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12 juillet 2013 5 12 /07 /juillet /2013 20:25

 

"Chopin a vingt ans. Déjà fort apprécié comme virtuose, il écrit sa Grande Polonaise brillante en mi bémol, op. 22, qu'il fera précéder, cinq ans plus tard, d'un Andante Spianato. C'est un morceau de bravoure, d'abord paré d'un accompagnement d'orchestre, puis réduit au seul piano. On sent chez lui, sous les traits enrubannés, l'admirateur de l'opéra italien. L'Andante rêveur contraste avec la Polonaise pétulante."

 

Source : Bernard Gavoty (Chopin)

 

 

 

"Authentiquement bellinien, l'Andante Spianato opus 22 en sol majeur vint servir d'introduction à la Grande Polonaise brillante en mi bémol majeur pour piano et orchestre, terminée à Varsovie. [...]

L'Andante Spianato (tranquillo), écrit pour piano solo, est de forme tripartite : une première section à 6/8, un merveilleux Nocturne d'une flexibilité arachnéenne, et un trio à 3/4 sur un rythme de mazurka. Les quatre premières mesures donnent seules l'impulsion du mouvement ondulatoire de la main gauche en doubles croches, qui, tout au long de la section, par sa continuité parfaite, communique une envoûtante sensation de plénitude. Sur cette basse hypnotique, la mélodie radieuse s'enroule délicatement, délivrée de toute pesanteur matérielle, "chant de l'âme pure", note Jankélévitch. La mazurka du trio rompt à peine l'enchantement où l'auditeur se laisse glisser sans résistance. Constituée de trois mesures, elle aussi se répète dans le même climat de recueillement nocturne. La dernière section de l'Andante ne restitue que les 14 mesures du dessin qui termine la première section avant le trio ; et, plus curieusement encore, la coda emprunte à la mazurka ses trois dernières mesures. Le raffinement mélodique trouve son complément dans la subtilité de la construction.

 

Chopin avait une prédilection marquée pour cette oeuvre qu'il jouait souvent en premier numéro de ses concerts, assuré de son effet. Aux antipodes de la virtuosité clinquante que le public des salles de concert ne détestait pas voir se déployer, l'Andante spianato réclame un artiste aux doigts de velours pour révéler la profondeur de sa simplicité. C'est en l'écoutant le jouer à Londres en 1848 que le musicologue Alfred Hipkins trouva l'heureuse expression de "toucher chantant" (singing touch) : "Les arpèges de la basse, largement étalés, restituaient grâce au toucher et au jeu de pédale les accords soutenus qu'ils développent et s'enflaient ou diminuaient comme les vagues d'un océan sonore."

  

Source : Marie-Paule Rambeau (Chopin, l'enchanteur autoritaire)

 

 

"Chopin avait joué le Nocturne en sol majeur précédant la Grande Polonaise brillante à Mendelssohn, qui en donnait une description très poétique : c'était comme si s'ouvrait devant vous un jardin peuplé d'êtres se promenant en silence parmi des jets d'eau et d'étranges oiseaux. Par cette évocation, Mendelssohn voulait rendre sensible le caractère envoûtant de la musique."  (témoignage de Mendelssohn repris par Schumann)

 

Source : Jean-Jacques Eigeldinger (Chopin vu par ses élèves)

 

 

 

 

 

"Annoncé à Tytus Woyciechowski à l'automne 1830, la Grande Polonaise brillante pour piano et orchestre en mi bémol majeur opus 22 est la dernière contribution au style brillant de Hummel et de Weber. Le fait que Chopin l'ait jouée en concert et publiée en 1836, indique assez qu'il savait que cette musique conquérante lui rallierait tous les suffrages. Car la variété des approches de la Polonaise est d'une prodigieuse inventivité : panache héroïque, éclairs visionnaires, lyrisme poétique, virtuosité transcendante et, par-dessus tout, une écriture pianiste éblouissante. La Polonaise opus 22 touche à tout, brûle les étapes, emportée par une fougue juvénile qui, reconnaissons-le, n'a pas grand chose en commun avec la majesté guindée des anciens magnats. [...]

 

L'opus 22 est dédié à son élève la baronne Frances d'Est.

 

Source : Marie-Paule Rambeau (Chopin, l'enchanteur autoritaire)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Published by Carmen Desor - dans Chopin : ses compositions
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commentaires

Mu 13/07/2013 19:58


Grandiose ! Cette Polonaise, elle est vraiment brillante !!!


Merci Carmen.

Carmen Desor 13/07/2013 21:37


Oui, c'est le mot ! Et à certains passages, je sens toujours mon coeur se décrocher, c'est la même émotion et le même émerveillement toujours renouvelé...


bernadette 13/07/2013 08:40


Superbes vidéos et super commentaires; D.Trifonov a aussi joué la Polonaise avec orchestre au Concours Eurovision des jeunes musiciens en mai 2010. (mais je n'ai pas retrouvé la vidéo...Dommage!)
 Merci Carmen!

Carmen Desor 13/07/2013 13:42


Ce sont deux interprètes exceptionnels, qui servent à merveille cette Polonaise qui est une de mes favorites. Leur jeunesse, leur enthousiasme, leur délectation à interpréter et à "vivre" cette
oeuvre font de Chopin un compositeur intemporel, dont la musique touche tous les coeurs de toutes les générations !


Gérard Pottrain 13/07/2013 08:10


Superbes oeuvres et superbes interprétations !

Carmen Desor 13/07/2013 13:38


L'excellence, servie par l'excellence !


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