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26 septembre 2009 6 26 /09 /septembre /2009 20:37






      














Assise sur la pierre tombale qui jouxtait la sépulture de Chopin, Aurore fixait le minuscule interstice qui s’était formé dans le scellement du tombeau. Telle une ombre furtive plaquée contre la pierre, sa pensée pénétra la cavité obscure et parvint jusqu’au cercueil massif. Audacieusement, elle s’y glissa, avec pudeur et respect, pour que cela ne ressemblât pas à un viol.  Chopin était si proche.  A quelques mètres à peine. Si proche que cela paraissait irréel. Elle se le représenta, figé dans la mort et l’embaumement, ignorant du flot continu des visiteurs. Lui, que la foule effrayait. Lui, que les centaines d’yeux des spectateurs indisposaient.


 

Aurore parvenait à remonter le temps, ou plutôt à défalquer les années qui s’étaient superposées, jour après jour. Et ce, jusqu’à celui, mémorable, où le cortège funèbre s’était arrêté, à cet endroit précis. Le temps n’avait fait qu’accumuler les images et les sons en un fondu enchaîné, qu’il suffisait de rembobiner comme un film que l’on passerait à l’envers. En spectatrice fantomatique des funérailles, elle arrivait à sentir sur ses joues le frôlement du petit vent d’automne. Elle pouvait encore palper la présence de Solange ou de Jane Stirling. Celle de Delacroix et de Pleyel.  Elle percevait la scène que sa clairvoyance extatique rendait terriblement vivace, tandis que le vent lui soufflait les mots d’adieu et les sanglots étouffés.  

                                                       

 

 

                                                                                                                                              
Chopin l’habitait au même titre que Léo, et même davantage. Elle avait porté ses pas dans les siens, de Varsovie à Paris, de Majorque à Nohant, pour que ce don d’empathie qui était à la fois sa grande force et sa grande faiblesse pût trouver dans les repères visuels des lieux de vie du compositeur, le moyen le plus sûr de sa pleine expression.

Soudain, elle enfouit son visage dans le plan de Paris pour que les touristes qui venaient de s’arrêter ne pussent voir ses joues humides. L’animation provoqua une brutale réintégration du présent. En une fraction de seconde, les années se superposèrent à nouveau, entraînant 1849 dans une plongée vertigineuse. L’ombre qui s’était blottie contre le corps de Chopin refit le trajet inverse et se refaufila par le discret interstice. Elle s’éloigna de quelques pas, s’approcha de la modeste sépulture de Pierre Desproges.

Elle remarqua alors que de petites fleurs mauves semblables à de minuscules pensées se dressaient fièrement parmi les abondants brins d’herbe. Etait-ce possible ? A deux pas de Chopin s’épanouissaient les petites fleurs préférées du Maître : des violettes !





                            (Extrait du Piano-Feu, Carmen Desor - 2009)  -  Photos C. Desor

 

 

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commentaires

Sarah 25/07/2011 22:06



Oui vous avez raison cet endroit est special en quelque sorte et beaucoup d'autre fans ressentent la même chose ... oui je n'y avais pas pensée en tout cas si c'est une bénévole c'est trés gentil
à elle ! Probablement je regarderais si j'y retourne . Oui c'est vrai je ne pouvais pas m'empecher d'imaginer le cortége , ses proches et ses amis se tenant la les larmes aux yeux , c'est un peu
comme si on remontait dans le temps ! J'y ais d'ailleurs déposée des violettes au milieux de toutes les fleurs qui étaient déja la .



Ame Chopinienne 25/07/2011 23:22



Ah, les violettes ! Il en poussait sur la tombe de Pierre Desproges (presque en face de celle de Chopin) et je me suis déjà permise de lui en prendre quelques unes pour Frédéric (dont
Desproges était un grand admirateur)...



Sarah 24/07/2011 20:45



Je n'ai été qu'une seule fois la bas mais c'etait surtout pour voir Chopin , je ne sais pas combien de temps je suis restée devant sa tombe mais je n'avais pas envie de partir , je me sentais
proche de lui , plus que je ne l'avais jamais été ... (par contre je fus outrés en voyant des produits menagés et un balais derriere sa tombe ce n'est pas un debarras ! ) votre texte est trés
beau et touchant bravo !



Ame Chopinienne 25/07/2011 13:13



Moi non plus, je ne sais pas partir lorsque je vais au Père Lachaise. Je resterais toute une journée sans problème près de sa tombe, car c'est là, effectivement, que l'on est physiquement le plus
proche de lui. Et l'imagination ne peut s'empêcher de galoper, bien sûr...


Je sais qu'une personne vient nettoyer sa tombe très régulièrement, je l'ai déjà vue faire. Je ne sais pas si c'est une bénévole fan de Chopin, ou une employée municipale. Par contre, je n'ai
jamais remarqué les ustensiles derrière la tombe... C'était peut être une fois comme cela, exceptionnellement, et vous êtes tombée dessus !


Merci ! Je pense que ce que je décris, vous l'avez certainement vécu...



justine 24/10/2010 16:34


Lorsque je suis allée voir la sépulture de Chopin... J'avais l'impression d'avoir vraiment le Maître en face de moi. J'étais intimidée et impressionnée ... c'étais un instant magique, surtout pour
le bicentenaire de sa naissance.


Ame Chopinienne 24/10/2010 17:07



Cela prouve bien que vous êtes "connectée" à Chopin, et qu'il existe entre lui et vous une réelle relation de respect et d'amour. On ressent effectivement sa présence. Où, mieux qu'ici,
pourrait-on en être physiquement et spirituellement plus proche ? Quand on pense que certains conçoivent le projet de l'arracher à ce lieu pour le mettre au Panthéon... Ca fait froid dans le
dos !



CORSOBLANC 01/10/2009 12:41


Je suis vraiment en admiration devant tous vos articles. Je vais souvent venir sur votre bog. Merci pour toutes ces informations. J'adore. Bonne journée. Amitiés d'une musicienne.


Ame Chopinienne 01/10/2009 20:18


Merci, cela me fait très plaisir. Toute mon amitié également, et à très bientôt !


flora 27/09/2009 12:53


Je garde un souvenir marquant de la visite du cimetière Père Lachaise, en compagnie de Gilbert, par un printemps radieux... Nous avons rendu visite à Chopin, entre autres, bien évidemment.


Ame Chopinienne 27/09/2009 22:57



Le Père Lachaise est une constellation d'étoiles, et Chopin est incontournable.  Avec le soleil du printemps et la présence de Gilbert, je comprends que tu en aies gardé un souvenir
marquant. C'est un jardin, un lieu magique dans lequel les êtres que l'on vient saluer semblent nous prendre par la main et nous accompagner un bout de chemin sur les ruelles pavées... J'éprouve
le besoin d'y retourner chaque fois que je le peux, pour me ressourcer à sa présence.



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