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8 juin 2011 3 08 /06 /juin /2011 16:50

 

Dans l'attente de leurs retrouvailles, la vie parisienne de Chopin s'écoule entre les soirées avec Liszt, Marie d'Agoult et George Sand, ses amis proches (Grzymala, Matuszynski... ) et de grandes personnalités : Custine, Pixis, Nourrit, Eugène Sue..., et le cercle des émigrés polonais.

 

"La pensée de Maria, la lointaine bien-aimée de Sluzewo, rayonnait de tous ses feux chaque fois qu'une lettre venait l'assurer qu'elle comptait, comme lui, les mois qui les séparaient de leurs retrouvailles, "mai ou juin au plus tard. Ah! si cela pouvait être plus tôt ! * ". Il envoya un Pleyel, un luxueux keepsake, une moisson d'autographes. S'il rêvait d'une existence nouvelle, il n'en retrouvait pas moins avec délices le temps de "l'amour de loin", cet idéal courtois chanté par le troubadour Bertrand de Born, où le désir, sublimé par l'absence et le secret, se nourrit de l'image désincarnée de l'objet aimé. Konstancja puis Maria donnèrent à Chopin la conviction que l'amour parfait se passait fort bien de la réalisation sexuelle et, plus grave, qu'il pouvait être compromis par "certains faits". "

 

Cependant, Teresa Wodzińska était informée de la vie trépidante de Chopin à Paris, malgré les promesses et les mensonges de celui-ci sur sa vie désormais sage et rangée pour préserver sa santé fragile. Fragilité qui était le premier pretexte de Mme Wodzińska pour une rupture des fiançailles en cas de besoin...

"A la même date, le Journal de Jozef Brzowski révèle au contraire une activité épuisante qui enchaîne, certains jours, cinq ou six heures d'enseignement, des relations amicales où il dépense sans compter les trésors de son inspiration, les plaisirs des bonnes tables parisiennes et les inévitables soirées dans le monde prolongées jusqu'aux premières heures du jour."  Ceci éclaire "un aspect de la personnalité de Chopin qu'on a négligé dans la mesure où il détonnait dans la typologie du névropathe qui vivait en s'économisant qu'on a voulu privilégier. Chez ce nerveux sensitif, les sollicitations du plaisir trouvaient au contraire un terrain favorable. En un mot, au banquet de la vie,  Chopin était en ce temps-là un joyeux convive."

"On  estimait volontiers du côté de Leipzig que la vie parisienne dispersée détournait Chopin de la composition et qu'il y perdait son temps. C'était le sentiment de Friedrich Wieck et, plus étonnant, celui de Schumann : "Il est triste que depuis sept ans qu'il est à Paris, il n'ait presque rien fait." "

 

En hiver 1837, Chopin est atteint par l'épidémie de grippe et ne prend pas le temps de se soigner. Dès lors, il tousse et porte sans cesse son mouchoir à la bouche, faisant dire à Marie d'Agoult qu'il toussait "avec un grâce infinie".

 

Entretemps, Antoni Wodziński, qui s'était engagé dans la légion polonaise partie combattre en Espagne, avait été blessé et réclamait de l'argent pour rentrer en France. "Les mésaventures de l'enfant terrible de la famille avaient jeté "l'heure grise" aux oubliettes." Ayant reçu de Chopin un cahier de musique, "elle l'en remercia par un petit mot en français, d'une politesse endimanchée dont tous les termes dénotaient une prise de congé officielle. Le coup dut être à la mesure de la surprise. Sans aucune explication, il se voyait éconduit froidement par celle qu'il considérait comme sa future femme."

 

Les raisons de ce refus des Wodziński de donner Maria en mariage à Chopin :

- les préjugés nobiliaires ?

- la situation politique des Wodzinski ?

- le refus des parents de se séparer de leur fille, encore si jeune,

   et qui serait contrainte de venir vivre à Paris ?

   C'est cette raison que privilégiera la soeur de Maria.

 

Comment a réagi Chopin ?

 

"S'il accusa très mal le coup, blessé dans son amour et dans sa fierté, il ne se répandit pas en confidences sur cet échec mortifiant. Ce n'est que quelques années plus tard qu'il dira des Wodziński : "Quels gens légers, peu scrupuleux et sans coeur !". Mais Custine qui avait été témoin de la discrète idylle à Marienbad et à Dresde ne put s'y tromper. Il comprit dans quel processus dépressif Chopin s'engageait et il tenta de l'épauler dans cette mauvaise passe."

