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22 avril 2010 4 22 /04 /avril /2010 21:40

 

 

Avant de rencontrer Chopin, Alkan fera d’abord la connaissance de Liszt.

 

« Le lendemain, l’adolescent reçoit un billet de Liszt. Il l’a entendu, tandis qu’il se reposait dans un salon contigu, et ce qu’il a entendu lui inspire le désir de rencontrer son cadet qui donne de si belles espérances. Liszt habite au 7 de la rue Montholon, en face de l’église Saint-Vincent-de-Paul qui est en construction. Une forte femme, en deuil, les cheveux retenus dans une ruche en mousseline froissée, vient ouvrir. C’est sa mère elle-même, Anna Liszt.  […] En pénétrant dans une espère de bureau ou de salon, on se heurte à des pianos : il y en a trois qui, s’adossant les uns aux autres, semblent de grands animaux antédiluviens au pacage. Le beau jeune homme pâle est à demi allongé sur un grand sofa de perse. Il fume une chibouque, au tuyau mince et interminable, le regard ailleurs, perdu dans un rêve. Il regarde l’adolescent longuement, fixement, comme s’il avait peine à se souvenir de lui. Enfin, il sourit d’un sourire lumineux, éclatant, et lui fait signe de s’asseoir près de lui.

« Avez-vous déjà aimé ? » demande-t-il.

L’adolescent rougit, il balbutie. Liszt s’excuse de son indiscrétion. Il a aimé, lui, une jeune fille au-dessus de sa condition, à qui il donnait des leçons. Un amour condamné, interdit par le père : « Nous avons beau posséder un certain génie, nous ne sommes pour eux que des valets, à peine au-dessus d’un valet d’écurie ». Il est inconsolable : il fume, il boit, il n’ouvre parfois pas l’un de ses pianos de la journée. […] « Mais qu’importent ces papillons noirs ! Il reste la musique. Venez, dit-il, reconquérant d’un coup toute son énergie, nous allons jouer, pour nous seuls ! […]

 

"J'ai un ami", se répète-t-il, de la rue Montholon à la rue des Blancs-Manteaux.

 

Pourtant, cette belle amitié ne résistera pas au rayonnement de Liszt qui attire dans son orbite tous les talents qui s’en approchent. Urhan, Berlioz, Mansart, Hiller, Armingaud, Franchomme, Kalkbrenner… 

« Je me suis pourtant éloigné, peu à peu, et contre ma volonté. Liszt renaissant n’avait plus besoin de moi. J’ai vécu douloureusement cette lente déchirure […]. Il était la lumière, j’étais son ombre. Il possédait en lui tant d’énergie que je me serais usé à le vouloir suivre. »

 

 

Extrait de La grande sonate, de Claude Schopp

 

 

 

 

 

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Published by Ame Chopinienne - dans Chopin : ses contemporains
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commentaires

Matheo 24/04/2010 10:15


C'est très vrai!
Liszt était un soleil.
Bisous Carmen


Ame Chopinienne 25/04/2010 00:16



Il était l'un de ces "hommes-aimants" qui magnétisait tout son entourage et au-delà. Oui, un grand soleil, dont le rayonnement parvient encore jusqu'à nous et pour très longtemps...



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