style ; un peu plus, il s'évaporait en impalpable et en imperceptible. Sa manière de toucher le piano ne ressemblait à celle de personne : elle perdait nécessairement dans une vaste salle ; à la portée d'une confidence, c'était quelque chose de délicieux. On surnommait Chopin l'Ariel du piano. Si la reine Mab eût voulu se donner un pianiste,  c'est à coup sûr Chopin qu'elle aurait choisi, et la plume divine qui a décrit le fantastique attelage de la Fée aux songes, pourrait seule analyser les enchevêtrements compliqués, infinis, de cette phrase chargée de notes, et pourtant légère comme la dentelle, dans les plis de laquelle le compositeur enveloppait toujours son idée.

Chopin était aristocratique, comme homme et comme artiste. Il subissait la loi de son tempérament. Retiré dans une existence intime et mystérieuse, il composait peu, donnait peu de leçons et ne jouait presque jamais en public. Un concert donné par lui à un prix élevé, devant un auditoire épuré soigneusement, était regardé comme une faveur extraordinaire. C'était le virtuose et le compositeur de la solitude rêveuse, ou tout au plus du tête-à-tête.  Ses partisans, ses élèves l'admiraient jusqu'au fanatisme.

L'organisation de Chopin faisait penser à celle de ces êtres dont parle Pope, et dont la sensibilité surhumaine ferait ici-bas le tourment, pour qui le moindre contact serait une blessure, le moindre bruit un éclat de tonnerre, la moindre senteur de rose un poison. En le voyant si chétif, si maigre et si pâle, on l'avait longtemps cru près de mourir, et puis on s'était habitué à l'idée qu'il pouvait vivre toujours ainsi. Pourtant, il devait nous quitter avant l'âge, puisqu'il n'avait que trente-neuf ans lorsque sa dernière heure a sonné. Sa soeur était accourue du fond de la Pologne pour assister à ses derniers moments, pour les retarder par ses soins, par ses prières.

Les restes mortels du grand artiste seront embaumés. Il avait toujours exprimé le voeu que le Requiem de Mozart fût exécuté pour ses obséques, qui doivent avoir lieu à l'église de la Madeleine. [...]

 

"Revue et Gazette Musicale de Paris" du 21 octobre 1849

 

 

 

 

 

 

 

 

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Published by Carmen Desor - dans Chopin : biographie
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commentaires

escayrol.over-blog.com 27/10/2013 13:37


Chopin composait comme il respirait. II est mort de la tuberculose (Marc Escayrol)

Carmen Desor 27/10/2013 23:10



Un mal qui emporta également sa soeur Emilia et certains de ses meilleurs amis... Un mal très courant à son époque, hélas.



Claudio 21/10/2013 23:18


Bonjour Carmen, 


Merci pour ce très beau billet. J'ai eu une pensée pour vous à cette date fatidique. Ce matin-là, au matin, je me suis levé et j'ai joué quelques préludes et un peu de Mozart, parce que, comme
vous le savez, c'était là son voeu à ses dernières heures. 


J'espère que vous allez bien. Au plaisir! 


Claudio

Carmen Desor 24/10/2013 00:07



Bonjour Claudio, très heureuse de vous lire, même en cette période toujours un peu douloureuse pour les passionnés de Chopin. Un article de Berlioz vient de suivre, je suis toujours émerveillée
de pouvoir lire les témoignages de ses contemporains, qui nous apprennent tant sur sa nature profonde et et nous rapportent tous ces instantanés et anecdotes qui, sans eux, seraient à jamais
inconnus de nous.


Au plaisir ! Carmen



bernadette 19/10/2013 00:31


Chopin a eu la chance d'être reconnu et adulé de son vivant, ce qui n'a pas toujours été le cas pour d'autres compositeurs. Il aura eu au moins cette consolation dans son état d'éternelle
souffrance.

Carmen Desor 21/10/2013 00:04



C'est vrai qu'au moins, il aura connu cette justice d'être reconnu et tant admiré de son vivant.



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