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28 octobre 2011 5 28 /10 /octobre /2011 19:47

 

 

Delacroix fut l'un des amis les plus proches de Chopin, et les plus présents dans les derniers mois de sa vie :

 

"29 janvier [1849] : Le soir été voir Chopin ; je suis resté avec lui jusqu'à dix heures. Cher homme ! (...) La souffrance l'empêche de s'intéresser à rien et à plus forte raison au travail. Je lui ai dit que l'âge et les agitations du jour ne tarderaient pas à me refroidir aussi. Il m'a dit qu'il m'estimait de force à résister. "Vous jouirez, a-t-il dit, de votre talent dans une sorte de sérénité qui est un privilège rare, et qui vaut bien la recherche fièvreuse de la réputation."

(Journal de Delacroix)

 

"14 avril [1849] : Le soir chez Chopin ; je l'ai trouvé très affaissé, ne respirant pas. Ma présence au bout de quelques temps l'a remis. Il me disait que l'ennui était son tourment le plus cruel. Je lui ai demandé s'il ne connaissait pas auparavant ce vide insupportable que je ressens quelquefois. Il m'a dit qu'il savait toujours s'occuper de quelque chose. Si peu importante qu'elle soit, une occupation remplit les moments et écarte ces vapeurs. Autre chose sont les chagrins." (Journal de Delacroix)

 

 

Chopin est mort le 17 octobre 1849 et ses funérailles ne seront célébrées que le 30 octobre.  Il laissera une cruelle  impression de manque et un souvenir impérissable chez ses amis les plus proches dont, bien sûr, le peintre Eugène Delacroix. Lorsque celui-ci apprend la mort de Frédéric, il s'insurge :

"Quelle perte ! Que d'ignobles gredins remplissent la place, pendant que cette belle âme vient de s'éteindre !" (Journal, 20 octobre 1849)

 

 

  

 

 

 

  

Aux funérailles, il tient les cordons du poêle avec Meyerbeer, Franchomme et Pleyel.

 

 

[...] Mon pauvre sublime Chopin a quitté ce monde, bien mal ajusté pour les belles âmes. J'ai été bien affecté de ce véritable malheur et aussitôt que je l'ai pu, je me suis réfugié ici, malgré la mauvaise saison [...]

 

Eugène Delacroix à un destinataire non identifié, Champrosay, 8 novembre 1849

 

 

Près d'un an plus tard, il participe avec Pleyel, Franchomme, Albrecht, Kwiatkowski et Herbault, à la souscription qui devait compléter la somme de quinze mille francs déposée par ses élèves et sa soeur en octobre 1849, et destinée à payer le monument érigé au cimetière du Père Lachaise sur un projet de Clesinger.

 

 

 

"Il dessina au crayon le profil de Chopin - une fois encore le profil droit - revêtu des attributs de Dante qu'il rejoignait ainsi dans l'immortalité. Car au-dessous du dessin, il inscrivit cette dédicace, discrètement attendrie : "Cher Chopin". Leur dialogue que la mort venait d'interrompre, Delacroix le prolongea toute sa vie dans le culte fidèle du musicien qu'ils avaient tous les deux le plus aimé : Mozart. Parce que le lien de l'un à l'autre s'imposait à lui chaque fois qu'il entendait jouer les oeuvres de son ami : "Il ressemble plus à Mozart que qui que ce soit." Lorsque la princesse Marcelina Czartoryska fonda en 1854, le "Club des Mozaristes", il fut l'un des fidèles qui assistaient au concert qui, tous les premiers vendredis du mois, réunissait d'anciens amis de Chopin, Pauline Viardot, Franchomme, Grzymala. Jusqu'à sa mort, le peintre chercha dans l'amitié de ceux qui avaient été liés à "l'angélique ami" le plaisir d'un entretien qui conjurait l'absence."

 

MP. Rambeau, Chopin, l'enchanteur autoritaire

 

 

 

 

 

"Eugène Delacroix devait demeurer toute sa vie fidèle au souvenir de Chopin. Ainsi en janvier 1861, époque où il travaillait à la décoration de l'église Saint-Sulpice, il adressa à Albert Grzymala, les lignes que voici :

"Depuis quatre mois, je me sauve au petit jour pour courir à ma fatigante besogne, et je ne rentre qu'à la nuit. L'espoir de finir bientôt, si ma petite santé et la mauvaise saison ne viennent pas apporter de nouveaux obstacles, me soutient et me fait vous prier d'excuser et de pardonner ma claustration. Quand j'aurai fini je vous avertirai, et je vous reverrai avec le plaisir que j'ai toujours eu et avec les sentiments que votre bonne lettre a ranimés en moi. Avec qui parlerais-je de l'incomparable génie que le ciel a envié à la terre, et dont je rêve souvent, ne pouvant plus le voir dans ce monde ni entendre ses divins accords. Si vous voyez quelquefois la charmante princesse Marcel[l]ine [Czartoryska], autre objet de mes respects, mettez à ses pieds l'hommage d'un pauvre homme qui n'a pas cessé d'être plein du souvenir de ses bontés et de l'admiration de son talent, autre trait d'union avec le séraphin que nous avons perdu et qui, à cette heure, charme les sphères célestes. Mille tendresses de coeur, Eugène Delacroix". "

 

Annotation par Bronislaw Sydow, La Correspondance de Chopin

 

 

 

 

 

 

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Published by Ame Chopinienne - dans Chopin : ses contemporains
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bernadette 28/10/2011 23:40



Après tous ces écrits, comment ne pas avoir du respect et une tendresse particulière poiur Delacroix?


Ne serait-ce que par l'estime que Chopin lui portait...



Ame Chopinienne 29/10/2011 15:28



Il est certain que, par Chopin interposé, on ne peut qu'aimer Delacroix... L'aimer d'avoir aimé Chopin. Et l'aimer d'avoir été aimé par lui. Ces liens qui unissaient les deux hommes ont une
valeur hautement symbolique.


Mais je me demande pourquoi Marcelina, qui a tant aimé Chopin, n'a pas plutôt créé un "club des Chopinistes" ... ?



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