Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
5 février 2011 6 05 /02 /février /2011 22:44

 

 

1787

Nicolas Chopin, 16 ans, arrive à Varsovie, en compagnie d’Adam Weydlich. A la Manufacture des Tabacs, rue Pokorna, au nord de la Ville, ses patrons, Andreas Rafalowicz, Jan Dekert et Pierre Blanc autorisent ce dernier à engager Nicolas comme secrétaire-comptable.  Celui-ci  loge sur place, descend souvent à la Vistule par la rue Konwiktorska et le soir, enfile la rue Miodowa jusqu'à Nowy Swiat.

Nicolas restera deux ans à la la Manufacture des Tabacs. A la fermeture de celle-ci, il serait devenu le précepteur du fils de Jan Dekert, le directeur de la fabrique.  Son élève, le jeune Jan Dekert deviendra par la suite chanoine de Varsovie. C’est lui qui prononcera l’oraison funèbre de Nicolas dans l’église des Capucins le 6 mai 1844. « Je fus son premier élève », dira-t-il à cette occasion. C’est également lui qui interviendra auprès des autorités russes pour que le cœur du fils de son ancien professeur, Fryderyk, soit déposé dans l’Eglise Ste Croix.

Il était devenu d’usage, à cette époque où de nombreux français avaient émigré en Pologne et en Russie, que les familles riches disposent d’un précepteur français. Mais ceux-ci appartenaient en général à l’aristocratie. Alors, comment Nicolas, fils de charron, parvint-il à ce poste ?  On suppose que c’est par ses exceptionnelles qualités personnelles, sa culture, son sérieux et ses compétences que cette voie royale lui fut ouverte.

 

N4966.jpg

 

 

Le 15 septembre 1790, Nicolas Chopin adresse à ses parents une lettre qui devait rester inconnue jusqu'en 1949 (ce sera le seul message connu de Nicolas à ses parents). Cette lettre est d'une importance capitale car elle prouve que Nicolas n'a pas fui à l'étranger en raison de dissensions avec les siens comme on a souvent voulu le faire croire. La voici reproduite en entier (l'orthographe a été respectée) :

 

 

                    Mon cher Père et ma chère Mère,

 

    Dans l'incertitude où je suis que mes Lettres vous soyent parvenues je ne vous écris que deux mots seulement pour m'informer de l'état de votre santé et vous prouver mon respect et mon attachement. Depuis deux ans passés, je n'ai point de vos nouvelles, je ne sais à quoi l'attribuer, cependant, chères Parens, mon éloignement ne fait qu'augmenter mon respect envers vous en me faisant connoitre de quel bonheur je suis privé d'être si longtems sans vous voir et sans recevoir aucune de vos nouvelles. Comme Madame Weydlich vous a écrit aussi plusieurs lettres en vous chargeant de vous informer au sujet de ses affaires à Strasbourg aux quelles vous n'avés pas répondu. Je vous dirai que Nous savons bien que Mr Malard est payé mais que nous ne savons pas s'il a touché de l'argent pour les créanciers. Comme les affaires avec Monsieur le Comte Pac ne sont pas encore finies et qu'il demande une rendition des comptes de la terre de Marainville fait que j'étois sur le point de partir pour Strasbourg pour finir les dittes affaires au nom de Monsieur Weydlich. Mais comme nous avons appris que la France n'étoit pas encore tranquille par les révolutions qui s'y sont faites a été cause que mon voyage a été différé mais cependant je crois partir sous peu de tems car Monsieur Weydlich s'est déjà arrangé avec un Banquier qui ne tardera pas à partir pour la France. Cependant avant que je parte je vous prie de m'informer si la milice n'est pas plus stricte qu'elle étoit car on nous a dit que tous les jeunes garçons depuis l'âge de dix-huit ans sont tous soldats c'est ce que nous sommes curieux de savoir, car étant dans un pays étranger comme j'y suis et où je peux faire mon petit chemin je ne pourrois le quitter qu'avec regret pour me rendre soldat quoique dans ma patrie vu que Monsieur Weydlich n'a que trop de bontés pour moi et dont je prévois des suites heureuses. Je vous prie donc chères Parens de me faire réponse le plus tôt possible pour que je puisse partir en toute sûreté et jouir du bonheur de vous voir ainsi que tous mes chères parens. J'ai l'honneur d'être avec le plus profond respect cher Père et chère Mère de vos enfants votre très humble et très obéissant fils.

