Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
13 octobre 2011 4 13 /10 /octobre /2011 20:25

 

Emilia Chopin

 

 

Depuis quatre semaines, Emilia est couchée. Elle s'est mise à tousser, elle a eu des crachements de sang, maman a eu peur. Alors Malcz a ordonné une saignée. On a fait une saignée... une deuxième ; d'innombrables sangsues, des vésicatoires, des sinapismes, des daphnés, que d'histoires, que d'histoires !... Pendant tout ce temps, elle n'a rien mangé ; elle a tellement maigri qu'elle est méconnaissable, et elle commence seulement maintenant à revenir à elle. Tu peux imaginer comment cela allait chez nous. Imagine-le toi-même car je ne suis pas en état de te l'écrire.

(Chopin à Jan Bialoblocki, lettre du 14 mars 1827)

 

"Le docteur Malcz n'était pas plus mauvais médecin qu'un autre ; il soignait la jeune fille comme on faisait à l'époque les phtisiques : diète lactée,  révulsifs en tous genres et saignée à chaque hémorragie, de quoi débiliter tout à fait les malades. [...]  Chopin conserva de cette expérience douloureuse où il vit dépérir sa soeur  la crainte traumatique des saignées, ce qui lui épargna de subir le même traitement.

Emilia voyait arriver la mort en pleine conscience, persuadée de l'inefficacité des remèdes qu'on lui imposait, comme le lait de chèvre qu'elle détestait :

 

"Un jour, plus faible que de coutume et très irritée, elle but le lait d'un seul trait ; elle se tourna vers sa soeur et avec cette douceur et ce sourire qui lui étaient si particuliers, elle lui dit : "Est-ce que tu crois que cette cochonnerie va me sauver, quand je sens les griffes de la mort dans ma poitrine ? J'ai bu, mais seulement pour pouvoir prouver à ma mère que j'obéis au docteur." (Eugeniusz Skrodzki)

 

 "On la transportait plus d'une fois à cause de la faiblesse de ses forces, blanche comme de la cire, avec des taches rouges sur les joues." (Eugeniusz Skrodzki)

 

Les derniers vers qu'elle écrivit la montre tout occupée du chagrin de sa famille :

 

Combien l'homme sur la terre a une triste destinée

Il souffre pour voir des siens la souffrance avivée.

 

 

Elle s'éteignit le 10 avril 1827, elle n'avait pas encore quinze ans. Parmi les jeunes lycéens qui, depuis des mois, l'accompagnaient dans sa maladie, en essayant de la distraire, se trouvait Eugeniusz Skrodzki qui a laissé des souvenirs émouvants sur cette première épreuve vécue par Chopin :

 

Au milieu de cette année, au début du printemps, le couvercle d'un cercueil tout blanc avec des couronnes virginales était posé dans le vestibule de la maison. Notre chère petite Emilia était exposée sur un catafalque, lointaine, comme endormie. Son visage amaigri conservait encore sa couleur rose, son sourire, une douceur, une grâce sereine. Nous, les enfants, en la regardant avec stupeur, nous ne pouvions comprendre ce qui lui était arrivé et nous croyions qu'elle était en léthargie et qu'elle allait ressusciter. C'est seulement quand le corbillard arriva, quand le prêtre romain, visiteur des Missionnaires, vêtu d'une cape noire, mit sa toque sur sa tête et entonna le triste hymne funèbre, quand le convoi quitta l'appartement, que les larmes et les lamentations de ses parents nous firent comprendre que jamais plus nous ne reverrions notre chère Emilia.

 

 

DSC02446

 

 

Ce fut la première tombe des Chopin au cimetière Powazki. On lit encore distinctement sur la pierre tombale : "Emilia Chopin a disparu au quatorzième printemps de sa vie, comme une fleur dans laquelle s'épanouissait le bel espoir du fruit".  "

 

 

 

Source : Marie-Paule Rambeau, Chopin l'Enchanteur autoritaire, Ed. L'Harmattan

Photos par Carmen Desor

 

 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Ame Chopinienne - dans Chopin : biographie
commenter cet article

commentaires

bernadette 14/10/2011 08:24



Quelle tristesse, ces témoignages...et quelle mauvaise médecine, qui augmentait la souffrance des malades!


C'est touchant de lire la lettre de Frédéric à son ami Jean, qui je crois, ne figure pas dans les livres de sa correspondance.



Ame Chopinienne 14/10/2011 23:44



Ces témoignages nous font plonger dans l'intimité de cette famille unie et durement éprouvée. Ils sont exceptionnels par les détails et les images qu'ils évoquent, c'est un peu comme si nous
pouvions voir une vidéo de ces moments douloureux. Nous pouvons nous imaginer sans difficulté la jeune Emilia, nous pouvons vivre la scène. Il faut remercier le jeune Eugeniusz de ces lignes
qu'il a laissées et qui nous permettent de nous sentir proches d'elle et de sa famille.


Si, cette lettre figure dans la Correspondance de Chopin. Mais c'est une longue lettre qui traite de beaucoup de sujets, et dont les quelques lignes concernant Emilia ne constituent qu'un petit
passage. Chopin était trop bouleversé par la maladie de sa soeur pour pouvoir en exprimer davantage.



Présentation

  • : De la Note à la Plume - Le blog de Carmen Desor
  • De la Note à la Plume - Le blog de Carmen Desor
  • : Le compositeur Frédéric Chopin Bibliographie de Carmen Desor Valenciennes, ville d'Art
  • Contact

Rechercher