 

Chopin attendit une lettre de Teresa Wodzińska confirmant la rupture, n'acceptant de s'éloigner de Paris qu'une dizaine de jours pour accompagner Pleyel à Londres, du 10 au 28 juillet 1837. A son retour, "dans une dernière lettre à Mme Wodzińska, il donna des nouvelles d'Antoni, tout à fait remis de sa blessure, et glissa une discrète allusion à sa disponibilité : "Je suis rentré chez moi, la saison s'attarde et s'attardera complètement pour moi dans ma chambre (...). Je rappelle son frère à Mademoiselle Maria." Mais "Mademoiselle Maria" resta sourde à l'invite. Il fit un paquet des lettres de la famille qui s'était jouée de lui avec tant de désinvolture et il inscrivit sur l'enveloppe "Moja bieda" (Mon malheur). L'écriture énergique, le paraphe ascendant, rageur, affichent la volonté de classer l'affaire. Mais il tint à conserver toute sa vie dans son secrétaire la trace écrite de ce cuisant échec. "

 

 

mojabiedai

 

 

 

 

Maria Wodzinska "épousa -d'ailleurs en 1841 seulement - le fils du Comte Frédéric Skarbek, Joseph, riche certes, mais déshérité physiquement et intellectuellement. Mariage malheureux qui fut cassé à Rome. Dans la suite, Maria se remaria avec un certain M. Orpiszewski qui mourut tuberculeux ainsi que le fils issu de cette union." (note de Bronilas Edouard Sydow, dans la Correspondance de Chopin)

 

 

Maria Wodzinska

 

                                   Maria Wodzinska

 

 

 

* lettre de Maria à Chopin du 15 septembre 1836.

 

 

Source : Chopin, l'enchanteur autoritaire, par Marie-Paule Rambeau, Ed. L'Harmattan

 

 

 

 

 

 

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Published by Ame Chopinienne - dans Chopin : biographie
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commentaires

Olga 20/06/2011 10:38



et finalement a épousé un autre tuberculeux ... comme la vie est bizarre...


 



Ame Chopinienne 20/06/2011 21:25



oui, très bizarre... Les bien-aimées de Frédéric n'ont finalement pas connu un destin très heureux. Maria s'est retrouvée veuve et a perdu son enfant, Constance est devenue aveugle...



novak 20/06/2011 10:37



Bonjour Carmen,


cela fait longtemps que jesuis venue sur ton blog (ainsi que sur le mien qui est toujours en état d'ébauche .. je ne suis pas parvenue à le mettre en page, et il y a toujours des pubs)


Bref, je lis avec plaisir tes autres ajouts... et il y en a !


je découvre que Maria Wadzinska, le "malheur" de Chopin a épousé le fils du parrain (???) de Chopin



Ame Chopinienne 20/06/2011 21:05



Bonjour Olga,


Contente de le lire à nouveau ! Et désolée de ne pas avoir pris le temps de t'aider davantage pour ton blog. Tu sais, il faut juste se laisser guider par la logique, et jongler avec les
catégories "configurer", "mise en page", "options globales"... A force de tatônner, tu vas y arriver. Par contre, pour les pubs, je ne comprends pas que tu en aies...


Eh oui, ironie du sort qui a dû être bien cruelle au coeur de Chopin, sa chère Maria a épousé Jozef, le fils de son propre parrain !!! Ce Jozef "possède près de 400.000 florins et des terres dans
le voisinage de la demoiselle. (...) En vérité, il gagne à ce choix inattendu, autant qu'elle y perd." (Ludwika Jendrzejewicz, soeur de Frédéric). Que pouvaient peser tout le talent et la beauté
d'âme de Chopin face à la fortune ?



bernadette 10/06/2011 20:23



En somme, j'aime à penser que Chopin n'aurait peut-être pas été très heureux avec cette petite jeunette influençable...



Ame Chopinienne 11/06/2011 13:52



Il aurait peut-être connu un bonheur simple et bien rangé, mais sans passion ni plénitude, sans rien qui pût combler ses aspirations les plus profondes à la hauteur de sa grande âme et de son
talent. Et ce qui l'attira finalement chez Sand, après la première impression d'antipathie, ce fut son intelligence et sa grande personnalité. Il lui fallait une femme "de caractère" et d'un
grand niveau intellectuel. Malheureusement, Sand n'avait pas QUE ces qualités...



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