                                                      

    Monsieur et Madame Weydlich vous font bien des compliments et vous prie d'assurer Monsieur le Curé de leur respect. Je vous prie de lui assurer aussi de ma part.

    J'embrasse mes soeurs de tout coeur ainsi que tout mes parens et amis.

    Je vous donne mon adresse de crainte que la lettre ne soit égarée car je ne puis concevoir que depuis deux ans passés je n'aye reçu aucune Lettre dont voici

 

                                       A Monsieur

                                       Monsieur Chopin                   Pologne

                                       par Dresde à Varsovie

                                       en Pologne

                                       poste restante

 

 

 

On voit bien d'après cette lettre que Nicolas Chopin est dans une attente presque désespérée d'une réponse de ses parents dont l'absence le plonge dans l'incompréhension. Apparemment, il aurait écrit d'autres lettres avant celles-ci, toutes sans réponse. Sans réponse également celles de Mme Weydlich. Ici se présente la première occasion pour Nicolas de repartir pour la France, malgré sa réticence à quitter un pays qui lui ouvre de si prometteuses perspectives. Cependant, on comprend d'après cette lettre qu'il aurait suffi d'une seule réponse favorable de sa famille pour qu'il choisisse de partir. Il exprime toute son affection et son respect pour les siens (on retrouvera le même amour filial et respectueux chez son fils Frédéric), et prend soin de redonner son adresse, au cas où ...

Pourtant, cette lettre ne reçut jamais de réponse. Elle parvint pourtant à ses parents, car elle fut retrouvée dans les papiers de famille de Marguerite Bastien-Chopin, la soeur cadette de Nicolas. Ce silence reste encore à ce jour un mystère.

 

 

 

 

Partager cet article

Repost 0

commentaires

bernadette 06/02/2011 17:19



Je suis bien d'accord avec vous pour ce qui est du destin bienheureux pour notre grand musicien. Est-on sûr qu'il n'y eut jamais de réponse des parents de Nicolas? Car enfin, tellement de lettres
se sont perdues...



Ame Chopinienne 07/02/2011 21:56



Les lettres ne se sont pas perdues, elles sont sans aucune doute arrivées à leurs destinataires puisque celle de 1790 reprise ici a été retrouvée dans les papiers des Chopin lorrains. Le
fait qu'elles n'aient pas reçu de réponse figure dans les meilleures biographies. Il est évident que les parents de Nicolas n'ont délibérément pas voulu lui répondre. Pourquoi ? On a pour un
temps pensé qu'ils voulaient préserver son incognito car il risquait la conscription. Mais cette raison ne pouvait tenir qu'un temps.


Ce silence "assourdissant" est certainement à l'origine d'un autre silence : celui de Nicolas auprès de sa propre famille polonaise concernant ses racines lorraines et l'existence de ses
soeurs (existence que Fryderyk ignorait sûrement).  Un silence qui ressemble à un reniement en réaction à celui de ses parents. Je pense personnellement que ce comportement de
sa famille française fut une grande blessure secrète et constamment ouverte et qu'il en a beaucoup souffert jusqu'à son dernier souffle.



Matheo 06/02/2011 10:23



Peut être un signe du destin et plus probablement la volonté de Dieu.


Ce silence a donné à La Pologne de plus grand musicien de tous les temps.


Bisous Carmen



Ame Chopinienne 06/02/2011 13:13



Je pense comme toi : le destin de Frédéric Chopin était de naître en Pologne pour exprimer au plus haut degré le patriotisme de ce pays martyrisé. Il lui fallait une mère polonaise en plus de
cette mère patrie, et une double culture qui l'ont élevé au rang de citoyen du monde. Toute la trame de ce destin unique s'est dessinée dès l'enfance de Nicolas. Bisous Math



Présentation

  • : De la Note à la Plume - Le blog de Carmen Desor
  • De la Note à la Plume - Le blog de Carmen Desor
  • : Le compositeur Frédéric Chopin Bibliographie de Carmen Desor Valenciennes, ville d'Art
  • Contact

Rechercher